La bande des cirés

La météo c’est show…


Juin avec lui l’été, images sorties de nulle part, une photo, un ciré vert, un rêve caressé, le réaliser et pourtant ne pas le laisser mourir, quelques vers de Lorca:
« Vert c’est toi que j’aime vert, vert du vent et vert des branches, le cheval dans la montagne et la barque sur la mer. L’ombre à la taille, elle rêve, penchée à sa balustrade, vert visage, cheveux verts, prunelles de froid métal, vert c’est toi que j’aime vert, et sous la lune gitane tous les objets la regardent, elle qui ne peut les voir. »
La pluie qui fait le beau temps, la météo qui fait son show.
Joie du retour des gouttes de pluie qui perlent sur nos cirés, vêtements heureux et pleins de fantaisie, souvenir de nos  jeunes années, image de la femme libre que nous voulions incarner, conquérantes chaussant nos bottes, sautant dans les flaques, marchant à grandes enjambées, heureuses, insouciantes, vers les îles de la tentation.
Peut-être sans le savoir notre la bande des cirés a relancé ce vêtement mythique, celui de ces années de conquête, d’émancipation .Pour incarner notre geste le ciré était le vêtement tout désigné ,pas comme une nostalgie défaite mais comme une force d’espérance, reprendre le mieux de notre jeunesse et comme à l’époque nous sentir belles et libres dans ce vêtement protecteur et voyant à la sensualité et poésie inhérentes.
Nous avons tous des rapports aux objets qui servent de transfert, de souvenirs et de parures.
Cela n’a rien à voir avec un phénomène de mode mais une relation profonde avec soi, avec ce vent de liberté qui nous anime, les freins étant ceux que nous nous mettons et cela est valable pour tous les actes de notre vie.
Ciel gris, jour de pluie, soleil, couleurs de l’arc en ciel, couleurs d’espoir, les rêves deviennent réalité car ils ne sont plus de simples rêves, ni des souvenirs transformés, mais la vie, présente , celle de cette pulsion qui fait battre le cœur plus vite, de ces désirs qui sont la Vie.
Il pleut, la pluie ne change rien au désir !
cirés  Astrid Freitag
La bande des cirés

Un certain mois de mai…

 

Ces derniers temps il a été beaucoup évoqué. Il m’est revenu cette anecdote à propos de » Barthes » (l’un de mes chouchous comme vous le savez) de la fenêtre de son appartement parisien, il était en train de regarder les étudiants manifester, Boulevard Saint Michel ou Saint Germain je ne sais plus très bien…
Tout à coup, il se retourne vers son interlocuteur et lui dit, tranquille et prophétique,
 “Bah, ils finiront tous notaire.”

En province nous ne vivions pas avec la même fièvre ces évènements,  mais nous savions que quelque chose était en marche, nous voulions un monde meilleur, différent.
Les années qui suivirent furent ces années de conquête, d’émancipation que j’ai déjà évoquées en parlant de mon rêve celui de mon fameux ciré noir qui a donné naissance à la bande des cirés que je salue chaleureusement …
(une pensée pour les absents mais proches,dont j’ai des nouvelles régulièrement)

Pour incarner notre geste le ciré était le vêtement tout désigné ,pas comme une nostalgie défaite mais comme une force d’espérance, nous voulions ne plus vivre les choses individuellement, reprendre le mieux de notre jeunesse et comme à l’époque nous sentir belles et libres dans ce vêtement protecteur et voyant.
Nous avons tous des rapports aux objets qui servent de transfert, de souvenirs et de parures. Cela n’a rien à voir avec un phénomène de mode mais une relation profonde avec soi, avec ce vent de liberté qui nous anime, les freins étant ceux que nous nous mettons et cela est valable pour tous les actes de notre vie.

