"Double je"

Relâchement…

J’aime ces journées d’été,
ces moments qui s’étirent dans une élasticité du relâchement .
Ces journées comme une grande parenthèse, un soupir, une page blanche,un souffle doux et chaud.
Un silence qui me porte et me transporte loin des fureurs du monde.

"Double je"

Eclaboussure…


Eclaboussure de violet à perte de vue, lavande et lavandin parfument jusqu’aux étoiles ces paysages aux allures de jardins façonnés par l’homme, résultat d’un travail continu et rigoureux sur un sol aride et dur.
Provence au parfum d’été, pays de soleil, de vent, de contraste, de lumière.
Provence apaisante de Senanque, rude et violente de Giono, exubérante et nostalgique de Pagnol,claire et puissante comme une poésie de Char.
photo Pierre Genevier
"Double je"

Se perdre…

Je me suis promenée de village en village me perdant par les sentiers et les ruelles caladées.
J’ai goûté à l’eau des fontaines pour avoir en bouche tous les mystères de la vie.
J’ai caressé les herbes rencontrées, gardant jalousement au creux de mes paumes,
comme un trésor, les fragrances les plus secrètes.

Non classé

Là-bas…

Non, décidément ,
n’allez pas là-bas si vous vous sentez le coeur tiède,
et si votre âme est une bête pauvre!
Mais, pour ceux qui connaissent les déchirements du oui et du non,
de midi et des minuits, de la révolte et de l’amour,
pour ceux enfin qui aiment les bûchers devant la mer,
il y a, là-bas, une flamme qui vous attend.
Albert Camus, in l’Eté,
Folio page 131

en hommage à un ami  qui aimait les bûchers devant la mer…

 
"Double je"

Poétique d’assemblage…

Venise…
Je suis encore en pensée dans les reflets de Venise, cette ville magique que j’ai arpenté à contre-courant, me laissant guider par mon envie de voir certaines choses qui résonnaient fortement dans mon cœur.
C’est presque une lettre d’amour que je dédie à Venise, la belle qui sait conquérir le cœur de ceux qui l’apprivoisent. Souvent je me suis éloignée de la foule, allant à mon rythme, regardant, savourant chaque détail que peut offrir cette ville. Bien sûr le besoin de partager était présent mais je me suis sentie épaulée, aidée comme si une force mystérieuse m’accompagnait.
Cette ville, poétique d’assemblage, ce ciel infini, liquide, immense, insondable, haletant qui se fond et se coule, dont la lente mouvance entraîne le regard le long de vagues infinies. Et l’eau, toujours proche, qui n’arrivera pas bien plus haut que cette marche blanche de l’escalier qu’elle barbe de vert glissant et balaye lentement. Et ces anneaux, rouillés ou somptueux de bronze, attendant la barque ou simplement tricotés de cordes, dont la raison d’être semble de bloquer tout ce qui flotte dans sa course vers la mer !
D’un détail à l’autre, d’une pensée à l’autre j’ai eu le sentiment qu’au fond de cet éclatant mystère, floues et superbes, les palais innombrables soulèvent leurs corps hors des flots creux, pâle rangée dont les tours puissantes s’élancent vers le ciel, surplombées de dômes gris, vastes et sombres, comme des mondes éclipsées, les arabesques sculptées dans le marbre se diluent à mesure que l’on s’en éloigne, lieue après lieue, pour disparaître dans la lumière du lointain. Ils sont aussi inépuisables qu’imprécis, beaux sans jamais se révéler entièrement, secrets dans leur plénitude, confus dans leur symétrie, ils engendrent par ce manque de précision, par cette confusion même, la perpétuelle nouveauté de l’infini, et la beauté.
Mais tout est beau, même les amoncellements colorés le long des murs de ces matériaux qui attendent une utilité, et qui se déculpabilisent en abritant les chats . Ou ces murs infinis et tortueux qui ne masquent que des jardins… qui étonnent par l’existence et la taille des arbres et qu’on contemple à travers les barres démesurées de portails à jamais juste entrebâillé…
Juillet 2018
EA