Ecrire

Signes…

Des mots écrits juste pour l’encre de la plume,
Des signes qui se tracent comme une caresse
Des phrases comme une musique.
Juste pour qu’on les écoute.
Juste comme un aveu de proximité.
Cette part de soi qu’on confie, abandonne
Juste avant que l’on s’endorme
Et ce lendemain auquel on croit.

Ecrire

Chanson d’écume…

Quand j’écris les silences et que surgissent les images j’éprouve un étonnement devant les mots qui viennent à ma rencontre. Sur la feuille blanche la plume dessine des lointains où s’essouffle le vent,la vie toute entière se concentre et circule dans ma main qui écrit.
Une image réveille mes envies d’ailleurs, et le rêve prend forme.
Dans cette chambre où je m’évade loin du réel, dans cet instant de paradis volé, la porte fenêtre s’ouvre sur cet infini, cette symbiose parfaite d’eau,de sable, d’air,qui me donne l’illusion d’appartenir à ce décor,comme la mouette qui rit dans le ciel, le voilier qui glisse au loin, et où le bruit des vagues n’est qu’une forme de silence.
Le clapotis argent ou azur finit par se confondre avec le ciel. Quand le ciel est bas, quand la mer lâche ses vagues d’écume blanche comme un vaste troupeau de moutons pressés,quand mon regard s’étire jusqu’à l’azur, tendu vers l’horizon lointain où sombre le soleil en se couchant pour apparaître le lendemain, ailleurs, sur un horizon semblable, je sais que mes rêves sont semblables à la réalité.
Ivresse d’images, les horloges tournent dans le bon sens, pas de vague, la mer continuera sa chanson d’écume.
E A
photo Mandelieu vue de la terrasse…
Ecrire

Mouvement…

Vertige, frénésie, instants de doute, mille façons d’écrire qui se résument en une seule,
suivre le mouvement de sa pensée.
Syntaxe simple ou complexe, vocabulaire élémentaire ou prodigue, sécheresse ou ébullition,
lignes droites ou arborescentes,phrases calmes ou effervescentes,
c’est selon ce que j’aimerais formuler qui invente la langue appropriée à son dessein.
Partition qui se faufile entre les pages,notes éparses.
Aller au plus bref, là où brûle un feu clair, où le souffle anime les mots, invitation à la virevolte légère,
aux passages de l’air, aux épiphanies.

 

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Une image…des mots.

L’hiver est présent,en avance sur le calendrier, le grésil a figé la nature, la neige est tombée en abondance,
l’horizon est vide, le lac du même plomb que le ciel bas et lourd.
Elle se sent froide et glacée comme les aiguilles de givre sur les arbres, comme les flocons qui voltigent.
Elle longe le lac, reprend son souffle, des poèmes brûlants, inconscience animale, arrivent à la rescousse
dans sa tête sur le pont voilée de brume…
Prisonnière d’elle-même.
Densité du silence et ce mystérieux sentiment de poésie qui l’habite, dans le ciel redevenu immense,
dans la lumière rose de l’hiver…
Dans l’attente de se gaver de pousses de soleil, de la pureté des eaux-vives qui coulent à ses pieds,
de se repaître du blanc virginal des fleurs de cerisiers si follement excitantes qu’elles réveillent les sens
par l’hiver encalminés.

Les mots appellent les mots…

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie… » (Louise Labé)
Ecrire

Des phrases comme une musique…

Entre deux mondes le temps du voyage des mots écrits à l’encre bleue,
des lignes qui se relisent, légères, le fil qui se perd.
Des phrases comme une musique.
Juste pour dire le chemin et les jours qui passent.
Juste pour qu’on les écoute.
Juste pour l’encre de la plume, le timbre, l’enveloppe sous les doigts qui explorent les reliefs.
Juste pour les yeux qui suivent les volutes des lettres et s’y perdent.
Juste comme preuve de matérialité, comme aveu de proximité.
La réponse dans la nuit.
Le texte qui rend plus proche au fur et à mesure qu’il s’étend sur la feuille.
Le mouvement de la main qui s’applique, les signes qui se tracent doucement, comme une caresse.
Le temps qui se prend.
Et puis l’enveloppe qui chute dans la boîte aux lettres.
Irréversible.
Cette part de soi qu’on confie, qu’on abandonne, juste avant qu’on ne s’endorme.
Et puis ce lendemain auquel on croit.
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Rêverie blanche…