J’ai été une de ces féministes qui rêvait d’un autre monde , qui n’acceptait pas d’être objet, mais sujet, qui se voulait différente et ne se coulait pas dans un moule formaté depuis tant de temps. Alors j’ai fait ma propre révolution, je me suis mise en accord avant tout avec moi, j’ai appris que l’on pouvait être objet tout en étant sujet…
et qu’aimer la vie, les autres, était la chose la plus importante et la plus difficile aussi.

Je ne suis pas devenue notaire…

 

 

photo mai 68
extraite de La France de Gilles Caron « Plutôt la vie »
Ecrire, La bande des cirés

Premier rendez-vous…

 

 Le ciel gris me convient, j’enfile mon ciré noir, celui de mes rêves les plus fous, cette matinée a les couleurs de l’arc en ciel, de tous les espoirs.
Dans quelques heures je vais vous rencontrer, vous qui hantez mes nuits, vos mots depuis des jours m’émeuvent, me font vibrer, je vous imagine et j’ai peur de vous décevoir.
J’aime nos dialogues, votre voix me bouleverse quand elle prend une intonation si douce pour énoncer mon nom.
Dire que je vais vous voir…
Je sais que ma timidité prendra le dessus, que je n’oserai vous dire les mots qui enflamment mon esprit.
Pour vous les émotions seront-elles les mêmes ?
Je ne vous connais que par cette photo, votre regard si malicieux, pétillant m’a tout de suite charmée.
Dire que je vais les voir briller, là tout de suite.
Jamais je ne me suis sentie depuis bien longtemps si fébrile, une vraie midinette. Mais je n’ai pas honte, ces choses là ne se commandent pas.
Cet émoi qui me gagne, dans quelques minutes je vais vous voir…
Oui, c’est moi…
Bonjour…
Je ne sais plus quoi dire…
Vous êtes comme je vous imaginais les mots me manquent, les gestes me trahissent.
Doucement je me laisse apprivoiser, la confiance s’installe, nous partageons ce déjeuner les yeux dans les yeux, nos mots s’entrecroisent.
La magie du premier rendez-vous s’installe, elle est promesse d’émotions, de pleins et de manques.
L’histoire toujours recommencée

 Hé, hé ce n’était qu’un exercice  en atelier d’écriture… 
faire passer l’appréhension et le ravissement…

p.s

Jeudi matin 29 mars,
Je vous souhaite une bonne journée,
je vais déjeuner à Colmar, j’ai « rendez-vous » hé, hé…
avec mon amie Mariel…
Pas eu le temps de mettre une nouvelle note à plus tard !
Merci de votre passage.

La bande des cirés

Brillante rencontre…la bande des cirés…

suite...et fin. Nouvelle de Peter

 Rentré à son bureau après cette rencontre magique, Peter eut beaucoup de mal à se concentrer sur les travaux de clôture de l’exercice !
Pourtant il ne lui restait que quelques heures avant Noël et le départ de toute son équipe en vacances et il voulait à tout prix conclure.  Il dut faire un effort important pour oublier cette discussion et ne pas voir réapparaître la silhouette brillante d’ Emma dès que son esprit se mettait à vagabonder. Il pensait aussi à la soirée du vendredi. Comment aborder cette invitation à dîner qu’elle avait acceptée si naturellement ? Il se sentait dans une situation ambigüe. Qu’attendait-il réellement au-delà de cette brillante rencontre, aussi insolite qu’imprévue ?
Certes il était libre de toute attache sentimentale depuis maintenant près d’un an, son amie ayant décidé de le quitter pour un homme plus amusant, avait-elle avoué. Il n’avait d’ailleurs jamais réussi à lui faire partager son goût pour les matières brillantes, et leur sexualité était toujours restée dans les canons de la norme.
Quelle norme, pensait-il ? Le fétichisme reste encore dans la culture dominante catalogué comme déviant alors même que les publicitaires n’hésitent pas à l’exploiter sans vergogne et que les créateurs de mode en font un moteur de leur inspiration. Il se révoltait souvent devant le conservatisme de la société française dans ce domaine alors même que Britanniques et Européens du nord affichent beaucoup plus de tolérance. Mais ces réflexions ne l’aidaient pas à avancer dans ses tâches et les heures défilaient rapidement. Aussi il redoubla de concentration et ne sortit que fort tard dans le quartier d’affaires déserté, éclairé par les néons de la fête qui se préparait. Noël paraissait pourtant bien loin avec cette température douce et cette pluie qui n’arrêtait pas.

