brèves

Le papillon…


« Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur,…
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose… »
extrait des Nouvelles méditations poétiques
Alphonse de Lamartine
Photo de Richard Gonzalez prise hier au Guatémala
Guatemala qui m’évoque des souvenirs de voyage
"Double je"

Elles savent…

Les images ont toujours un peu d ‘avance sur moi, elles savent ce que je cherche.
Dans l’instant où elles émergent elles contiennent tous les temps, elles les résument.
Ecrire l’image, les mots qui la saisissent s’ajustent, ils sont sa seule réalité.
Elle n’a pourtant pas plus d’éternité qu’une pensée cousue de naissance et de trépas.
Chaque bruit, chaque parfum, chaque image est à changer, pour embellir, atténuer,
amortir douleur et désir, envelopper la mémoire  entourée par les ombres qui demandent pourquoi.
Je me sépare de mes doutes en traçant sur le papier blanc des signes noirs.
A combien de chagrins et de désirs faut-il mourir, pour avoir enfin la sensation de naître ?
crédit photo: Bruce Davidson
Sicile 1961
"Double je"

En mémoire…

« La lumière du jour est douce, quoiqu’on dise; et celle qu’on nous propose pour plus tard ne peut que lui ressembler; pour nous allécher, on nous dit qu’elle durera toujours.
Et nous ne pouvons imaginer qu’elle soit autre. »

Jean Grenier

Photo Amx

Livres

Mirage de la chaleur de l’été…

Elle est trop belle. Etrange.
Est-ce qu’on la boit, est-ce qu’on la mange ?
Elle est comme une fausse piste du désir.
Le rouge-rose de cette chair meurtrie, évanescente et gorgée d’eau, vient mourir en pâleur maladive au bord de la solide écorce vert profond. Au centre elle est si sombre, incrustée de grains inquiétants d’un noir ébène, pépins ou fers de lance empoisonnés.
Comment peut-on être si lourde de tant de rien impudent, magnifié ?
La pastèque n’a goût de rien, et c’est donc elle qu’on désire en vain.
Elle est la perfection de son mensonge.
Elle allume tous les regards, conjugue impudemment la moiteur, la fraîcheur.
On sait d’avance qu’on ne pourra la posséder vraiment.
Son goût est transparent.
Elle n’est qu’un mirage de la chaleur de l’été.
Extraits assemblés du « Mensonge de la pastèque »
de Philippe Delerm in,
« Les eaux troubles du mojito » et autres belles raisons d’habiter sur terre.
Grand besoin de ces couleurs chaudes de l’été, rajouter du soleil dans ma vie,
mes rêves s’agrippent à ces couleurs soleil.
Bon dimanche à vous de passage.
humour, Livres

Les eaux troubles…

On fête la convivialité de se retrouver en terrasse, de parler sans restriction. Prendre un cocktail, c’est chaud.
Et puis il y a le mojito…
On a beau continuer à suivre la conversation, feindre l’indifférence, quand le serveur dépose le verre sur la table, on sent qu’une aventure commence.
C’est tellement pervers, tellement trouble. D’emblée une invite à plonger, à s’embarquer vers des fonds sous-marins qu’on aura bien du mal à maîtriser…
Le mojito, c’est à la fois opaque et transparent. Dans les verts, bien sûr, mais dans les noirs aussi,avec des zones un peu plus claires à la surface et des mystères insondables tout au fond de l’apnée. On y trempe les lèvres, surpris de cette fraîcheur qui sait prendre les oripeaux d’une moiteur de marigot. Tout cocktail impose une consommation lente, entrecoupée de pauses, d’abandons et de retours.
Avec le mojito, on ne domine rien. La dégustation devient fascination, et c’est lui qui commande. Le plus étonnant est cette persistance du sucré dans une mangrove aux tons si vénéneux. On se laisse pénétrer par une fièvre froide, on s’abandonne.
Au bout d’une errance glauque on sait que vont venir une chaleur, une euphorie. Mais il faut dériver dans la forêt feuilles de menthe, ne pas craindre de s’engourdir, abandonner l’espoir de la lumière.
Nager toutes les transgressions, se perdre, s’abîmer, chercher infiniment, descendre.
Alors montera le plaisir.
Philippe Delerm (extrait de) « Les eaux troubles du mojito »
  Hier j’ai fait l’expérience avec un « spritz », en fermant les yeux j’ai vu la fuite du soleil dans la mer.
Ecrire

