poésie

Le verger des cyprès…

Le verger des cyprès a pour fruits les étoiles,
Balancés lentement au fond des nuits d’été ;
La vie, unique et nue à travers ses cent voiles,
Pour la répandre en tout reprend votre beauté.
Votre amour, mon amour, notre cœur et nos moelles,
Seront diversement après avoir été ;
Et, comme une araignée élargissant ses toiles,
L’univers monstrueux tisse l’éternité.
Le flot sans lendemain nous laisse et nous emporte.
Nous passons endormis sous une immense porte ;
Nous nous perdons en tout pour tout y retrouver ;
Mais les lèvres des cœurs restent inassouvies ;
Et l’amour et l’espoir s’efforcent de rêver
Que le soleil des morts fait mûrir d’autres vies.
 Marguerite Yourcenar
Les Charités d’Alcippe (1929) Gallimard
(Je n’ai pas perdu l’habitude de lire un poème voir plusieurs par jour.)
"Double je"

Musique d’été…

J’aime ces journées d’été,
ces moments qui s’étirent dans une élasticité du relâchement .
Ces journées comme une grande parenthèse, un soupir, une page blanche,
un souffle doux et chaud, innocente caresse d’un rayon de soleil.
Entre deux mondes je flotte, un pied dans les rêves, un pied dans la réalité.
Au murmure du vent la vague se répand et l’écume gémit sous la douceur du sable.
Un silence me porte et me transporte, musique d’été.

Poème d’été,
ma peau aime…

 

 

Ecrire

Ouvrir…

Quel est ce verbe qui s’ennuie sur les chemins trop banalisés Ce verbe joyeux qui rime avec sourire. Ce verbe chaud et sensuel qui laisse entrer le désir et toute la saveur acidulée de la vie. Ce verbe curieux et gourmand qui aime l’inconnu et l’aventure, se berce de confiance et se grise de risque. Ce verbe qui par nature est esthète, par devoir exigeant, par curiosité indomptable.
C’est l’un des verbes les plus lumineux de la langue française. Du troisième groupe mais de première classe.
Pour un peu il regretterait d’être parfois transitif. Les compléments l’encombrent et le ralentissent, mais il apprécie la douceur de la grammaire et les facéties de la conjugaison : avec elles, il change de peau et d’identité. Ce farceur généreux aime le vertige, perdre la boussole et se moquer des frontières.
Ouvrir. Ouvrir. Ouvrir…
Ouvrons nos fenêtres en grand et ivres de liberté laissons-nous emporter par le souffle de ce verbe ouvert sur le monde, ouvert sur la vie.
photo « Baux de Provence »
Livres

L’invitation au voyage…

Ce serait le titre d’un film sans pellicule ni écran, un film visible à travers l’invisible.Un film grillé de lumière, absorbé par un trou noir.
L’invitation au voyage est le film de l’imagination sans image.
Il se compose sur les touches d’un piano rêvé où le corps se repose en musique, y flotte, émerge à chaque instant d’un sommeil dont il ne sortira jamais.
Animée par la vie rêvante, l’invitation au voyage est
ce recommencement perpétuel du présent dans la conscience du temps.
Nicolas Charlet in, Bleu Médicis
Editions Le Pli, mars 2017
Livres

Une histoire de lecture…

« …Je suis, une fois de plus, sur le point de déménager. Autour de moi, dans la poussière secrète issue de coins insoupçonnés que révèle à présent le déplacement des meubles, se dressent en équilibre instable des colonnes de livres, tels des piliers sculptés par le vent dans un paysage désertique (…)
Je me demande – comme je le fais chaque fois – pourquoi je conserve tant de livres dont je sais que je ne les relirai jamais. Et je me réponds que chaque fois que je me débarrasse d’un livre, je m’aperçois quelques jours plus tard que c’est précisément celui-là que je cherche. Je me dis qu’il n’existe aucun livre (ou peu ) dans lequel je n’ai rien trouvé qui m’intéresse. Je me dis que, d’abord, je ne les ai pas introduits chez moi sans raison, et que cette raison peut prévaloir à nouveau dans l’avenir.
Je me donne pour excuses la complétude, la rareté, une vague érudition. Mais je sais que la raison majeure de mon attachement à ce trésor amassé sans relâche est une sorte d’avidité voluptueuse. J’aime contempler mes bibliothèques encombrées, pleines de noms plus ou moins familiers.
Je trouve délicieux de me savoir entouré d’une sorte d’inventaire de ma vie,
assorti des prévisions de mon avenir. »
C’est tout à fait ça !
« je trouve délicieux de me savoir entourée d’une sorte d’inventaire de ma vie… »
"Double je"

Flux et reflux…

Tout s’enfuit et tout revient …
Tout est insaisissable, filant entre les doigts, sans que l’on puisse jamais retenir ni posséder.
Contentons-nous de peu, un regard, un parfum, un passage, un courant d’air, un rien qui nous fait dire :
demain peut-être…