Le lendemain, il partit tôt de chez lui et sortit vite de la station de métro, sans s’empêcher toutefois de guetter l’apparition d’Emma dans la foule qui se pressait vers les bureaux. Il se rendit compte qu’il ne savait rien d’elle, ni son lieu de travail, ni son numéro de téléphone, ni son vrai nom d’ailleurs, car Emma n’était qu’un surnom, en hommage à Emma Peel se rappelait-il en pensant aux épisodes de « Chapeau melon et bottes de cuir » qui avaient sans aucun doute influencé sa sexualité. Cette madame Peel tout de cuir ou de vinyl vêtue était restée pour beaucoup d’adolescents de sa génération le symbole de la femme libre et dominante. Il se demandait en souriant si Emma Peel et Steed avaient été amants…
Il monta rapidement vers son bureau sans s’attarder devant la machine à café comme chaque matin. Il n’avait qu’un objectif, achever son travail pour être enfin libre le soir pour cette rencontre. Il commençait à penser qu’avoir lancé cette invitation pour le vendredi soir était vraiment une idiotie non réfléchie, mais il ne pouvait plus s’y soustraire. Il pensa même que pour Emma ce serait la même chose et que ce dîner improvisé et irréfléchi rassemblait toutes les conditions pour se transformer en fiasco total.  C’était le seul moyen d’en savoir enfin plus sur elle et d’essayer de rassembler ses idées afin de se décider soit d’abandonner cette relation soit de commencer à espérer construire une relation durable. Mais l’essentiel était ailleurs dans ces heures du dernier jour de travail de l’année. Il se plongea dans les courriers électroniques, passa de nombreux coups de téléphone, rassembla ses collaborateurs pour plusieurs réunions, se jetant dans une activité fébrile qui ne laissait aucune place au vagabondage sentimental.
Vers 17 heures, tout était fini et il quitta rapidement son bureau, souhaitant avec hâte d’excellentes fêtes à ses collaborateurs sans s’attarder outre mesure. Son empressement fit  d’ailleurs surgir quelques remarques interrogatives auxquelles il ne prit pas le temps de répondre.
Une fois dans le métro, à la fois satisfait d’avoir rempli ses objectifs professionnels – il n’y a que dans les romans que les héros ont tout le temps de vivre d’amour et d’eau fraîche -, mais inquiet par cette rencontre qui maintenant se rapprochait inexorablement, il commença vraiment à se concentrer sur ce rendez-vous de tous les dangers.
Et d’abord comment s’habiller ? Comment serait-elle vêtue ? Où aller ? Improviser totalement ou feindre l’improvisation, ou encore préparer soigneusement cette rencontre et apparaître comme l’instigateur d’un guet-apens amoureux ? Toutes ces questions banales dans une relation courante revêtent une importance cruciale dès qu’il s’agit du début d’une histoire. Il ressentait ses embarras d’adolescent devant cette jeune femme si décidée et si séduisante. Et il savait bien qu’au fond la décision, quelle qu’elle soit, incomberait à Emma quelque soit la subtilité de sa tactique. Il se satisfaisait de cette conclusion fataliste. Les hommes ne sont plus maîtres du jeu, pensa-t-il, et c’est mieux comme ça après des siècles de domination brutale.
Arrivé chez lui, son appartement était très proche de l’Etoile où il avait fixé par précaution son rendez-vous, c’était le seul paramètre qu’il avait réussi à maîtriser,  il décidait de faire fi de toutes ses inhibitions.  Après tout elle ne pouvait qu’être ouverte et débarrassée de principes conservateurs comme elle l’avait prouvé au cours des trois brèves rencontres qui avaient illuminé sa semaine. Il jouerait clairement la carte de la franchise. Il attendait depuis si longtemps de pouvoir vivre une aventure ouvertement fétichiste qu’il ne prendrait aucune précaution pour dissimuler ses intentions. Avec fébrilité, il se débarrassa de ses vêtements de travail – l’inévitable costume cravate qu’il n’osait agrémenter que de son trench en caoutchouc -, prit rapidement une douche et se dirigea vers l’armoire de ses plaisirs secrets qui enfermait  soigneusement sa collection de vêtements  accumulés au fil des années au gré de ses voyages en Angleterre et de ses visites sur Internet. Il ne s’habillait que rarement avec ces vêtements, il en avait très peu l’opportunité. Quelques soirées fétichistes à Bruxelles ou Londres, quelques sorties solitaires sous la pluie qui autorise et justifie  toutes les audaces lui avaient permis de s’habiller entièrement  avec les matières de ses désirs.
