une date en chasse une autre...rétrospective

Rétrospective…5

Dans la continuité de ce “merveilleux éphémère “…

Mots en guise de doigts…

Le pied de la lettre…
J’ai matérialisé vos mots…

“Passé le doigt sur l’écran. Ils frissonnaient sous la caresse, s’embrumaient d’une auréole laiteuse. J’aime vos mots. Ils me touchent. Je les ai caressés sans empressement, avec une infinie lenteur. Je les ai parcourus, encerclés, dessinés, emprisonnés, relâchés, admirés, peaufinés. Ils ont creusé dans ma paume et dans ma mémoire l’essence de votre existence.
N’y avait-il pas derrière chaque lettre l’esquisse de vos doigts ? Vous fûtes langueur et torpeur, une sensation brouillée et émue, puis l’ombre d’une incandescence, une promesse lancinante, un appel déraisonnable, une traînée de poudre, une fulgurance.
Vous m’avez pris au pied de la lettre… »

Petit bijou d’écriture, pépite qu’offrent les blogs…

Ces mots sont adressés à qui veut bien les recevoir comme s’ils étaient écrits pour chacun/e d’entre nous, cette écriture que l’on lit comme une caresse reçue, ces mots qui font écho à d’autres mots qui nous sont propres.

Alors bien évidemment j’ai repris la lecture des “Fragments d’un discours amoureux” de Roland Barthes page 87 au chapitre “L’entretien “

Le langage est une peau: je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même) ; d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire duquel je soumets la relation.”

Il y a de ces fulgurances qui nous interpellent.

“La peau est ce qu’il y a de plus profond dans l’homme”  Paul Valéry

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Rétrospective…4

Dans la continuité de ce “merveilleux éphémère

Un simple appel...

Elle était là sans être là, elle venait de m’être présentée lors d’un dîner chez des amis.
J’étais intriguée par le changement de son visage qui en peu de temps, de morose fut rayonnant de bonheur, après quelques minutes passées au téléphone.
Elle ne dit pas un mot pour exposer la raison d’un tel changement, mais ses traits adoucis, son air d’absence disaient suffisamment la joie qui l’habitait.
Je me dis, cette femme est amoureuse et me suis glissée dans ses pensées sans difficulté.
 Il est inutile d’insister sur une métamorphose que tous les amoureux connaissent. Cet état où l’amour accentue naturellement le flux de la vie, où l’on reprend conscience de son corps, cette conscience qui aimante le regard des autres, tant il est vrai que les formes ne nous frappent qu’à partir de l’esprit qui les anime.
Cela n’a rien à voir avec le plaisir narcissique à être regardée,se sentir belle, non simplement se sentir vivante, et cette vie est un don bien plus précieux que la beauté qui de surcroît nous est rendue et l’intensité du sentiment porté attire les regards.
Un simple appel, quelques minutes, le son d’une voix et l’émotion provoque immanquablement ce petit miracle, cette métamorphose.
Elle attendait, craignant en l’appelant souvent de le lasser, elle voulait maintenir l’élan vital conféré par la passion, cet élan qui arrache à l’habitude, la force retrouvée de la sensation, celle qui permet de voir à nouveau, d’éprouver.

 

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Rétrospective…3

Dans la continuité de ce « merveilleux éphémère « 

De là ou je suis je pense à toi…

Il y a des souvenirs,des images qui vont mourir.
Elles ne laissent pas de traces, elles vont se diluer dans les gouttes du soleil de février.
Bien sûrs qu’ils espéraient…
L’espoir ça se répère au son d’une voix, ça s’observe dans la fulgurance d’un regard, dans les mots prononcés presque entièrement voués au futur, rarement à aujourd’hui tant ils en étaient remplis sans avoir à le prononcer. Ils pensèrent que toute leur vie il en serait ainsi , aucun raisonnement n’aurait pu les décider à croire en leur liaison provisoire et ils s’imaginèrent grandis de jouer à l’éternité.
Saisons de mots, d’échanges, de fous rires, une étape qu’ils prirent pour une arrivée.
Ils s’étaient inventés avant de se trouver.
Ils étaient une première fois, plus qu’à se savourer, ils se dégustaient.
Ils étaient explorateurs de territoires inconnus.
De là où je suis je pense à toi…
Dans la buée qui perle sur ses vitres seule dans sa chambre elle écrivait,elle se concentrait sur ce qui la traversait, elle rédigeait son journal à la seule intuition de l’instant. Rendez-vous galant avec le stylo et le papier, elle découvrait le plaisir qu’il y a à discourir avec soi-même, rajoutant avec ses mots de la lumière à l’imperfection de simples pensées…
La nuit lui parut bien courte, les mots se succédant aux mots, elle revivait à travers eux tant de moments qu’elle avait cru éternels.
Dehors la pluie continuait de s’écraser contre la vitre jouant une symphonie aux accents mélangés de mélancolie et de passion, convocation d’un visage, puis d’un autre, danse et rite de séduction, apparition, disparition, évocation de lieux, boussole différente où le nord n’est pas le nord et le sud un autre sud.
Elle aimait ces dérives noctambules où s’abrègent les certitudes et renaissent les rêves inachevés, lieux qu’elle retrouve vierges de sentiments et de mémoire où l’âme se perd pour rendre vie en la faisant partir de rien.
Elle écrivait, elle pensait à tous ceux qui ont disparu de sa vie en emportant les mots de ses rêves, eux à qui elle les avait offerts pour toujours.
De trop d’émotions traversées, elle se trouva anéantie aux premières lueurs de l’aube…

