réflexions

Etrange…

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C’est une chose bien étrange que les pensées.
Elles ne sont souvent rien de plus que des accidents qui disparaissent sans laisser de traces,
elles ont leurs temps morts et leurs saisons florissantes.
On peut faire une découverte géniale et la voir néanmoins se faner lentement dans vos mains, telle une fleur.
La forme en demeure, mais elle n’a plus ni couleur, ni parfum.
C’est-à-dire que l’on a beau s’en souvenir mot pour mot, que sa valeur logique peut bien être intacte, elle ne rôde plus qu’à la surface de notre être, au hasard, et sans nous enrichir.
Jusqu’à ce que revienne soudain – quelques années plus tard peut-être – un moment où nous prenons conscience que dans l’intervalle, même si notre logique a paru en tenir compte, nous avons complètement négligé sa présence.
Robert Musil, Les désarrois de l’élève Törless
 Roger Mühl , « Cerisiers en fleurs »
(j’aime cet artiste, j’ai quand même pu m’offrir 2 lithos)
réflexions

Connerie…


connerie

[…]  ça, c’est la grande connerie des hommes, on se dit toujours qu’on a le temps,
qu’on pourra faire cela le lendemain, trois jours plus tard, l’an prochain, deux heures après.
Et puis tout meurt.
On se retrouve à suivre des cercueils […]
Philippe Claudel  in, Les âmes grises,
page.78, Stock, 2003
photo René Maltête
réflexions

Echo…

Lu ce matin sur la toile chez un psychanalyste…
Qu’une chose manque, qu’elle ne soit pas présente, n’empêche pas cette chose d’être réelle.
Le manque est peut-être ce qu’il y a de plus réel, ce qui est manquant est à la fois réel et signifiant.
S’il manque une brique dans un mur nu, je peux directement visualiser le manque.
Lorsqu’une personne se définit comme célibataire, elle énonce où se situe son manque.
Mais parfois, ce qui manque est plus subtil, nous ne savons pas ce qui manque et même s’il manque effectivement quelque chose, cela n’empêche pas les effets du manque d’être réels.
Comme la brique manquante laisse entrer un courant d’air froid dans la pièce chauffée,
les effets du manque de liberté sont d’autant plus réels que les mots manquent pour décrire notre absence de liberté.

Christian Dubois Santini

Livres, réflexions

*Attends moi à la porte de la mer…

porte sur l'étang
« Les Vivants n’ont pas d’âge. Seuls les morts-vivants comptent leurs années et celles des autres.
Quant à ceux qui ne voient qu’un drame dans la maladie, ils n’ont même pas commencé de vivre.
Car la vie commence là où meurent les catégories.
J’ai touché le lieu où la priorité n’est plus ma vie mais LA VIE.
C’est un espace d’immense liberté.
Tout ce que je vis aujourd’hui, j’en ai eu l’intuition enfant : je savais que chaque existence est un rendez-vous, qu’on est libre de manquer ou de célébrer. Je savais humblement que le monde m’était confié, comme chacun de nous, à son échelle, possède la charge du monde. Par mon désordre, j’entraîne le désordre autour de moi, mais si j’entre dans l’ordonnance intérieure de l’amour, je rayonne.
De chaque être peut partir un rayonnement réparateur. Ce qui restera d’une existence, ce sont ces rayons, ces moments absents de tout curriculum vitae et qui vivent de leur vie propre, ces percées de présence sous l’enveloppe factice des biographies.
De notre conception à notre mort, la vie est un chemin d’initiation où chaque instant recommence le monde. La vie ne fait mal, très mal, que lorsque nous ne nous laissons pas porter par la magie de son courant.
Tout ce qui ne commence pas par un éblouissement est sans espoir. »
Christiane Singer
Derniers fragments d’un long voyage (extraits)
*titre emprunté à Mahmoud Darwich « Murale »
« Ô mort, attends-moi à la porte de la mer »
réflexions

