"Double je"

Tout se délie, se dilue, se délite…

manguin femme cousant
Sur la photo elle portait une robe rouge…
Elle est là, ses pensées la transportent en elle-même, elle essaie de retracer le voyage
sur le papier, en écrivant lentement elle laisse les souvenirs remonter à la surface de la
page blanche, elle pense à tous ces êtres qu’elle a aimés, ils sont un morceau d’elle,
soudain les voici ombres,  s’éloignant dans le bleu .
Tout se délie, se dilue, se délite, c’est sûrement dans l’ordre des choses sans quoi chacun
de nous mourrait de son premier chagrin d’amour, à sa première blessure, à sa première trahison.
Naître pour mourir et mourir pour renaître, à la fois superbe et effrayant, sur cette ambivalence
couleur de désarroi, les religions raflent la mise.
Quelque chose se rejoue, qui fait trembler, on enrage, on s’émeut, on perd courage,
on n’a pas demandé à naître.
Elle préfère oser de son vivant plutôt que la promesse d’un après, mais tout va trop vite.
Elle sait qu’on ne trouve pas l’amour, on le retrouve, et si on le retrouve, c’est qu’on l’avait perdu.
On a peur quand on le rencontre, parce qu’on connaît la fin. On avance pourtant, on y va,
plus on avance, plus on oublie, le présent est une lame de fond…
En parlant de naissance tout lui parle de sa mère, peut-être n’aime-t-on jamais
que pour ramener sa mère, peut-être ne pense-t-on jamais que pour comprendre sa mère,
peut-être n’écrit-on jamais que pour toucher sa mère, ou la quitter enfin.
C’est elle, sa mère qui avait cousu la robe rouge, les souvenirs ces vieux bouts d’épave,
ces débris de naufrage ont ressurgi avec force.
Sa mère était née un dix huit mars, elle aurait demain 101 ans !
Henri Manguin
Couseuse à la robe rouge 1907

12 réflexions au sujet de “Tout se délie, se dilue, se délite…”

  1. Rouge pourpre coloré.
    Rouge sombre cramoisi.
    Rouge-gorge empourpré.
    Rouge feu congestionné.
    Rouge vermeil rubicond.
    Rouge cerise écarlate.
    Rouges émerveillés ou rouges endeuillés;
    Mais, rouges écarlates de vies.
    Au détour d’un champ de blé,
    Elisanne,
    Je vous envoie mes pensées-coquelicots.

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  2. Dans cette célébration…il y a aussi celle de la couleur, de la Vie..
    Et dans le fond…entre les mimosas de la jungle du jardin….il y a le bleu de la mer ..
    Si ce n’est pas oui…c’est tout de même …peut être…..?
    Bon vent…l’éternel….!

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  3. Un magnifique texte tout en délicatesse Elisanne qui trace son sillon de la couseuse à la robe rouge d’Henri Manguin et l’éclaire, à tes mots consacrés à ta maman … un va-et-vient poétique, aimable, élégant et plein de compassion…qui transporte ces deux femmes jusqu’à nous… et peut-être, sûrement … un peu de toi… dans ces instants douloureux à vivre… merci pour cette sensibilité à fleur de peau, sentie, ressentie…
    Je t’en brasse en ribambelles de fleurs cueillies puis offertes….
    Den

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  4. Coucou Élisanne..texte magnifique… .je ne connais pas cet auteur. Bel Hommage à la figure de la Mère qui nous porte et nous élève au delà de tout quand nous avons la chance d’en avoir une.
    Tout ici est si bien résumé :
    Naître (N’être ?) pour mourir et mourir pour renaître??
    Bises et belle journée (autant que faire se pourra ……..)..

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  5. C’est un beau texte qui accompagne bien le tableau d’Henri Mauguin.
    et quel beau passage que celui qui parle de la mère.
    Votre blog tout en poésie me réjouit.
    J’aime votre sensibilité.
    Merci pour votre partage.

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