Nouvelle...

L »aube…suite 8

Son impatience de la découvrir physiquement grandissait, elle ne pouvait être dépourvue de la grâce qui filtrait à travers les inflexions de sa voix.
Doucement à voix haute il fit son portrait tel qu’il l’avait perçu cette nuit.
– Vous êtes une fille unique et pour compenser votre solitude vous avez beaucoup
rêvé pendant l’enfance, l’adolescence. Rêvé et lu ce qui vous as donné une âme romanesque.
Vous êtes vulnérable, inquiète, vous utilisez l’humour pour ne pas sombrer dans
la désillusion, vous craignez par-dessus tout le mensonge et la trahison. Vous êtes fidèle à vos idées, à vos amis. Vous vous êtes enfermée dans votre travail, la réussite ne vous comble pas.
Vous n’êtes pas encore prête à courir un nouveau risque affectif, vous avez trop peur de l’abandon qu’il soit voulu ou imposé.
Si  … ne vous a pas quitté volontairement, il s’agissait tout de même d’une rupture, la pire, sans doute. 
Elle répéta dans un murmure
-La pire et je n’en suis pas encore guérie, mais il le faudrait n’est-ce pas ?
-Aucune histoire d’amour, ne ressemble à une autre, on peut aimer différemment sans renier les souvenirs.
Des mots essentiels venaient d’être prononcés, ils le savaient, comme ils savaient qu’il était encore trop tôt pour s’aventurer plus loin.
Ces confidences  avaient éveillé en lui l’envie d’être aimé aussi intensément que l’avait été … Il enviait cet homme d’avoir inspiré de tels sentiments, mais il mesurait combien il s’était contenté de peu, une certaine routine sentimentale, un confort sexuel tout juste pimenté par la jouissance de la séduction nouvelle. Il se sentait condamné à ne pas connaître l’essentiel. Mais les évènements arrivent lorsque l’on se sent prêt.
Ils parlèrent encore longuement, elle finit par s’endormir.
Toute la nuit, rêve et réalité avaient contracté des alliances surprenantes scandant leur rencontre de tempos inégaux.
Il envisageait mal d’assister à son réveil, la crainte des mots qu’elle dirait, du geste qu’elle esquisserait, de son premier regard sur lui.
Il choisit de quitter cette maison où il s’était senti si bien.
Il trouva un petit carnet arracha une feuille et griffonna ces mots :
Je vous attends, venez quand vous voudrez,  » aujourd’hui  »
Puis il franchit le seuil et se retrouva dehors à l’aube naissante.
demain suite et fin…
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L’aube…suite 7

Drôle de situation, ils ne se connaissaient pas, ignoraient tout de leur apparence physique, au-dehors la tempête faisait toujours rage.
-Je suis peut-être laide lui chuchota-t-elle au creux de l’oreille, et vous peut-être repoussant ? Et pourtant quoi de plus attrayant que ce mystère…
-Au lieu de rester figé dans votre fauteuil, vous pourriez toucher ma peau, vous n’auriez que mes frissons pour vous renseigner sur l’effet de vos caresses.
Dans cette obscurité je n’aurais aucune identité, je serais une femme qui prendrait le visage que vous souhaiteriez lui donner.
Pour échapper à ses mains qui accompagnant ses paroles s’attardaient sur sa nuque, l’échancrure de son pull, P…se leva.
Elle en profita pour lui faire face et l’enlacer. Leurs bouches se trouvèrent, s’apprivoisèrent, se fondirent l’une dans l’autre. Dans leur baiser il y avait toute la volonté de se prouver qu’ils étaient capables de donner et d’éprouver d’intenses émotions. Elle s’abandonnait à cet inconnu, qui surgi de l’ombre, la réconciliait avec sa fougue d’antan.
Brusquement il s’écarta d’elle
-Pourquoi ?
-Ce serait trop facile
-Vous décidez pour nous deux ? Elle était vexée.
-Ne vous fâchez pas
-Je ne me fâche pas, je m’en fiche !
-Pas moi
-Mais alors, je ne comprends pas pourquoi…
-Cette nuit est particulière, elle est magique, ne la gâchons pas.
Refuser une aventure n’entrait pas dans les habitudes de P… et pourtant son instinct lui soufflait de ne pas brûler les étapes.
-Comment vous expliquer ?
-Je ne vous demande pas de vous justifier !
D’un geste rageur, elle essuya la larme qui coulait sur son visage, elle n’allait tout de même pas pleurer parce qu’un inconnu refusait ses avances !
-Je vais partir, c’est préférable, mais demain je vous attends chez moi.
-Je ne viendrai pas
-Vous m’en voulez tellement ?
Il posa la main sur son épaule et découvrit avec stupeur qu’elle pleurait. Les pleurs féminins l’embarrassaient, il en percevait mal les motifs complexes et les jugeait souvent injustifiés, voire dérisoires.
-Je vous en supplie, ne vous mettez pas dans un état pareil.
-Ce n’est pas à cause de vous lui dit-elle en se réfugiant dans ses bras.
Il sortit un mouchoir de sa poche, elle pleurait comme une enfant inconsolable, il se sentait fragilisé.
-Je croyais que je n’étais plus capable de pleurer, il y a si longtemps que je n’ai eu de larmes. Décidément je ne vous ai rien épargné ! Ni les confidences, ni la drague, ni le chagrin.
-Vous vous sentez mieux ?
à suivre…
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L’aube…suite 6