Loin du tumulte, dans le silence, une rêverie blanche d’un mercredi de novembre.
La lune semble avoir déposé sa clarté laiteuse sur les plus hauts sommets vosgiens.
L’épaisse brume matinale avait caché ce secret jusqu’aux heures de midi.
Et puis majestueusement a-t-on pu découvrir sous ce premier voile épais un second manteau
immaculé et mobile,celui-là.
Oh rien de glissant, juste une fine pellicule, celle que l’on définit comme la première neige de la saison.
Tout au bout des lacets qui mènent aux sommets, les grands sapins ont perdu leurs couleurs dans la palette chlorophylle, offrant un vif contraste avec leurs congénères feuillus à peine en contrebas, encore tonifiés de couleurs automnales.
Les toits des chalets ont pris la poudre, quelques fleurs ont pâli subitement.
Juste à côté, à la station de ski on repeint le téléski, remodèle les pistes.
En attendant, dépoussiérer les luges, récupérer les moufles, affûter ses espoirs de glisse , se laisser aller à la
magie où enfant nous l’attendions avec impatience, cette première neige de la saison.
Photo: Les Vosges un jour de Novembre
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Ecouter le vent…


Ca venait avec les beaux jours, et puis un jour on y était. Les grandes vacances, celles dont on ne voyait pas le bout. Soudain la liberté. Le seul devoir de vacances : partir.
On allait au bord de la mer,avec Michel Jonaz on suçait des glaces à l’eau, on regardait les bateaux…
On n’appelait pas ça non plus l’enfance, on n’appelait pas ça l’ennui. On n’en parlait pas beaucoup de l’été. On le laissait passer comme on pouvait. Ca ressemblait un peu à l’éternité, tous les jours la même chose, et puis tout de même la splendeur de la mer, sa présence massive, l’infini réel. L’horizon te regarde. Et la mer te guette doublement, au loin et en profondeur.
Ce qui arrive au temps, sur une plage, c’est aussi un coup de soleil. L’abolition de toute pensée, une mise en veille de la conscience bercée par le sac et le ressac, sans buts autres que la bronzette,le sérieux des jeux de plage où l’on ne compte pas les points. Le livre qu’on mettra tout l’été à lire. La nage qui ne sert qu’à faire trempette.
L’été réel, celui où il ne se passe rien.
Une plage de temps infinie, où rien n’est terni par un but. Rien d’autre que rien à faire. Et tout le reste presque une faute de goût.
L’été comme un jour sans fin.
L’été qui nous rappelle sans jamais le dire, que la fin aura ce goût, et que tout le reste n’est que remplissage, distraction, divertissement. L’été nous relie mystérieusement à tous nos étés passés et semble dire :
« Mais qu’as-tu fait de ton année ? » Comme si ce temps d’inaction était notre seule chance de pleine conscience, quand nous percevons hors de tout but, percevons enfin pour percevoir, le monde se donne à nous d’une manière que l’on pourrait dire artiste. Les choses ne sont plus simplement utiles, elles se mettent à valoir pour elles-mêmes.
C’est l’été !
Il n’y a plus rien à faire, qu’à regarder la lumière sur les vagues, écouter le vent !
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Ouvrir…

Quel est ce verbe qui s’ennuie sur les chemins trop banalisés Ce verbe joyeux qui rime avec sourire. Ce verbe chaud et sensuel qui laisse entrer le désir et toute la saveur acidulée de la vie. Ce verbe curieux et gourmand qui aime l’inconnu et l’aventure, se berce de confiance et se grise de risque. Ce verbe qui par nature est esthète, par devoir exigeant, par curiosité indomptable.
C’est l’un des verbes les plus lumineux de la langue française. Du troisième groupe mais de première classe.
Pour un peu il regretterait d’être parfois transitif. Les compléments l’encombrent et le ralentissent, mais il apprécie la douceur de la grammaire et les facéties de la conjugaison : avec elles, il change de peau et d’identité. Ce farceur généreux aime le vertige, perdre la boussole et se moquer des frontières.
Ouvrir. Ouvrir. Ouvrir…
Ouvrons nos fenêtres en grand et ivres de liberté laissons-nous emporter par le souffle de ce verbe ouvert sur le monde, ouvert sur la vie.
photo « Baux de Provence »