Sans être frustré par cette situation, il se prit à espérer qu’enfin il trouverait en Emma la partenaire de ses rêves. C’était là tout l’enjeu de cette rencontre. Ce soir, à la veille de Noël, il tenterait le tout pour le tout pour sortir de cette impasse dans laquelle sa sexualité l’enfermait. Il choisit avec soin chaque vêtement, un slip latex qu’il mettait souvent sous ses vêtements « civils », un jean bien coupé en latex noir et mat, une chemise de la même matière, qui formaient un ensemble à la fois discret mais explicite pour les connaisseurs, et bien entendu son imperméable préféré, non pas celui qu’il mettait souvent pour aller travailler, mais un épais trench coat en SBR, entièrement doublé de latex brillant, vêtement lourd et intensément porteur d’érotisme qui ne laissait aucun doute sur les choix de  celui qui le portait. En s’habillant, son excitation grandissait, non pas celle qu’il ressentait seul au contact de ces matières, mais une excitation nouvelle, celle d’être porteur d’un message intensément sexuel auprès de cette belle inconnue. Comment réagirait-elle ? Complétant sa tenue par des chaussures noires en caoutchouc, un modèle rare qu’il avait ramené d’un voyage en Allemagne, il sortit sans bruit de son immeuble en craignant de rencontrer un voisin. Une fois dans la rue, dans l’anonymat  de ce vendredi  soir très animé, il se dirigea,  le cœur battant vers ce premier rendez-vous où il portait sans équivoque un message clair sur ses désirs. Par chance, la pluie avait repris, douce mais régulière, et noyait la ville dans un halo de lumières qui faisaient briller les trottoirs, luire les carrosseries des voitures qui reflétaient les guirlandes qui ornaient les magasins. Il ne craignait plus la réaction d’Emma…
L’après-midi d’Emma fut aussi très actif. La réunion de la veille avec New-York avait été concluante, le client français avait été ravi de son professionnalisme et séduit par son excellent anglais et son patron lui avait glissé dans l’oreille, en prenant avec le client une coupe de champagne pour fêter cette victoire, que son bonus serait substantiel. Elle souhaitait également finir l’année en beauté et prendre quelques jours de vacances. Elle n’avait encore rien décidé, faisant confiance à internet pour trouver une opportunité de dernière minute, et se prit à imaginer que peut-être Peter pourrait être un compagnon agréable pour cette fin d’année. Mais elle n’avait pas beaucoup pensé à lui ces dernières heures, entièrement engagée dans la réussite de ce contrat, et finalement elle considérait que ses hésitations maladroites étaient de mauvais augure pour la suite. Elle ne trouvait que des hommes, angoissés face à son aplomb, qui n’hésitaient pas à prendre une fuite honteuse face à la précision de ses avances. Cette situation la frustrait d’autant plus que depuis son départ de Londres elle n’avait pas vraiment rencontré d’homme séduisant et conquérant, et  ses jeux sexuels étaient beaucoup trop solitaires à son goût.  Elle trouvait certes dans son fétichisme un recours apaisant et réconfortant. Ses promenades sous la pluie la calmaient face aux contraintes stressantes de son métier. Ses escapades bretonnes ou en Cornouailles lui permettaient de s’habiller comme elle adorait le faire, entièrement étanche sous plusieurs couches de latex et de vinyl, bottée, gantée et encapuchonnée face aux embruns. Elle n’hésitait pas à passer ainsi des heures sous la pluie intense, et avait même trouvé à Ouessant une maison que des amis lui prêtaient occasionnellement, face à l’ouest, sans aucun voisin, où elle avait pu coucher sur l’herbe dans la douceur d’une nuit d’été, toute la nuit exposée au vent et à la pluie. Ce fut l’un de ses meilleurs  souvenirs, ces odeurs de terre détrempée, de mer et de pluie intensément mêlées dans un parfum primal qui lui avait provoqué une intense jouissance qu’aucun homme  n’avait jamais pu approcher.