Il ne faisait vraiment pas chaud dans la pièce, elle rêvait d’un thé chaud quand une inspiration lui vint.
– Il me reste un fond de bouteille de Scotch  Laphroaig
 
-Est-ce bien raisonnable ?
-Raisonnable je déteste ce mot .
L’alcool  brûla la gorge de P…
-Brutal mais délicieux…
-Je l’ai acheté à Edimbourg

-Vous avez beaucoup voyagé ?
-Surtout ces derniers temps, mais il ne s’agissait pas d’une fuite,et vous vous partez loin pendant les vacances ?
-Chaque année je vais au Brésil voir mon fils et sa mère.
En disant ces mots il se rendait compte qu’il obéissait davantage à une habitude qu’à un réel désir.
-Mon fils vient d’avoir 20ans et ne se soucie guère de mes activités. De plus il a rencontré une américaine à l’université et elle attend un bébé.
Elle ne put s’empêcher de rire en pensant qu’il allait être grand-père.
-Ne profitez pas de mes aveux pour vous moquer de moi.
-Mais je ne me moque pas de vous.
-Avez-vous peur de vieillir ?
-Comme tout le monde…Je crains plus la maladie, la vieillesse que la mort, le pire c’est décliner , ne se souvenir de rien, mais parfois je me demande si ce n’est pas une grâce que d’être privé de souvenirs…
-Que deviendrions- nous si nous ne pouvions nous raccrocher à ce qui nous a forgés, formés ?
Moi je ne veux rien oublier.
Echauffée par le Scotch elle se mit debout derrière le fauteuil qu’occupait P…
-Qu’imaginez-vous ? Que je suis une petite bourgeoise doublée d’une midinette qui n’en finit pas de pleurer sur une triste histoire d’amour ? Mais que savez-vous de l’amour et des femmes ?
Il ne chercha pas à la contredire, il avait compris qu’elle devait évoquer certaines obsessions pour s’en délivrer.
-Que connaissez-vous de leur désir ? Qu’est-ce qui vous prouve que je ne suis pas une nymphomane trop heureuse de vous avoir ouvert sa porte ?
Les hommes sont étranges, entre eux, ils se racontent les pires obscénités, mais ils sont incapables d’écouter ce que nous éprouvons sans se boucher les oreilles.
-Tout dépend de la façon dont sont formulées ces confidences.
Elle avait posé ses mains sur les épaules de P… il sentit à travers la laine de son pull-over ses mains se promener à la fois légères et insistantes, il ferma les yeux.
Tout en continuant de lui raconter des détails intimes de ses désirs, elle se pencha et il sentit sa joue contre la sienne…

  à suivre…

Bon dimanche !

