Ecrire

Automne…

Tourbiere de Lispach, La Bresse, Vosges, France


Saison clé, saison délicate, saison sensuelle,
saison qui autorise toutes les couleurs de roux, d’ambre,
toutes les humidités, toutes les révélations.
Saison, où tout vire doucement, avant de tout perdre,
pour mieux renaître au printemps.


crédit photo: Sébastien Brière

Ecrire

Je me souviens…

La journée s’annonce chaude, elle en profite, arrive la première.
Elle étend sa serviette devant les rochers du milieu, au loin un bateau tâche de rejoindre l’horizon.
Elle se baigne en gardant ses lunettes de soleil, parfois elle les relève au-dessus du front, elles lui servent de serre-tête.
Elle sort de l’eau, ses cheveux balancent des gouttelettes tout autour d’elle.
Elle s’allonge sur le rectangle d’éponge, se retourne, s’appuie sur un coude.
La position est épuisante, elle tient un livre entre ses mains.
Elle est seule sur la plage.
Elle se relève, jette un caillou dans les vagues, se souvient des jeux qu’elle appelait les“cailloux magiques “.
Le ciel est d’un bleu insolent, un sourire lui barre le visage,
elle vient de se rappeler qu’il pleut ailleurs.
A midi, elle déjeune sous une tonnelle, d’une salade et d’un verre de rosé, son chapeau de paille ne la quitte pas, il lui donne quelque chose d’inaccessible.
Elle a dû avoir des enfants, ils sont grands maintenant.
Elle habite sûrement une de ces maisons de crépi blanc au milieu des pins parasols.
Elle a des secrets, des souvenirs…

"Double je", Ecrire

Tout ce qu’elle sait…

La nuit fut blanche.
Les rêves butaient contre un mur d’ombres.
Ce matin, les mots rôdent dans ma mémoire ils ont le goût de la nuit.
Ils s’entrechoquent et cognent dans ma tête.
Ma main les retient pour ne pas les déposer sur la page.
Y a-t-il encore un langage quand l’ultime pudeur empêche de les mettre en mots ?
Ils seraient les bienvenus pour libérer les pensées chagrines.
Mais seraient-elles moins vives sur la page que dans le cœur ?
C’est en bouquet d’images que je les transforme, tantôt aux couleurs éclatantes,
tantôt aux couleurs tendres.
Ils deviennent bouquet de fleurs froissées.
Tant de mots un autre silence.
La nuit a emporté tout ce qu’elle sait de moi.

photo Katia Chausheva

Ecrire

Signes…

Des mots écrits juste pour l’encre de la plume,
Des signes qui se tracent comme une caresse
Des phrases comme une musique.
Juste pour qu’on les écoute.
Juste comme un aveu de proximité.
Cette part de soi qu’on confie, abandonne
Juste avant que l’on s’endorme
Et ce lendemain auquel on croit.

Ecrire

Chanson d’écume…

Quand j’écris les silences et que surgissent les images j’éprouve un étonnement devant les mots qui viennent à ma rencontre. Sur la feuille blanche la plume dessine des lointains où s’essouffle le vent,la vie toute entière se concentre et circule dans ma main qui écrit.
Une image réveille mes envies d’ailleurs, et le rêve prend forme.
Dans cette chambre où je m’évade loin du réel, dans cet instant de paradis volé, la porte fenêtre s’ouvre sur cet infini, cette symbiose parfaite d’eau,de sable, d’air,qui me donne l’illusion d’appartenir à ce décor,comme la mouette qui rit dans le ciel, le voilier qui glisse au loin, et où le bruit des vagues n’est qu’une forme de silence.
Le clapotis argent ou azur finit par se confondre avec le ciel. Quand le ciel est bas, quand la mer lâche ses vagues d’écume blanche comme un vaste troupeau de moutons pressés,quand mon regard s’étire jusqu’à l’azur, tendu vers l’horizon lointain où sombre le soleil en se couchant pour apparaître le lendemain, ailleurs, sur un horizon semblable, je sais que mes rêves sont semblables à la réalité.
Ivresse d’images, les horloges tournent dans le bon sens, pas de vague, la mer continuera sa chanson d’écume.
E A
photo Mandelieu vue de la terrasse…
Ecrire

Mouvement…

Vertige, frénésie, instants de doute, mille façons d’écrire qui se résument en une seule,
suivre le mouvement de sa pensée.
Syntaxe simple ou complexe, vocabulaire élémentaire ou prodigue, sécheresse ou ébullition,
lignes droites ou arborescentes,phrases calmes ou effervescentes,
c’est selon ce que j’aimerais formuler qui invente la langue appropriée à son dessein.
Partition qui se faufile entre les pages,notes éparses.
Aller au plus bref, là où brûle un feu clair, où le souffle anime les mots, invitation à la virevolte légère,
aux passages de l’air, aux épiphanies.

 

Ecrire

Une image…des mots.

L’hiver est présent,en avance sur le calendrier, le grésil a figé la nature, la neige est tombée en abondance,
l’horizon est vide, le lac du même plomb que le ciel bas et lourd.
Elle se sent froide et glacée comme les aiguilles de givre sur les arbres, comme les flocons qui voltigent.
Elle longe le lac, reprend son souffle, des poèmes brûlants, inconscience animale, arrivent à la rescousse
dans sa tête sur le pont voilée de brume…
Prisonnière d’elle-même.
Densité du silence et ce mystérieux sentiment de poésie qui l’habite, dans le ciel redevenu immense,
dans la lumière rose de l’hiver…
Dans l’attente de se gaver de pousses de soleil, de la pureté des eaux-vives qui coulent à ses pieds,
de se repaître du blanc virginal des fleurs de cerisiers si follement excitantes qu’elles réveillent les sens
par l’hiver encalminés.

Les mots appellent les mots…

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie… » (Louise Labé)