Livres

Mes mains…

« Et ce fut à ce moment que mes mains m’apparurent. Mes mains reposaient sur les touches, deux mains nues, sans bague, sans anneau, et c’était comme si j’avais sous les yeux mon âme deux fois vivante. Mes mains (j’en puis parler, parce que ce sont mes seules amies) me semblaient tout à coup extraordinairement sensitives; même immobiles, elles paraissaient effleurer le silence comme pour l’inciter à se révéler en accords. Elles reposaient, encore un peu tremblantes du rythme, et il y avaient en elles tous les gestes futurs, comme tous les sons possibles dormaient dans ce clavier. Elles avaient noué autour des corps la brève joie des étreintes; elles avaient palpé, sur les claviers sonores, la forme des notes invisibles; elles avaient dans les ténèbres, enfermé d’une caresse le contour des corps endormis. »

Marguerite Yourcenar,
Alexis ou le traité du vain combat.

Livres

Calme…

« Si notre regard portait au-delà des limites de la connaissance, et même plus loin que le halo de nos pressentiments, peut-être recueillerions-nous avec plus de confiance encore nos tristesses que nos joies.
Elles sont des aubes nouvelles où l’inconnu nous visite.
L’âme, effarouchée et craintive, se tait :
tout s’écarte, un grand calme se fait, et l’inconnaissable se dresse, silencieux »

Rainer Maria Rilke
Lettre à un jeune poète

Livres

Le chemin…

« Le Chemin est un chemin, voilà tout. Il monte, il descend, il glisse, il donne soif,
il est bien ou mal indiqué, il longe des routes ou se perd dans les bois et chacune de
ces circonstances présente des avantages – et aussi pas mal d’inconvénients.
Bref en quittant le domaine du rêve et du fantasme, le Chemin apparaît brutalement
pour ce qu’il est : un long ruban d’efforts, une tranche du monde ordinaire, une épreuve
pour le corps et l’esprit.
Il faudra batailler rude pour y remettre un peu de merveilleux…. »

Jean Christophe Rufin
Immortelle randonnée





Livres

Au-delà de l’écran…

…Lorsque, devant une scène de la nature, un arbre qui fleurit, un oiseau qui s’envole en criant, un rayon de soleil ou de lune qui éclaire un moment de silence, soudain, on passe de l’autre côté de la scène.
On se trouve alors au-delà de l’écran des phénomènes, et l’on éprouve l’impression d’une présence qui va de soi, qui vient à soi, entière, indivise, inexplicable et cependant indéniable, tel un don généreux qui fait que tout est là, miraculeusement là, diffusant une lumière couleur d’origine, murmurant un chant natif de cœur à cœur, d’âme à âme…

François Cheng,
Méditation sur la beauté

printemps à Collioure

Livres

Phrase musicale…

« Imaginez que vous souhaitiez caresser le visage d’un être aimé.
Vous commencez par en avoir la pensée qui s’accompagne du sentiment de votre tendresse. Puis vous dirigez votre bras vers le visage et, peu à peu, délicatement, en contrôlant votre geste, vous l’approchez de la joue.
Ce n’est qu’au dernier moment que votre main interviendra, qu’elle cherchera à se faire la plus douce, la plus tendre, la plus sensuelle possible.
Vous donnerez toute votre concentration à cet instant afin que votre main, et plus précisément le bout de vos doigts, transmettre en un geste de quelques secondes, de la façon la plus intelligente possible, votre message d’amour.
Caresser la joue d’un être aimé, c’est jouer une phrase musicale… »

Marie-Claire le Guay in,La vie est plus belle en musique

Livres

Pour une fleur…


[…] Alors on a l’impression que l’existence entière, avec ses joies et ses souffrances, ses amours et ses découvertes, ses amitiés, ses liaisons, les livres, la musique, les voyages et le travail ne constituent rien d’autre qu’un long détour menant à l’éclosion de ces instants où Dieu se révèle, où le sens et la valeur de tout ce qui existe et se produit s’offrent à nous à travers la forme d’un paysage, d’un arbre, d’un visage, d’une fleur.[…]

Hermann Hesse in ,Éloge de la vieillesse