poésie

Il y a toujours…

La nuit n’est jamais complète.
Il y a toujours, puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille,
Désir à combler, Faim à satisfaire,
Un cœur généreux,
Une main tendue, une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie, la vie à se partager.
La nuit n’est jamais complète.
Paul Eluard
tableau Pierre Bonnard « La fenêtre »
Jean Grenier

Mes îles Borromées…

« Puisqu’il m’est impossible de vivre le long des rocailles et des balustres du lac Majeur, que je fasse en sorte de leur trouver de glorieux substituts!
Quoi donc? Eh bien, il me semble que partout où ils se trouveront, le soleil, la mer et les fleurs seront pour moi les îles Borromées; qu’un mur de pierres sèches, défense si fragile et si humaine suffira toujours pour m’isoler, et deux cyprès au seuil d’un mas pour m’accueillir… une poignée de main, un signe d’intelligence, un regard…
Voilà qu’elles seront __ si proches, si cruellement proches __mes îles Borromées. »
Jean Grenier , in « les Iles »
Chapelle pré -romane St Laurent Moussan (Aude)
Livres

*Pour une fleur, un sourire, un regard…



« Quand on a vu la maladie gagner, jour après jour, sur le visage de celle (celui) qu’on aime, quand on a pris, jour après jour, la mesure de son impuissance totale face à la maladie de l’autre, qu’on a flotté pendant des mois dans des angoisses qui ne font que vous parler de la mort, qu’on est suspendu, jour après jour, à de nouveaux diagnostics, sans cesse renvoyé à son impossibilité totale d’agir, et qu’on est obligé d’admettre que malgré tout l’amour qu’on porte à celle (celui) qu’on aime, on ne peut rien pour elle (lui) rien, alors après ça, on n’a plus peur de rien. »
Serge Joncour in, Repose-toi sur moi
* »Au printemps » Jacques Brel
poésie

Pollen des mots…

 

Rien encore, rien, sinon le forsythia pour tenir
le jour en flamme au beau milieu de la cour
cuvant les pluies et les ombres de mars
comme un ivrogne
entre les quatre murs de sa détresse, rien d’autre,
contre la grisaille et le froid, que l’exaltation
de l’amour au bord du gouffre : ce bouquet
d’abeilles en fleurs
dans le vent, rien de plus chaud entre les tempes
pour défroisser dans mes doigts engourdis
la lettre obscure du silence, y déposer
le pollen des mots
réchappés du vieil hiver et de la boue des songes.
Onze heures en Mars
Guy Goffette in, « Petits riens pour jours absolus »
Albert Camus

Désorientée…

…Désorienté, marchant dans la campagne solitaire et mouillée, j’essayais au moins de retrouver cette force, jusqu’à présent fidèle, qui m’aide à accepter ce qui est, quand une fois j’ai reconnu que je ne pouvais le changer…
Certains matins, au détour d’une rue, une délicieuse rosée tombe sur le coeur puis s’évapore.
Mais la fraîcheur demeure encore et c’est elle, toujours, que le coeur exige.
Il me fallut partir à nouveau…
Albert Camus in, l’Eté
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Il y a des jours où les mots lus et relus vous touchent d’une autre manière.
Je ne sors jamais intacte de la lecture de Camus .
Désorientée 
par ma nouvelle vie où les souvenirs viennent au secours de ce qu’il me faut accepter.

 

crédit photo:seclin.tourisme.free.fr
 
"Double je"

Demain…

Demain , jour pour jour,
il y aura un mois que de battre ton cœur s’est arrêté, quelques mots, quelques lignes, pour tracer ces longues journées où le deuil tient toute sa place. Souvenirs récents ô combien douloureux mêlés aux souvenirs anciens, ceux qui jalonnent toute ma vie, ceux qui sont mon histoire, notre histoire, toi et moi, nos enfants, nos passions, notre vie à deux.
Maintenant je suis seule dans cette maison trop grande pour moi, le silence est lourd, de la terrasse je vois l’arbre où tu reposes à quelques pas de la maison, je te fais signe souvent en te demandant de me donner l’énergie nécessaire pour affronter ma nouvelle vie.
Je sais que grâce à notre vécu j’y arriverai, je prendrai tout le temps nécessaire, je sentirai sur mon épaule ta main qui guidera mes pas.

"Double je"

Leçon de vie…

Regarder, respirer,cicatriser les blessures de l’hiver,
s’abreuver de l’énergie qui anime le jardin.
S’émerveiller de cette vie qui éclot au printemps, ce retour aux sources.
Premières découvertes avec la pointe d’un crocus, d’une tulipe, d’une primevère,
des feuilles naissantes, des bourgeons gonflés de sève.
Apprentissage du temps, du cycle des saisons.
Leçon de vie, générosité sans faille qu’offre le jardin.
Albert Camus

Je savais…

« Quand j’habitais Alger, je patientais toujours dans l’hiver parce que je savais qu’en une nuit,
une seule nuit froide et pure de février, les amandiers de la vallée des Consuls se couvriraient de fleurs blanches.
Je m’émerveillais de voir ensuite cette neige fragile résister à toutes les pluies et au vent de la mer »
Les Amandiers,  L’Eté.
Albert Camus