réflexions

Ce bleu n’appartient à personne…

atlas enneigé
Il n’est ni le bien des hommes, ni le royaume des dieux.
Il circule et se répand, distribuant partout la matière mobile de son propre rêve.
Le fini et l’inachevé échangent indéfiniment en lui leurs vertus.
S’il n’est point d’âme ni de principe, au moins existe-t-il ce bleu, toujours près de s’entrouvrir
dans la grisaille des jours, offert à quiconque et pour rien, telle la paume d’une main vide,
et telle  une promesse dont chacun doit savoir qu’elle ne sera point tenue.
C’est bien ainsi : cette lumière sur notre misère, cette beauté proche de notre mort.
De quoi écrire encore des livres, peindre des toiles, aimer, et composer de la musique.
Pour essayer de retenir contre soi le jour.  Et pour toujours plus de misère, mêlée avec plus de beauté.
Aussi longtemps que nous le pourrons, nous accompagnerons du bout des doigts le temps qui passe.
Jean Michel Maulpoix in, Une histoire de bleu
Poésie/ Gallimard