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Rétrospective…2

Curieuse impression, comme si j’ouvrais une vieille malle au grenier remplie de billets,de lettres écrites par une autre
La suite comme promis…

Ses gestes étaient des aveux…

“‘Si Eros a des ailes c’est pour voler plus haut, non pour aller plus vite”
Ludwig Klages

Elle bravait les bourrasques, elle était heureuse, elle marchait allègrement, sans but précis tout à sa joie.
Elle ne savait la définir avec précision, un de ces moments de la vie qui vous fait du bien. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à lui, lui si loin mais pourtant si proche.
Elle se souvenait de chaque geste, de chaque mot prononcé, de sa hâte de relever ses cheveux en chignon, d’enfiler son ciré pour le rejoindre.
Ils avaient célébré l’amour, un acte plaisir, fusion lumineuse, débarrassé des craintes, des attentes qui le contrarient parfois. Ce fut un long et calme jeu de possession réciproque où les réflexes de défense, de préservation ne jouaient plus.
Grisée par le parfum d’épices légères de ce corps qu’elle pouvait enfin toucher, caresser, respirer, elle s’envolait sur un tapis de douceur, dénouée, abandonnée au
plaisir. Ivresse, équilibre, profusion rayonnante, miracle,entre demandes et réponses, magnifiques oratorios, qu’elle et lui se rappelleraient.
De sa main il étouffa ses cris. De sa main elle étouffa les siens.
Vinrent chuchotés de nouveaux mots libres comme des paroles de chansons, ils furent intensifs, inventifs. Ils furent divers, ils furent ce que leurs désirs leur suggérèrent.
Ils s’aimèrent peut-être en s’aimant ?
Les bourrasques reprirent de plus belle, elle aimait la caresse du vent dans ses cheveux,la pluie perlait en gouttes scintillantes sur son ciré, elle ne se protégeait pas, ses gestes étaient des aveux. Elle ressentait une folle envie de le rejoindre, mais le temps, celui qui rapproche est aussi celui qui met des distances.
Elle souriait aux passants, mais elle était à mille lieues de là.

Elle était dans l’attente…

 

une date en chasse une autre...rétrospective

Rétrospective …1

Je ne pensais pas avoir tant de mal à sélectionner mes billets tant ils sont nombreux, ceux pour lesquels j’ai une affection particulière.
Voici donc comme promis l’un d’entre eux…

Il n’en saura jamais rien…

C’était d’abord sa voix. une voix qui donnait envie de s’y plonger, et grave, et mélodieuse. Une voix qui donnait envie de fermer les yeux . J’ai aimé cette voix avant le reste, essayant de deviner à ses intonations qui il pouvait être. Il s’exprimait avec aisance et humour, mais avec juste assez de pudeur et de discrétion, pas de timidité, non, en aucun cas, mais avec cette retenue et ce mystère si rares. J’aurai voulu l’approcher, le toucher. Plus tard je croisais son regard. Brun, non pas bleu comme il se doit. Je baissai les yeux la première fois, puis je cherchai avidement à le rencontrer par l’oeil, par la voix. Car aucun de nos autres sens, de proximité, ne serait mis en jeu.
Je l’aimerai en silence, je suis douée pour cela, me répétais-je. Pour broder, et rêver, et imaginer. Pour éviter le dur choc du réel. Tout cela, je tentais de le faire mien, mais la balance penchait dangeureusement.Et j’étais terriblement attirée par lui.
La salle se vidait maintenant, il fallait d’une manière ou d’une autre lui faire comprendre. Ne pas rester seule avec ce trop plein. Et lui, que voyait-il quand son regard croisait le mien ?
Rien ne me distinguait de la cinquantaine d’autres élèves qui suivaient ses cours …
Alors j’osai. Audace bien petite pour quiconque d’autre que moi:
m’approcher, sentir quelques secondes la chaleur de son corps, les effluves de son parfum, le frôler, doucement, en passant. En me glissant vers la sortie.
Je le verrai chaque lundi à neuf heures. Il n’y aura rien d’autre entre nous que cette relation de savoir. Ma main tremblera bien un peu quand j’écrirai sur la feuille qu’il ramassera. Mes doigts frôleront peut-être les siens quand il me rendra ma copie.
Peut-être aurais-je droit à un sourire ?
Mais il n’en saura jamais rien.

"Double je", une date en chasse une autre...rétrospective

Double je…

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Dans quelques jours ce blog avec sa ludique écriture, son double jeu, entre ombre et lumière, entre rêve et réalité, va entamer sa huitième année d’existence.
Comme je vais avoir une semaine chargée en émotions diverses, je me suis dit pourquoi ne pas me faire plaisir en republiant d’anciens billets.
J’avoue j’ai du mal à choisir mais puisque Février est aussi le mois du
 » merveilleux éphémère, » la Saint Valentin, des serments profonds et passagers, il me semble judicieux de puiser dans ces souvenirs mêlés de joies, de folies, d’exaltations, payés parfois par la souffrance, protégés seulement par la fierté de les avoir vécus ou simplement écris !
Vivre en folie, avant que de mourir de sagesse.
Avoir aimé. Avoir été aimé. Recommencer. Rien d’autre ne compte.

 

Bon,je me lance, je vais choisir les textes pour les jours à venir…