Ecouter le vent…


Ca venait avec les beaux jours, et puis un jour on y était. Les grandes vacances, celles dont on ne voyait pas le bout. Soudain la liberté. Le seul devoir de vacances : partir.
On allait au bord de la mer,avec Michel Jonaz on suçait des glaces à l’eau, on regardait les bateaux…
On n’appelait pas ça non plus l’enfance, on n’appelait pas ça l’ennui. On n’en parlait pas beaucoup de l’été. On le laissait passer comme on pouvait. Ca ressemblait un peu à l’éternité, tous les jours la même chose, et puis tout de même la splendeur de la mer, sa présence massive, l’infini réel. L’horizon te regarde. Et la mer te guette doublement, au loin et en profondeur.
Ce qui arrive au temps, sur une plage, c’est aussi un coup de soleil. L’abolition de toute pensée, une mise en veille de la conscience bercée par le sac et le ressac, sans buts autres que la bronzette,le sérieux des jeux de plage où l’on ne compte pas les points. Le livre qu’on mettra tout l’été à lire. La nage qui ne sert qu’à faire trempette.
L’été réel, celui où il ne se passe rien.
Une plage de temps infinie, où rien n’est terni par un but. Rien d’autre que rien à faire. Et tout le reste presque une faute de goût.
L’été comme un jour sans fin.
L’été qui nous rappelle sans jamais le dire, que la fin aura ce goût, et que tout le reste n’est que remplissage, distraction, divertissement. L’été nous relie mystérieusement à tous nos étés passés et semble dire :
« Mais qu’as-tu fait de ton année ? » Comme si ce temps d’inaction était notre seule chance de pleine conscience, quand nous percevons hors de tout but, percevons enfin pour percevoir, le monde se donne à nous d’une manière que l’on pourrait dire artiste. Les choses ne sont plus simplement utiles, elles se mettent à valoir pour elles-mêmes.
C’est l’été !
Il n’y a plus rien à faire, qu’à regarder la lumière sur les vagues, écouter le vent !
Jean Grenier

Dernier voyage…

 
[…On vous demande pourquoi vous voyagez…]
[…On peut donc voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver.
Le voyage devient alors un moyen […]
Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés où la vue d’un pays agit sur nous, comme un grand musicien sur un instrument banal qu’il « révèle », à proprement parler, à lui-même. La fausse reconnaissance, c’est la plus vraie de toutes: on se reconnaît soi-même: et quand devant une ville inconnue on s’étonne comme devant un ami qu’on avait oublié, c’est l’image la plus véridique de soi-même que l’on contemple.
Les grands paysages lumineux de Toscane et de Provence où l’on voit des plaines que l’on a peine à mesurer de l’œil et où pourtant tous les détails sont écrits, ces paysages à la Lorrain sont propices entre tous à ces révélations…
Il est vrai que certains spectacles, la baie de Naples, les terrasses fleuries de Capri, de Sidi-Bou-Saïd, sont des sollicitations perpétuelles à la mort. Ce qui devait nous combler creuse en nous un vide infini…
La beauté des grands paysages n’est pas proportionnée à la puissance de l’homme…
Pourquoi dit-on d’un paysage ensoleillé qu’il est gai ?
Le soleil fait le vide et l’être se trouve face à face avec lui-même sans aucun point d’appui.
Partout ailleurs le ciel interpose ses nuages, ses brouillards, ses vents, ses pluies et voile à l’homme sa pourriture sous le prétexte d’occupations et de préoccupations…
Jean Grenier, in « Les îles »
l’Imaginaire Gallimard