Echec et mat…

echec1
« Dès le moment où je cherchais à jouer contre moi même, je me mis inconsciemment au défi.
Le noir que j’étais rivalisait avec le blanc que j’étais aussi,
chacun d’eux devenait avide et impatient
en voulant gagner la pensée de ce que je ferais en jouant avec les blancs,
me donnaient la fièvre quand je jouais avec les noirs.
L’un des deux adversaires qui étaient en moi, triomphait, et s’irritait à la fois
quand l’autre commettait une erreur ou manquait d’astuce.
Tout cela paraît dépourvu de sens, le serait en effet
s’il s’agissait d’un homme normal vivant dans des conditions normales. »

échec

« Vouloir jouer aux échecs contre soi-même
est aussi paradoxal que vouloir marcher sur son ombre. »
Stepan Zweig, in « Le joueur d’échecs »
C’est un jeu que j’aime beaucoup, même si comme dans la vie ,je suis mat souvent.
réflexions

Ce bleu n’appartient à personne…

atlas enneigé
Il n’est ni le bien des hommes, ni le royaume des dieux.
Il circule et se répand, distribuant partout la matière mobile de son propre rêve.
Le fini et l’inachevé échangent indéfiniment en lui leurs vertus.
S’il n’est point d’âme ni de principe, au moins existe-t-il ce bleu, toujours près de s’entrouvrir
dans la grisaille des jours, offert à quiconque et pour rien, telle la paume d’une main vide,
et telle  une promesse dont chacun doit savoir qu’elle ne sera point tenue.
C’est bien ainsi : cette lumière sur notre misère, cette beauté proche de notre mort.
De quoi écrire encore des livres, peindre des toiles, aimer, et composer de la musique.
Pour essayer de retenir contre soi le jour.  Et pour toujours plus de misère, mêlée avec plus de beauté.
Aussi longtemps que nous le pourrons, nous accompagnerons du bout des doigts le temps qui passe.
Jean Michel Maulpoix in, Une histoire de bleu
Poésie/ Gallimard
réflexions

L’inutile…

miro amour d'hirondelle 1934
« L’homme moderne, universel, c’est l’homme pressé, il n’a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu’une chose puisse ne pas être utile; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c’est l’utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si on ne comprend pas l’utilité de l’inutile, l’inutilité de l’utile, on ne comprend pas l’art; et un pays où on ne comprend pas l’art est un pays d’esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit; où il n’y a pas l’humour, où il n’y a pas le rire, il y a la colère et la haine. »
Eugène Ionesco, Notes et contre-notes
(coll. Folio Essais/Gallimard, 2007)
illustration: Juan Miro « Amour d’hirondelle »1934
Hier, sans me presser, alors que le vent soufflait en rafale ,j’ai visité une chocolaterie,
je ne parle ni de la dégustation… ni du repas… partagé avec des amies,
moment de détente salutaire, l’humour et le rire  étaient présents.
poésie, réflexions

Même passante…

klimt-les-trois-ages-de-la-femme
 » Ce qui m’a mis au monde et qui m’en chassera
n’intervient qu’aux heures où je suis trop faible pour lui résister.
Vieille personne quand je suis né.Jeune inconnue quand je mourrai.
La seule et même passante « 
René Char , in  « Feuillets d’Hypnos »
Klimt « Trois âges de la femme » 1905 détail
réflexions

* Le présent serait plein de tous les avenirs, si…

l'hiver annoncant le printemps
…Quelle absurde conception du monde et de la vie parvient à causer les trois quarts de notre misère, et par attachement au passé se refuse à comprendre que la joie de demain n’est possible que si celle d’aujourd’hui cède la place, que chaque vague ne doit la beauté de sa courbe qu’au retrait de celle qui la précède, que chaque fleur se doit de faner pour son fruit, que celui-ci, s’il ne tombe et meurt, ne saurait assurer des floraisons nouvelles, de sorte que le printemps même prend appui sur le seuil de l’hiver…
André Gide, Les nouvelles nourritures
Folio 117 page 208
*« Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire »
André Gide

crédit photo: Anne-Marie Laboureur

Bonne fin de semaine!