Evoquant ces intenses pulsions, elle craignait que Peter, ridicule avec ses chaussures de cuir détrempées, son manque d’audace, ses ruses élémentaires pour la retrouver alors que c’était elle qui l’avait identifié et conduit vers elle, ne soit vraiment pas l’homme de la situation. Mais dans un élan de générosité, c’était Noël après tout, elle décida de lui  donner une chance, une seule. Elle ne voulait pas perdre de temps avec des amants occasionnels empêtrés et manquant de confiance. Elle voulait enfin vivre une grande histoire d’amour avec un partenaire qui pourrait totalement la comprendre, la séduire, la faire rire et partager non seulement ses intenses désirs sexuels, mais son goût pour la musique, la nature, les grands espaces.
Une relation forte, salée comme la mer, douce comme la pluie, brillante comme ses cirés. Aussi elle avait décidé de ne pas compromettre cette rencontre improvisée qu’elle avait acceptée pour mettre Peter au défi de révéler l’intensité de son désir, la nature réelle de sa personnalité. Serait-il un petit cadre de banque étriqué, tenté par le piment du fétichisme, mais peu enclin à se livrer et à s’abandonner à la force de ses pulsions, ou un homme authentique et intense, sans inhibition ni crainte face au regard des autres ?  Serait-il  prêt à se lancer avec une femme audacieuse dans une relation entre partenaires ouverts et consentants, loin de mièvreries et faux semblants, et sans compromission face à l’intensité de ses désirs ?
Sortie plus tôt du bureau, fière de son succès dans ce difficile contrat, elle était rentrée chez elle et avait regardé les sites de mode, Elle, Vogue, Marie-Claire,  pour imaginer comment elle pourrait renouveler sa garde robe du printemps avec sa prime de fin d’année. La mode 2007 paraissait laisser aux matières brillantes une place de choix, plusieurs couturiers présentant jupes, pantalons, chemisiers en vinyl noir. Elle se disait que c’était une occasion unique de faire converger ses désirs et la mode qui ne manquerait pas de se retrouver dans la rue. Mais pour ce soir- là, elle devait frapper l’imagination de Peter, le forcer à se révéler avec clarté. Et elle pensait que l’épisode de la veille sous la pluie avait du éveiller pour le moins chez lui quelques attentes qu’elle chercherait à ne pas décevoir. Sa garde-robe était largement fournie depuis des années. Elle avait un choix considérable et n’hésita pas longtemps. Elle possédait un tailleur pantalon en vinyl noir acheté en solde il y a quelques années chez un grand couturier, Thierry Mugler, qui lui allait à merveille, à la fois d’une coupe parfaite et d’une froide élégance dans cette matière que le couturier avait su habilement sculpter. C’est cet ensemble qu’elle décida de mettre. Mais pour pimenter sa tenue, elle mit d’abord un slip en latex qui la pénétrait intimement, alimentant son excitation de façon permanente, puis un chemisier en latex blanc, très fin, au col droit boutonné, sans soutien-gorge. Elle ressortit d’un tiroir les deux splendides anneaux que son amant anglais lui avait offerts pour sceller leur entente, anneaux qui avaient nécessité le piercing de ses seins qu’elle avait consenti à admettre bien que réticente et qu’elle ne mettait plus, tout en empêchant le passage de se refermer  grâce à  une barre de métal mince. Et elle décida enfin de mettre son grand manteau en vinyl noir également, acheté cette fois chez Rimo en Allemagne, fabricant spécialisé dans les imperméables somptueux, taillés dans un vinyl épais, et doublé de latex très fin. Pour compléter cette tenue, elle mit une paire de bottines laquées de noir, au talon de métal impérieux. Elle appela enfin un taxi pour se rendre à l’Etoile décidée à convaincre Peter de devenir son amant dès ce soir s’il le méritait vraiment, ce qu’elle ne tarderait pas à savoir…
Ainsi Peter et Emma  marchaient vers cette
« brillante rencontre » plein d’ambitions et d’ardeurs pour  engager leurs vies dans une nouvelle aventure forte.
Il pleuvait sur Paris ce vendredi soir, mais deux personnes au moins s’en réjouissaient.
           