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L’aube…suite 5

A l’extérieur le vent continuait de rugir.Elle se sentait bien avec cet homme, son histoire l’avait émue.
P…était redevenu silencieux, elle ne relança pas la conversation.
Une inhabituelle sérénité l’envahissait, comme si cette nuit la lavait de son tourment, elle pensa  à … il était son immortel, son amour disparu à jamais, elle était venue se réfugier ici le jour de la date anniversaire , cette date si difficile où les souvenirs  l’envahissaient.
Depuis la mort de … elle avait souvent pensé qu’il veillait sur son destin.
Elle avait froid, il lui dit de s’allonger, la couvrit avec le plaid et lui demanda de lui promettre de  s’endormir quand elle en aurait envie.
-M’endormir  auprès d’un homme que je ne connais pas !
-Cela a déjà du vous arriver dans un train ou un avion.
-Mais cela n’a rien à voir, chez soi, on choisit d’offrir son intimité.
Il sourit et lui demanda s’il pouvait quitter ses chaussures.
Accordé, vous êtes comme moi ! J’adore être pieds nus.
Il  retourna vers le piano et commença à jouer « petite fleur », il n’entendit pas qu’elle s’approchait de lui, elle se déplaçait sans bruit comme les chats, et fut surpris d’effleurer sa main qui s’avançait vers le clavier. Elle portait une bague, plus exactement un jonc serti de petites pierres. Après quelques arpèges discordants et des erreurs de tempo, ils parvinrent à s’accorder.
Pour elle c’était un retour dans le passé, …lui jouait ce morceau si souvent.
Elle l’a connu lors d’un concert, au programme  » La méditation de Thaïs  » de Massenet, il était  premier violon de l’orchestre. La musique était leur passeport pour le bonheur, ils se retrouvaient dès qu’ils le pouvaient .Elle n’avait jamais connu un bonheur aussi intense que durant cette période où ils devaient se cacher de tous. Elle terminait ses études, lui était marié. Elle avait beau être très jeune, elle se rendait compte qu’ils ne sortiraient pas indemnes de cette histoire, mais ils refusaient de penser aux obstacles. Ils partageaient trop de choses.
C’est comme si nous étions faits pour nous ajuster, pour nous emboîter.
En cette nuit de tempête elle revoyait des cieux étoilés, respirait, l’odeur d’un corps familier. Mais le passé la rattrapait, elle revoyait aussi la fin des saisons lumineuses, des bonheurs dérobés. Le monde avait basculé quand elle apprit sa maladie.
Elle prit conscience qu’elle venait de formuler à voix haute ses souvenirs comme une longue incantation.
Elle évoquait pour la première fois cette matinée où sa vie avait basculé et confiait ses émotions les plus secrètes à un étranger.
à suivre… 
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L’aube…suite 4

Il fut surpris qu’elle accepta de si bonne grâce de jouer le jeu, mais surtout il avait envie de parler de lui tout en évoquant une fiction. Il sentait qu’elle était prête à entendre ce qu’il n’avait jamais confié à personne et même là il avait eu recours à ce stratagème.
Il était ému à l’évocation de ce souvenir, un de ceux qui deviennent pour le reste de la vie un souvenir  d’une rencontre qu’aucune fiction ne peut inventer, un souvenir d’une ou d’un immortel/le comme nous en avons tous dans nos vies…
« Il faisait beau, la mer étincelait sous le soleil, les mouettes faisaient la fête, dans la lumière éblouissante les papillons voletaient, les  feuilles des oliviers sous la légère brise bruissaient. La fête battait son plein, beau mariage que celui de mon ami pour qui j’avais fait le déplacement de la capitale vers le sud.
Comme nous étions en pleine saison, plus aucune chambre d’hôtel n’était disponible dans le secteur . Un couple ami du marié m’hébergea dans leur villa dominant la mer. La soirée fut délicieuse, beaux prémices pour le lendemain.
Durant l’office Clara et moi fûmes très complices .Ravi de cette rencontre je proposai à mon tour de les recevoir tous deux lors d’un séjour dans la capitale.
Une quinzaine de jours plus tard , Clara m’appela me demandant si la proposition tenait toujours, elle venait pour quelques conférences avec sa mère dans la capitale. Comme il n’y a pas de hasard mais juste des coïncidences, sa mère choisit de venir avec une amie.
Clara vint seule habiter chez moi durant le séjour, sa mère séjournant à l’hôtel.
Ce fut une semaine riche en sorties, théâtres, concerts…
Le dernier soir nous avions décidé tous de faire la fête et de passer une nuit blanche. Vers quatre heures du matin nous nous sommes retrouvés seuls. Clara avait un vol à la première heure.
Ce fut notre première fois, elle et moi dans la pénombre de ma chambre, mon désir  d’elle était très fort, elle se laissa aller à cette folie.
Quelque temps plus tard je descendis à nouveau dans le sud, j’avais envie de la revoir, je ne sais pas si j’étais amoureux en tous les cas je fis le voyage pour elle.
Clara nageait en pleine culpabilité, il ne se passa rien… elle ne regrettait pas… mais ne pouvait pas …
Le temps passait, avec étonnement je reçus un coup de fil de sa part où elle me demandait de l’héberger à nouveau. Elle resta toute une semaine mais vous ne me  croirez pas si je vous disais qu’elle fut malade durant tout son séjour. Une forte fièvre la clouait au lit, mon lit.
Le dernier soir (comme dans les romans) je m’allongeais à côté d’elle et me mis à la caresser. Mes mains parcouraient  sa peau douce, j’embrassais sa nuque, elle ne réagissait pas mais se laissait faire.
Je lui fis l’amour…
Elle se mit à pleurer comme une enfant inconsolable, les pleurs féminins m’embarrassaient, je ne comprenais pas, elle me regarda,  je ne comprenais toujours pas.
Avec une infinie tendresse dans la voix Clara me dit que c’était la première fois de sa vie de femme qu’elle avait éprouvé un tel plaisir, celui à qui l’on donne le nom de jouissance.C’est elle qui me dit :  Viens.
Je n’ai vu que le lendemain en rentrant, sur le miroir de la salle de bains, ses mots tracés au rouge à lèvres : “je t’aime“
Nous nous revîmes encore, notre liaison dura six mois et puis nos routes se séparèrent. Parfois, maintenant que nous habitons la même ville, je la revois chercher ses enfants au collège, je repense à cette histoire avec une certaine émotion, mais je n’éprouve plus rien pour elle. »
Elle l’avait écouté sans l’interrompre, elle mit sa tête sur son épaule, elle frissonnait,décidément elle lui trouvait beaucoup de charme…

