paul Valéry

Inspirations méditerranéennes…

[…] Certainement, rien ne m’a plus formé, plus imprégné, mieux instruit — ou construit – que ces heures dérobées à l’étude, distraites en apparence, mais vouées dans le fond au culte inconscient de trois ou quatre déités incontestables:
la Mer, le Ciel, le Soleil.
Je retrouvais, sans le savoir, je ne sais quels étonnements et quelles exaltations de primitif. Je ne vois pas quel livre peut valoir, quel auteur peut édifier en nous ces états de stupeur féconde, de contemplation et de communion que j’ai connus dans mes premières années.
Mieux que toute lecture, mieux que les poètes, mieux que les philosophes, certains regards, sans pensée définie ni définissable, certains regards sur les purs éléments du jour, sur les objets les plus vastes, les plus simples, le plus puissamment simples et sensibles de notre sphère d’existence; l’habitude qu’ils nous imposent de rapporter inconsciemment tout événement, tout être, toute expression tout détail,- aux plus grandes choses visiblés et aux plus stables, –. nous façonnent, nous accoutument, nous induisent à ressentir sans effort et sans réflexion la véritable proportion de notre nature, à trouver en nous, sans difficulté, le passage à notre degré le plus élevé, qui est aussi le plus «humain». Nous possédons, en quelque sorte, une mesure de toutes choses et de nous-mêmes.[…]
Paul Valéry
Extrait d’une conférence donnée à Paris le 15 février 1934 sous le titre « Inspirations méditerranéennes »
paul Valéry

Grenades…

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !
Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-baillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,
Et que l’or sec de l’écorce
À la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,
Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.
Extrait de « Charmes »
Paul Valéry
photo Tobias Weber
paul Valéry

Eblouissement…

Cette manière, surprenante à la réflexion, qu’ont les jours de finir par un éblouissement, une création et foison de lumières décomposées, de figures immenses, qui tombent de l’or à la cendre par degrés très sensibles;
mourant comme des héros et des dieux de suite après le plus beau, et comme si leur mort était la conséquence naturelle, facile et nécessaire d’une loi qui voudrait qu’il ne puisse rien y avoir après le plus beau.
Paul Valéry , Cahiers XVIII , Gallimard 2000
Photo: ciel de Gruissan
paul Valéry

Oraison …

Cette manière, surprenante à la réflexion, qu’ont les jours de finir par un éblouissement, une création et foison de lumières décomposées, de figures immenses, qui tombent de l’or à la cendre par degrés très sensibles; mourant comme des héros et des dieux de suite après le plus beau, et comme si leur mort était la conséquence naturelle, facile et nécessaire d’une loi qui voudrait qu’il ne puisse rien y avoir après le plus beau.
Paul Valéry , Cahiers XVIII ,
Gallimard 2000

crédit photo Matthieu Pixx

paul Valéry

Trouble…

trouble
« …Mes ténèbres me font maîtresse de mon sort,
Et ne livrent enfin qu’à l’heureux petit nombre
Cette innocente MOI qui fait frémir son ombre…
…Poème que je suis, à qui ne peut me suivre,
Quoi de plus prompt que de fermer un livre ?
C’est ainsi qu’on se délivre
De ces écrits si clairs qu’on y trouve que soi. »
Paul Valéry, Le philosophe et La Jeune Parque
photo Alicja Pietras « Memory »
photo qui me trouble et me touche…