réflexions

Echec et mat…

echec1
« Dès le moment où je cherchais à jouer contre moi même, je me mis inconsciemment au défi.
Le noir que j’étais rivalisait avec le blanc que j’étais aussi,
chacun d’eux devenait avide et impatient
en voulant gagner la pensée de ce que je ferais en jouant avec les blancs,
me donnaient la fièvre quand je jouais avec les noirs.
L’un des deux adversaires qui étaient en moi, triomphait, et s’irritait à la fois
quand l’autre commettait une erreur ou manquait d’astuce.
Tout cela paraît dépourvu de sens, le serait en effet
s’il s’agissait d’un homme normal vivant dans des conditions normales. »

échec

« Vouloir jouer aux échecs contre soi-même
est aussi paradoxal que vouloir marcher sur son ombre. »
Stepan Zweig, in « Le joueur d’échecs »
C’est un jeu que j’aime beaucoup, même si comme dans la vie ,je suis mat souvent.
"Double je"

Complainte pour un arbre qu’on abat…

Voir un arbre mourir c’est tout un pan de vie qui s’en va.
Hier le mauvais temps a eu raison de mon cèdre, il a ployé sous le poids de la neige,
les branches se sont cassées comme du verre, il avait triste allure, il a fallu l’abattre.
Il était beau, grand, majestueux, je me souviens comme si c’était hier du moment
où nous l’avons planté dans le jardin, il y a plus de quarante ans.
Sous son ombre en été j’aimais me réfugier pour des moments de lecture, d’écriture,
de méditation.
Il ne m’en reste plus que le souvenir, un petit bout de ma vie s’en est allé.
Je l’aimais cet arbre et à travers lui tous les souvenirs heureux qu’il représentait.


sinistre 25022016 cèdre 019

"Double je"

Chanson d’écume…

vagues

Quand j’écris les silences et que surgissent les images j’éprouve un étonnement devant les mots qui viennent à ma rencontre. Sur la feuille blanche la plume dessine des lointains où s’essouffle le vent,
la vie toute entière se concentre et circule dans ma main qui écrit.
Une image réveille mes envies d’ailleurs, et le rêve prend forme.
Je m’évade loin du réel, dans cet instant de paradis volé, mon imagination s’ouvre sur cet infini,   symbiose parfaite d’eau, de sable, de roche, d’air,qui me donne l’illusion d’appartenir à ce décor, comme la mouette qui rit dans le ciel, le voilier qui glisse au loin, là où le bruit des vagues n’est qu’une forme de silence. Le clapotis argent ou azur finit par se confondre avec le ciel.
Quand la mer lâche ses vagues d’écume blanche comme un vaste troupeau de moutons pressés, quand mon regard s’étire jusqu’à l’azur, tendu vers l’horizon lointain où sombre le soleil en se couchant pour apparaître le lendemain, ailleurs, sur un horizon semblable, je sais que mes rêves ressemblent à la réalité. Ivresse d’images, les horloges tournent dans le bon sens, pas de vague,
la mer continuera sa chanson d’écume.
humour

Flotter entre le tendre et l’amour…

 

jeux interdits
Clin d’oeil souriant de bonne fête à tous, toutes, les « Aimée »
Je ne sais si cela est facile de porter ce prénom,
il porte en lui, un peu, beaucoup, passionnément ,
à la folie ce verbe irréfléchi « aimer ».
A propos qu’est-ce aimer ?
Si seulement il n’y avait qu’une réponse !
J’aime cette phrase de Brel  » qu’on flotte entre le tendre et l’amour »(La cathédrale)
Albert Camus

Long vertige…

Octobre 1949
Mon cher Albert,
J’aimerais bien pour vous que vos tracas s’épuisent au lieu de vous épuiser. Cela m’ennuie quand vous n’êtes pas « content » (content de droit !). L’été a une belle vieillesse ici, il continue à traverser, à parcourir les champs son bâton feuillu à la main. Mais quelle tristesse, mais quelle angoisse magnétique dans l’air et sur les choses ! Les êtres eux se font simplement mal, c’est toujours l’aurore pour les plaies. Aimer, ne pas aimer ? Quel long vertige… Et on ne peut rester jamais deux. Dès que l’on est définitivement deux ! Les autres, la morale, ce foyer déjà bâti que rien n’autorise à défaire que son propre plaisir… Est-ce suffisant ? On ne sait plus. On dure.
J’ai envoyé à Gaston Gallimard Les Matinaux aujourd’hui. La seconde partie de ce livre m’a beaucoup coûté. Elle est récente, elle contient « l’expérience » à laquelle je fais allusion plus haut. Je serais heureux que vous la lisiez avec les yeux du coeur qui sont vos yeux, avant que les imprimeurs ne s’en mêlent. Si je n’avais craint de vous déranger je vous aurais adressé le manuscrit directement. Je n’ai pas osé.
Je vous prie de dire mon amitié à Francine, d’embrasser les enfants.
Affectueusement à vous,
René Char.

Albert Camus René Char, Correspondance, 1946-1959, NRF, Gallimard

Ephéméride :le 19/02/1988  René Char disparaissait !
réflexions

Ce bleu n’appartient à personne…

atlas enneigé
Il n’est ni le bien des hommes, ni le royaume des dieux.
Il circule et se répand, distribuant partout la matière mobile de son propre rêve.
Le fini et l’inachevé échangent indéfiniment en lui leurs vertus.
S’il n’est point d’âme ni de principe, au moins existe-t-il ce bleu, toujours près de s’entrouvrir
dans la grisaille des jours, offert à quiconque et pour rien, telle la paume d’une main vide,
et telle  une promesse dont chacun doit savoir qu’elle ne sera point tenue.
C’est bien ainsi : cette lumière sur notre misère, cette beauté proche de notre mort.
De quoi écrire encore des livres, peindre des toiles, aimer, et composer de la musique.
Pour essayer de retenir contre soi le jour.  Et pour toujours plus de misère, mêlée avec plus de beauté.
Aussi longtemps que nous le pourrons, nous accompagnerons du bout des doigts le temps qui passe.
Jean Michel Maulpoix in, Une histoire de bleu
Poésie/ Gallimard