Livres

On les voit parfois…


On les voit parfois sous les lampadaires.
Ils se tiennent l’un à l’autre longuement accrochés, suspendus dans une espèce de songe, flottant sur une flaque d’eau bleue, immobiles, un peu ivres et stupides, se trouvant seuls au monde, ne sachant où poser les yeux quand ils cessent de se regarder. Ils dérivent sur les grands fonds de l’amour, entourés d’ombres glauques, oublieux de tout et d’eux-mêmes, le coeur suintant sous la chemise son jus tiède et sucré, noyés dans tout ce bleu, immense et ridicule entre leurs doigts noués.
Jean Michel Maulpoix, in « Une histoire de bleu »
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La femme en bleue

Aujourd’hui on n’écrit plus de lettres.
C’est comme s’il n’y avait plus d’enfant pour jeter sa balle de l’autre côté d’un mur.
Le monde a tué la lenteur. Il ne sait plus où il l’a enterré…
…De tenir cette lettre entre ses mains, la femme couverte de lumière bleue en ressent la douceur…
…Les femmes regardent les mots d’amour et elles y trouvent leur âme. C’est pour moi tout ça? C’est vraiment pour moi?
Elle relit pour être sûre.
Depuis cinq siècles elle relit la même lettre et par cette attention que rien ne décourage, la femme noyée de bleu fleurit la vie éternelle, comme fait la pluie dont les diamants tombent par milliers…
Christian Bobin , in « La grande vie »
Gallimard

Johannes Veermer
« Femme en bleue lisant une lettre »
1662-1665

citations

Il n’y a pas…

« Il n’y a pas deux aubes.
Tous les matins du monde sont sans retour.
Il n’y a pas deux nuits.
Chaque nuit est le fond de l’espace en personne.
Il n’y a pas deux fleurs, deux rosées, deux vies.
Il faut dire à tout instant : Toi.
Il faut dire à tout ce qui vient : Arrive. »
Pascal Quignard in, « La barque silencieuse »
Dernier royaume tome VI
Editions du Seuil
photo Gruissan
Matthieu Pixx
paul Valéry

Eblouissement…

Cette manière, surprenante à la réflexion, qu’ont les jours de finir par un éblouissement, une création et foison de lumières décomposées, de figures immenses, qui tombent de l’or à la cendre par degrés très sensibles;
mourant comme des héros et des dieux de suite après le plus beau, et comme si leur mort était la conséquence naturelle, facile et nécessaire d’une loi qui voudrait qu’il ne puisse rien y avoir après le plus beau.
Paul Valéry , Cahiers XVIII , Gallimard 2000
Photo: ciel de Gruissan
Livres

La première fois…

“…Bien sûr il faut raconter la première fois, même si on ne le sait pas. Ce jour- là, je ne savais pas que j’avais rencontré …, que cela s’était mis en marche. C’est après que cela se comprend… …
C’est étrange comme il suffit d’un rien pour qu’une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. Comme si elle était faite d’air, et rien que de cela….
…Sans le savoir, car nous rencontrons tant de monde, et s’il fallait retenir tous les hommes à qui l’on se heurte, les portes que l’on passe en croisant ceux qui entrent et ceux qui sortent, qui vivent dans le sens inverse, et pourquoi un seul, soudain, se détacherait-il lentement du flot, s’adresserait-il à vous et aurait-il réellement quelque chose de nouveau à dire ?
N’a-t-on pas déjà tout entendu, la politesse convenue et puis l’avancée prudente, puis par cercles successifs se rapprocher de l’autre, de son état civil et son intimité, et guetter, les moments où ça craque, les points de faiblesse et d’accord ?
A-t-on envie de cela ? A-t-on assez d’appétit et d’espoir pour cela ?”
Véronique Olmi, in « Nous étions faits pour vivre heureux »
J’ai souvent parlé de l’auteur et de « La pluie ne change rien au désir « . Encore un fois ses mots en musique douce trouvent la note juste. Un clin d’œil malicieux à la narratrice, accordeuse de piano, il est évident que je ne regarderai plus de la même façon l’accordeur de piano la prochaine fois qu’il viendra à la maison. Temps mitigé, même un peu froid, séance lecture, replonger quelques heures dans la musique des mots comme ce « rêve d’amour » de Liszt ,avec légèreté et une âme de midinette, vous me pardonnerez, en me souvenant de la première fois.
humour

Tentation…

Aujourd’hui un peu d’entraînement
Demain le grand marathon
Mais n’oublions pas, plus j’achète moins je jouis !
« Hâtons-nous de succomber à la tentation,avant qu’elle ne s’éloigne » (Epicure)
A chacun la sienne !