à suivre…
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L’aube…suite 3

Ils se posèrent les questions que l’on se pose afin de mieux se connaître.
Etaient-ils mariés ? Avaient- ils des enfants ? Pour quelles raisons étaient-ils seuls au bord de la mer en cette période de l’année ?
P…l’imaginait célibataire, elle donnait l’impression de n’appartenir à personne, mais personne ne possède jamais personne.
Elle pensait qu’il était célibataire et dragueur.
Ils se prirent au jeu des questions découvrant leurs faiblesses et leurs forces.
Et s’ils s’étaient rencontrés ailleurs auraient-ils eu une attirance l’un envers l’autre ?
Ils ne se voyaient pas, ils faisaient tout à rebours.
Lors d’une rencontre, le regard, le sourire déclenchent ou non la sympathie, voire l’attirance. Elle avait rencontré des d’hommes très différents et savait que le physique importait peu. Ce qui la séduisait c’était les mots, un timbre de voix, une façon particulière de se mouvoir. Depuis longtemps elle savait que les apparences sont trompeuses, que le charme qui émane d’une personne n’a rien à voir avec le paraître mais bien avec les profondeurs de son âme.
Eux, ne pouvaient se raccrocher qu’à leurs voix, leurs paroles et aux ondes qu’émettaient leurs corps.
P…se dit qu’il avait beaucoup de chance d’être là assis dans le noir avec elle, alors qu’au dehors les éléments se déchaînaient. Chance, il y a longtemps qu’il n’avait pensé ce mot, car dans sa vie rien ne marchait comme il l’aurait voulu. Il s’était enfermé dans une existence où seule l’écriture lui procurait un plaisir fugitif. Il n’avait jamais permis à cette vie par procuration de prendre le pas sur la réalité. Mais il n’avait toujours pas entamé le grand ouvrage qu’il croyait porter en lui.
Etrange sensation jusqu’à présent les femmes l’avaient plutôt perturbé dans sa démarche d’écriture, avec elle,  il se sentait bien et les personnages se dessinaient peu à peu pour son livre en cours.
Il voulut prendre congé, mais elle insista, à l’extérieur le vent continuait de rugir, de lourdes gouttes de pluie criblaient la toiture, une ardoise dégringola sur l’appentis dans un grand fracas.
Il faisait toujours nuit, seule la faible clarté du clair de lune apparition auréolée d’ivoire, création céleste donnait à cette attente toute la saveur de la plénitude.
Cela vous amuserait de faire vivre les personnages de mon livre lui demanda- t-il ?
Elle accepta de jouer le jeu et voilà que défilèrent les images soufflées par leurs inconscients… 
à suivre…
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L’aube…suite 2

