"Double je"

Entre-deux…

Il me plairait de partir vers la mer, goéland, mouette, à tire d’ailes vers le large,
dans l’entre-deux du bleu et de l’azur.
Partir, pour me confronter à mes rêves, à des réalités inédites, et m’emmener dans les
couloirs de l’univers rencontrer des bourrasques, des typhons, de multiples corps et
regards, des brises, des parfums, des ressacs.
Entre deux rafales de silence une part de moi-même se mêle au vent, il me reste à écrire
mes blessures dans le sable et graver mes joies dans la pierre.

photo Gruissan (aude)

"Double je"

Qu’est-ce qu’on va faire de tout ce qu’on n’a pas vécu ?


Temps de confinement, temps précieux pour puiser en nous de nouvelles ressources.
Temps propice à la méditation, temps pour regarder, écouter, échanger, aller vers l’autre.
Peut-être allons-nous mesurer avec ce dé/confinement (partiel) attendu et redouté combien nous étions et sommes proches les uns des autres, combien étaient, sont important ces moments d’échange, de communion. Toutes ces petites attentions quotidiennes, un mot, un sourire sans masque, une main tendue. Mesurer ce qui était, est vital pour nous.
Nous inventons si souvent le pouvoir des choses absentes.
Mais nous savons aussi que nous résistons fortement à ce qui nous invite à renaître, alors que nous appartenons à ces recommencements, que l’on rencontre souvent sa destinée par les chemins qu’on a pris pour l’éviter et comme l’écrivait Camus
 » que le bonheur est l’accord vrai entre un homme et l’existence qu’il mène. « 

"Double je", Ecrire

Tout ce qu’elle sait…

La nuit fut blanche.
Les rêves butaient contre un mur d’ombres.
Ce matin, les mots rôdent dans ma mémoire ils ont le goût de la nuit.
Ils s’entrechoquent et cognent dans ma tête.
Ma main les retient pour ne pas les déposer sur la page.
Y a-t-il encore un langage quand l’ultime pudeur empêche de les mettre en mots ?
Ils seraient les bienvenus pour libérer les pensées chagrines.
Mais seraient-elles moins vives sur la page que dans le cœur ?
C’est en bouquet d’images que je les transforme, tantôt aux couleurs éclatantes,
tantôt aux couleurs tendres.
Ils deviennent bouquet de fleurs froissées.
Tant de mots un autre silence.
La nuit a emporté tout ce qu’elle sait de moi.

photo Katia Chausheva