La bande des cirés

Clin d’oeil à la bande des cirés…

Surprise, d’un jour de cette semaine un peu particulière, un paquet poste venu d’un pays de l’autre côté de l’Océan, contenant entre autre ce petit clin d’oeil à la bande des cirés.

Alors je me suis imaginé vous retrouver toutes et tous dans ce petit restaurant bien sympathique.
Nous étions gais et heureux , tous réunis, c’était un jour de pluie mais le cœur était à la fête, nous avions mis nos cirés de toutes les couleurs, bel arc-en-ciel léger dans les soucis de nos quotidiens.
L’idée nous vint de transformer la chanson de Delpech
« Chez Laurette » et tous nous fredonnâmes :

« À sa façon de nous appeler
On voyait bien qu’elle nous aimait beaucoup
Quand on entrait Antoinette souriait
Et d’un seul coup  nos problèmes
Disparaissaient quand elle nous embrassait.

C’était bien, chez Antoinette
Quand on faisait la fête
Elle venait vers nous, Antoinette
C’était bien, c’était chouette…

Et plus encore afin qu’on soit tranquille
Dans son café y avait un coin pour nous
Si par hasard on avait l’âme en peine
Antoinette seule savait nous consoler
Elle nous parlait et l’on riait quand même
En un clin d’œil elle pouvait tout changer
C’était bien chez Antoinette
On y retournera
Pour ne pas l’oublier Antoinette
Ce sera bien ce sera chouette
Et l’on reparlera,
Des histoires du passé
Chez Antoinette… »

