réflexions

* Le présent serait plein de tous les avenirs, si…

l'hiver annoncant le printemps
…Quelle absurde conception du monde et de la vie parvient à causer les trois quarts de notre misère, et par attachement au passé se refuse à comprendre que la joie de demain n’est possible que si celle d’aujourd’hui cède la place, que chaque vague ne doit la beauté de sa courbe qu’au retrait de celle qui la précède, que chaque fleur se doit de faner pour son fruit, que celui-ci, s’il ne tombe et meurt, ne saurait assurer des floraisons nouvelles, de sorte que le printemps même prend appui sur le seuil de l’hiver…
André Gide, Les nouvelles nourritures
Folio 117 page 208
*« Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire »
André Gide

crédit photo: Anne-Marie Laboureur

Bonne fin de semaine!

 

 

poésie

Toujours un poème sous la main…

Winter-Frost-Wetter_image_660
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
À l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Louis Aragon
« J’arrive où je suis étranger »
poésie

Je ne sais…

par la fenetre évasion

Deuxième veilleuse
… L’après-midi je filais assise à la fenêtre qui donnait sur la mer; parfois il y avait une île au large…
Quand je ne filais pas, je regardais la mer et j’oubliais de vivre. Je ne sais si j’étais heureuse.
Je ne serai plus jamais ce que peut-être je n’ai jamais été…
Première veilleuse
-Je n’ai jamais vu la mer que d’ici. Là par l’unique fenêtre d’où l’on puisse voir la mer, on la voit si peu…
La mer ailleurs est-elle vraiment belle ?
Deuxième veilleuse
– C’est ailleurs seulement que la mer est belle.
Celle que nous pouvons voir éveille toujours le regret de celle que nous ne verrons jamais…
(Silence)
Fernando Pessoa,  « Le Marin  » extrait
édition bilingue
traduit du portugais par Françoise Laye
(photo empruntée sur la toile)
Albert Camus

*Il est des rencontres qui valent des aurores…

Une pensée…
Ce matin après la pluie et grisaille un beau soleil vient inonder de lumière la pièce.
Les carnets de Camus sont là sur le bureau, j’aime y lire chaque jour un passage.
Tout à l’heure j’ai relu ce qu’il écrivait en décembre 1959, quelques jours avant sa mort
dont c’est la date anniversaire aujourd’hui.
Les carnets se terminent par cette phrase :
« …Je m’accuse parfois d’être incapable d’aimer. Peut-être est-ce vrai mais j’ai été capable  d’élire
 quelques êtres et de leur garder, fidèlement, le meilleur de moi, quoi qu’ils fassent. « 
Albert Camus m’a prise par la main un jour déjà lointain et ne m’a pas quittée depuis.
René Char avait raison* « Il est des rencontres qui valent des aurores. »

albert_camus_mort_lourmarin_dc3a9cc3a8s

 

"Double je"

Quelques fleurs…

rose blanche

 

La vie reprend son cours au rythme des jours simples,
sans cette folie de bonheur à tout prix, je n’en suis pas mécontente.
Quelques fleurs pour vous , blanches, comme je les aime,
pour vous remercier de vos touchants commentaires.
crédit photo Bread and Olives
"Double je"

Bon vol pour 2016…

vol

Voyage réel ou intérieur, changement de cap, prise de risque, décalage.
Que nos rêves s’agrippent à tous les vents.
Escales tressées de désirs étonnés, d’émotions éclatées.
Qu’inlassablement l’élan de l’encre fouille l’or fugace  de nos mots.
Qu’un souffle nous anime pour aller là où brûle un feu clair.
«  Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux ! »  (Pablo Neruda)
Dans l’incapacité de le faire individuellement ,
je vous présente à tous, mes vœux .
Que 2016 soit pour vous, riche en bonheurs partagés.