poésie

Je ne sais…

par la fenetre évasion

Deuxième veilleuse
… L’après-midi je filais assise à la fenêtre qui donnait sur la mer; parfois il y avait une île au large…
Quand je ne filais pas, je regardais la mer et j’oubliais de vivre. Je ne sais si j’étais heureuse.
Je ne serai plus jamais ce que peut-être je n’ai jamais été…
Première veilleuse
-Je n’ai jamais vu la mer que d’ici. Là par l’unique fenêtre d’où l’on puisse voir la mer, on la voit si peu…
La mer ailleurs est-elle vraiment belle ?
Deuxième veilleuse
– C’est ailleurs seulement que la mer est belle.
Celle que nous pouvons voir éveille toujours le regret de celle que nous ne verrons jamais…
(Silence)
Fernando Pessoa,  « Le Marin  » extrait
édition bilingue
traduit du portugais par Françoise Laye
(photo empruntée sur la toile)

15 réflexions au sujet de “Je ne sais…”

  1. A Hélène, Christine, Amx,

    Merci à vous trois pour vos mots, pensées.
    Je profite d’un moment où j’ai un peu de temps à moi. Ce début d’année fut difficile et mouvementé, mais tout redevient plus calme, j’ai l’impression d’avoir vécu en cette première quinzaine un temps correspondant à des mois.
    J’ai même pris la décision de passer une semaine en avril à Gruissan.(réservation faite)
    La vie continue… advienne ce qui doit advenir.
    Bonne journée à vous, vous êtes mes rayons de soleil.

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  2. ….Ce n’est pas nous qui décidons du comment articuler le contenu des jours qui se suivent…: Prévu….Prévisible….Envisageable…tout ce qui fait la qualité de notre vie…

    Mais si cette possibilité nous était donnée…aurions nous encore la pulsion de vivre ?

    Il nous reste la possibilité de la Sagesse….et sa médiation dans notre quotidien…!

    … » La sagesse, du moins la seule à quoi je crois, ce n’est ni la félicité ni l’omni-science: c’est le maximum de bonheur possible dans le maximum de lucidité…. »
    André Comte-Sponville / C’est chose tendre que la vie / P 193 / Albin Michel / 2015

    Bon vent…celui qui aide les avions à décoller….mais si on se positionne face à lui !!

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  3. J’aime votre douceur voilée et pudique et suis « de regards en regards  » vos méandres sur toile.

    La mer, depuis qu’un à un les mots du cimetière de Valéry se sont inscrits dans mon coeur puis au plus profond de mon être, la mer résonne différente et semblable en larges accords qui éclairent ma vie de musicienne.
    Du  » pur travail de fins éclairs » à l’  » hydre absolue « , de  » l’abîme  » à  » la vague en poudre « ,  » le temps scintille « ….. Et ma vie peut tranquillement cheminer accompagnée de cette douce résonance implicite, tendre et caressante. Ma vie qu’ enchantent les sons et le sens, et les sens. Paul Valéry fut une révélation, sa vibration m’a permis de revisiter chaque note de mes partitions. Comme avec un pinceau très doux, prélude choral et fugue se sent à nouveau révéler. C’est inouï comme la poésie peut tout changer, créer un nouveau mouvement qui semble infini.

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    1. Merci Sylvie pour vos mots,

      Quignard a écrit » La musique est simplement là
      pour parler de ce dont la parole ne peut parler. »

      Il y a une dimension sacrée, amoureuse dans la musique. Elle nous rend selon les sons, amoureux ou belliqueux. Elle nous fait, rire ou pleurer, elle nous fait sentir ce qui se passe, la violence,la souffrance, la beauté.
      Prendre le temps d’écouter, le temps essentiel pour sentir cette énergie, la vie…à l’image des vagues qui viennent dans un ballet ininterrompu s’échouer sur le sable .

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  4. Quelques secondes de plus après la lecture de ce bel « éloge du rien » de Bobin qui nous rapprochent de l’éternité.
    « Qu’est-ce qui vous donne votre vie ? ». La réponse cette fois-ci est aisée : tout. Tout ce qui n’est pas moi et qui m’éclaire. Tout ce que j’ignore et que j’attends.
    Belle semaine à toi,
    Bises

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  5. « …Ma vie fleurit loin de moi, à l’école buissonière. Je m’en sépare en allant dans le monde. Je la rejoins en contemplant le ciel.
    Le ciel matériel, peint en bleu et en or…
    Les lumières qui y traînent sont des lettres d’amour.
    Un amour sans appartenance.
    Sans avidité.
    Un amour qui ne vous demande rien – sinon d’être là. Qui vous donne l’éternel, en passant.
    Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours ? Pour les sauver ? Mais ils n’ont pas besoin de l’être. Il n’y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d’avance, puisqu’elles passent un peu plus, chaque seconde »….

    Christian Bobin (entre parenthèses… juste parce que c’est magnifique….non ?)

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