Ce fut un claquement régulier qui la réveilla, surprise, l’espace de quelques secondes elle se demanda où elle était.
Autour d’elle tout était obscur, en entendant les bourrasques elle revint à la réalité, chercha l’interrupteur de la lampe, pas de courant.
Elle se leva et alla ouvrir. Devant elle, se trouvait  P…un peu gêné  il se présenta.
Bonsoir, en arrivant tout à l’heure j’ai vu de la lumière chez vous,je me suis
installé cet après-midi dans une maison voisine.
Pourriez-vous me dépanner avec des allumettes et une bougie ?
Vous tombez mal, ma dernière allumette je l’ai utilisé pour allumer le feu.
La tempête faisait rage, une bourrasque déséquilibra P…
Elle grelottait sur le pas de la porte et lui proposa d’entrer. Elle avait peur dans l’obscurité  depuis toute petite, elle redoutait les ombres malfaisantes et voyait en P… une chance de ne pas se retrouver toute seule dans le noir.
Elle le guida à travers la pièce vers le canapé, sa main effleura le pull en laine qu’il portait. Cette situation était totalement surréaliste. Alors qu’elle avait souhaité être seule en cette date anniversaire voilà qu’elle  se trouvait avec un homme dont elle ne connaissait rien.
Elle improvisa un petit dîner, elle avait acheté un peu de fromage, du pain , quelques fruits et une bouteille de  » Chasse spleen  » un de ses vins préférés  dont le nom était un programme à lui seul.
En voulant l’aider P… heurta le piano, il effleura  avec délicatesse quelques touches, ébaucha un accord puis quelques arpèges après quelques fausses notes il s’enhardit et joua les premières mesures de » My Funny Valentine ». Ils découvrirent qu’ils aimaient tous les deux les standards des années 40 et enchaînèrent avec d’autres mélodies …parlèrent musique et fredonnèrent quelques airs.
Cette obscurité les rapprochait, elle se sentait en sécurité avec P…elle  en oubliait même les raisons qui l’avaient poussée à venir s’isoler dans sa maison du bord de mer.
Il se mirent à évoquer des moments importants de leurs vies respectives, elle lui parla de choses enfouies en elle qu’elle évoquait librement pour la première fois devant cet inconnu qui l’écoutait sans l’interrompre. Elle lui parla de son enfance de ses moments de bonheur, un frémissement dans la voix montrait à quel point elle était émue, elle semblait à ce moment -là, si fragile, si délicate.
Dans un geste de tendresse, tout en douceur il lui prit la main.
Pour la première fois elle se demanda s’il était séduisant. Jusqu’à présent son discours et sa façon d’être ne lui avaient pas déplu. Quant à son physique elle se faisait difficilement une idée de son visage, mais n’était-ce pas mieux ainsi ?
se persuada-t-elle…
à suivre…
Nouvelle...

L’aube…suite 1

A quelques pas de là  P… venait de prendre possession de la maison qu’une amie lui avait généreusement prêtée pour terminer le livre que son éditeur attendait depuis quelques semaines.
L’inspiration lui manquait, il venait ici faire une cure de solitude et d’oxygène. Tout à l’heure il eut bien du mal à trouver la maison, mais là où elle se situait il apercevait la mer, grise, les lames frangées d’écume se déchiquetant en dentelles sur les rochers de la grève, cette vision de toute beauté lui plut d’emblée.
Ayant fait le tour du propriétaire, il installa son ordinateur sur la table du salon qui allait lui servir de bureau, le bleu de l’écran lui fit plaisir.
Il alluma la radio , la musique envahit l’espace, il se surprit à chanter , heureux présage pour les jours à venir.
Il décida de s’octroyer une heure de repos avant d’écrire et sombra dans un sommeil profond. Un froid vif le réveilla, il faisait nuit noire, les convecteurs ne diffusaient plus aucune chaleur.
Il jeta un regard  au-dehors, le vent du sud soufflait avec force en rafales, plus aucune lumière alentour,seule la lune faisait quelques pas de danse entre les nuages et donnait la mesure à ce prélude au goût de liberté.
Il chercha désespérément une bougie, des allumettes en vain, se cogna à tous les meubles en jurant.  Que faire, attendre ?
Une idée trottait dans sa tête qu’il ne parvenait pas à fixer.
Ni les images, ni les mots ne s’ajustaient. Il lui fallut du temps pour la préciser…
La maison aux volets rouges en contre-bas était éclairée tout à l’heure !
à suivre…
Belle journée d’été à vous…
sous le soleil , à l’ombre ,sur la plage ,sous la pluie,profitez de ce temps d’évasion, de vacances
Nouvelle...

