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Voyage dans les mots…

manguin les oliviers
« Tout ce qui se dépose en nous, année après année, sans que l’on s’en aperçoive : des visages qu’on pensait oubliés, des sensations, des idées que l’on était sûr d’avoir fixées durablement, puis qui disparaissent, reviennent, disparaissent à nouveau, signe qu’au-delà de la conscience quelque chose vit en nous qui nous échappe mais nous transforme, tout ce qui bouge là, avance obscurément, année après année, souterrainement, jusqu’à remonter un jour et nous saisir d’effroi presque, parce qu’il devient évident que le temps a passé et qu’on ne sait pas s’il sera encore possible de vivre avec tous ces mots, toutes ces scènes vécues, éprouvées, qui finissent par vous charger comme on le dirait d’un navire.
Peut-être est-ce cela que l’on nomme sagesse: cet amas de tout, ciel d’Afrique, serments d’enfants, courses poursuites dans la médina de Tanger, visage de Shaveen, la combattante kurde aux lourdes tresses noires, tout, les noms utilisés, les rendez-vous pris, les hommes abattus, ceux protégés, je ne peux pas, moi, sagesse de quoi, cet amas vivant ne me sert pas à être plus clairvoyant, il ne me pèse pas non plus, non, c’est autre chose: il m’aspire. Je sens de plus en plus souvent mon esprit invité à explorer ce pays intérieur… »
Laurent Gaudé  in, « Ecoutez nos défaites « (extrait)
Un de mes choix de la rentrée littéraire  que j’illustre avec cette toile pleine de vie
d’ Henri Manguin « Les oliviers Cavalière » 1906 .
 Ce livre « Ecoutez nos défaites » est une évocation tremblée d’un monde contemporain insondable, il compose une épopée mélancolique et inquiète qui constate la folie des hommes et célèbre l’émotion, l’art, la beauté, seuls remèdes à la tentation de capitulation face au temps qui passe.