La bande des cirés

Brillante rencontre…suite..la bande des cirés

 suite…4 nouvelle de Peter
Un peu médusé par tant de franchise, de fraîcheur dans l’évocation par Emma de sa découverte de l’intensité érotique du fétichisme, Peter ne reprend pas la parole tout de suite. Il garde cette main gantée de vinyle dans la sienne et regarde attentivement Emma, ses yeux noisette, ses cheveux courts, son sourire si naturel, presque ingénu.
– Emma, vous me surprenez. Vous êtes une femme adorable, simple et directe, vous me parlez de vos expériences sexuelles alors que nous ne nous connaissons pas. Je pourrais être choqué, vous considérer comme une exhibitionniste, une vulgaire allumeuse, et pourtant aucun de ces mots ne sonnent juste quand je vous regarde. Je crois à votre totale sincérité et à votre franchise. J’ai envie de vous connaître, de vous comprendre…
– Mais Peter, ne me faites pas croire que vous être surpris ! Je vous vois tout de caoutchouc noir vêtu, ou presque, vos m’écoutez avec une attention qui dissimule mal votre excitation. Je ne sais pas comment dire au masculin que
« vous faites votre mijoré », mais vous me paraissez soudain très paniqué par l’évocation par une femme de sa sexualité. Seuls les hommes auraient donc le droit de parler librement de sexe. Quelle arrogance passéiste ! Pardonnez ma vivacité, mais je suis toujours étonné de constater que les hommes craignent les femmes qui prennent l’initiative.
Je le vis encore tous les jours dans le milieu professionnel. Je suis libre de ma sexualité, fusse-t-elle “atypique”, et fière de l’être. Et franchement, je trouve naturel d’avoir envie de vous séduire vous qui paraissez si ému par les cirés, les matières brillantes…Il n’y a rien là de bien terrible !
Vous semblez plus craindre le regard des autres que moi.
– Avouez Emma que vous êtes aidée par la liberté que donne la mode un peu plus que les hommes condamnés au costume cravate et au Burberry de fonction ! répondit Peter avec un certain agacement.
Il était vrai qu’Emma le provoquait, le réduisait à une homme ordinaire empêtré et maladroit face à sa vivacité.
Peter eut soudain envie de reprendre l’initiative dans cette conversation qui tournait franchement à son désavantage. Il sentait que son pouvoir de séduction diminuait et qu’insensiblement Emma lui échappait.
– Emma, je suis désolé, vous semblez m’accuser d’être un machiste ordinaire, permettez que je m’en défende. Je crois aimer les femmes comme des partenaires à part entière, je crois les respecter pleinement, et je voudrais vous en donner la preuve. Ne nous quittons pas fâchés !
Car je dois vraiment partir pour une réunion importante au bureau, la fin de l’année, vous savez…
Nous sommes aujourd’hui jeudi, voyons nous demain soir, je vous invite à dîner.
– Et bien, j’accepte volontiers, Peter, vous vous rachetez enfin !
Ne croyez pas que je ne souhaite pas non plus être courtisée !
– Alors disons demain 20h00 place de l’Etoile ?
– J’y serai, Peter.. .
Je dois aussi partir car j’ai également une vidéoconférence avec New York, une importante fusion de plusieurs milliards de dollars qui est en cours de négociation et je représente l’acheteur français. Je joue ma « prime de fin d’année », dit-elle en se levant de son siège avec un grand sourire.
Peter se lève également, leurs cirés ont séché, ils sortent du café ensemble alors qu’un timide rayon de soleil illumine les tours du quartier d’affaires.
-Le soleil revient, semble-il , ose banalement Peter, encore ébloui par l’aplomb d’Emma, son style et visiblement son rang dans sa banque d’affaires, supérieur apparemment à son propre niveau de responsabilité.
– J’espère qu’il n’en sera pas ainsi demain soir, répond malicieusement Emma.
Je me dépêche, je vous abandonne. Pensez à moi, Peter !,
dit-elle en se précipitant vers lui et en s’accrochant à son cou
pour déposer brièvement ses lèvres contre les siennes.
“C’est un acompte”, dit-elle en partant d’un pas vif.
Il la voit s’éloigner, silhouette juvénile, vêtue d’un rouge éclatant. Une image qui s’estompe rapidement au milieu des passants qui regagnent leurs bureaux.
Il se sent désemparé, un sentiment mêlé de plaisir, d’étonnement, mais aussi une certaine forme d’irritation devant tant de naturel et se dit que les filles de la bande des cirés vont vraiment  trouver que les hommes sont une valeur qui se déprécie bien vite actuellement !