L’aube…

Le voyage fut long, ces quelques heures en voiture l’ont épuisée. Elle n’a pas pris le temps d’apprécier le paysage, elle n’avait qu’une hâte d’arriver au bord de la mer dans sa petite maison où par grand vent les vagues venaient s’échouer à la limite du jardin.
Elle avait besoin de faire une pause, ces derniers temps son travail l’accaparait trop, trop de soucis, trop de tout peut-être justement par ce qu’elle pensait trop à lui et là le manque était lui aussi trop grand.
Elle n’avait rien dit à  personne, elle venait faire le vide de ce trop plein de tout dans son existence.
Au volant de sa  voiture elle longea la côte jusqu’au petit village, s’arrêta pour acheter quelques magazines, de quoi remplir le réfrigérateur  puis se dirigea vers sa maison de poupée, certes elle n’était pas grande mais elle avait un charme fou. Elle fit tourner la clé et la porte s’ouvrit sur l’unique pièce du rez de chaussée. Avant de ranger ses courses, elle alluma les lampes et fit un feu dans la cheminée. Il faisait froid et l’humidité était présente, au dehors le vent soufflait de plus en plus fort.
Avec un soupir de satisfaction, elle se glissa sous le plaid en cachemire regardant les flammes danser dans l’âtre. Ce soir elle ne dépendait de personne et s’abandonna à la sérénité du lieu. Son regard caressa les meubles et les objets dont elle s’était entourée, dans la cheminée le feu était en train de s’éteindre mais elle ne bougea pas, une torpeur l’envahissait. Le visage de … s’imposa à sa mémoire avec une telle intensité qu’elle chercha un réconfort en remontant le plaid jusqu’au menton, puis ferma les paupières…

Vous souvenez-vous j’avais commencé cette nouvelle l’année dernière, vous m’aviez soufflé quelques mots pour la suite …
En ce temps où l’ambiance est au farniente ,au plouf dans la piscine à défaut d’eau de mer salée, j’ai pensé la mettre en ligne car je l’avais effacée, pourquoi ? pas sûre de moi, trop, pas assez, peu importe, le temps est à la légèreté, « il faut être léger comme l’oiseau et non comme la plume  » Paul Valéry
Je ne sais plus comment j’ai trempé ma plume, en tous les cas elle se voulait légère comme l’oiseau.

Nouvelle...

Eros …suite

Picasso_les_amants

Il pleut…

Un rayon de lune donne à l’eau des reflets dignes d’une peinture chinoise, une forme d’art, là aussi comme les heures qui suivirent.

L’amour,
ils l’avaient célébré, plutôt bien, un acte plaisir débarrassé des craintes, des attentes qui le contrarient parfois. Ce fut un long et calme jeu de possession réciproque où les réflexes  de défense, de préservation ne jouèrent plus. Où les soucis d’esthétique et de posture disparurent. Ils acceptèrent les risques de la laideur. Ils se montrèrent imprudents. Et l’intelligence pas celui des corps, mais l’autre, renonça à intervenir. Equilibre miracle entre demandes et réponses et magnifiques oratorios qu’ils se rappelleront.
Partenaires idéaux, parce qu’ils avaient cessé d’être tout à fait et seulement eux-mêmes.
Anne grisée par le parfum d’épices légères de ce corps qu’elle pouvait enfin toucher, caresser, respirer, s’envola sur un tapis de douceur, dénouée, abandonnée au plaisir de la possession.
Robert savoura la douceur particulière de cette femme qui s’était ouverte toujours plus sous lui, comme une fleur qui s’épanouit. Il retarda le moment où cette marée s’abolissait dans un plaisir qu’il prévoyait sans en soupçonner d’avance l’intensité

De sa main il étouffa ses cris. De sa main elle étouffa les siens.
Vinrent chuchotés de nouveaux mots libres comme des paroles de chansons, parfois étonnants par leur crudité. Ils furent intensifs sans être vulgaires, ou leur vulgarité ne leur parut pas telle.

 

Que firent-ils cette nuit-là ? Ils furent divers, ils furent ce que leurs désirs leur suggérèrent.
Ils s’aimèrent peut-être en s’aimant.

Lorsque Anne retomba à ses côtés, prête à regagner le sommeil, elle murmura quelque chose qu’il ne comprit pas.
Peut-être…

 

Dans la lignée des dessins érotiques de l’expo, objet de mon billet d’hier, un extrait de ma nouvelle  « Passé imparfait »
dessin de Picasso « Les amants »