"Double je"

Il y a toujours quelque chose en nous que l’âge ne mûrit pas ……

cheval
Une année de plus en moins d’une seconde, les jours d’anniversaire sont comme cela.
Il y a peu cette date  résonnait comme une grande promesse, une fête.
Mais aujourd’hui  je me sens comme un pantin désarticulé auquel il manque le ressort, joie.
Pourtant, la petite fille existe encore en moi, cela sauve tout !
« Il y a toujours quelque chose en nous que l’âge ne mûrit pas … « ( Bossuet)
L’histoire qui va suivre m’accompagne depuis de nombreuses années, elle est notée
dans l’un de mes carnets de moleskine.
Un jour le petit lapin demanda au cheval de peluche  qui traînait dans le coffre à jouets depuis bien longtemps
 » Qu’est-ce qu’être vrai ? et cela fait’il mal ? « 
-Quelquefois répondit le cheval de peluche, qui disait toujours la vérité. Mais quand on est  » vrai  » cela n’a pas d’importance d’avoir mal.
-Est-ce que cela arrive tout d’un coup, comme lorsqu’on remonte votre ressort, ou petit à petit ? demanda le lapin.
-Cela n’arrive jamais tout d’un coup, dit le cheval de peluche, on le devient. Cela prend très longtemps.
C’est pourquoi cela arrive rarement à ceux qui se cassent facilement, ou qu’on doit ranger soigneusement.
En général quand on est  devenu  » vrai  » on a perdu presque tous ses poils, on a les yeux qui pendent, on a des faiblesses dans les articulations et on est usé.
Mais tout cela n’a aucune importance parce qu’une fois qu’on est « vrai  » on  ne peut plus être laid sauf aux yeux de ceux qui ne comprennent pas.

 

citation

Le coeur serré…

Être stoïque, c’est se figer, avec les beaux yeux de Narcisse. Nous avons recensé toute la douleur qu’éventuellement le bourreau pouvait prélever sur chaque pouce de notre corps; puis le cœur serré,
nous sommes allés et avons fait face.
René Char, Feuilles d’Hypnos, 1943-1944.
Albert Camus

…Ce qu’il y a d’absurde et de navrant dans la tragédie que nous vivons, éclate dans le fait que, pour aborder un jour ces perspectives qui ont l’échelle d’un monde, nous devons aujourd’hui nous réunir pauvrement, à quelques-uns, pour demander seulement, sans prétendre encore à rien de plus, que soit épargnée sur un point solitaire du globe une poignée de victimes innocentes…
Albert Camus
Ecrire

Polissage des pierres…

rodin détail

 

Ce qui vous rendit visible à mes yeux, fut justement cet ajournement infinitésimal que constituait le temps mis par mon regard pour venir se poser sur le bord de vos phrases.
Le temps de l’adoucissement, du polissage des pierres – la distance réelle entre vos textes et notre éventuelle rencontre  importait peu.
Des instants si fragiles que vouloir les brusquer d’un regard trop appuyé risquait d’en brouiller le sens.
Je tenais vos mots pour précieux talismans dans lesquels je plongeais des mains fiévreuses, choisissais au hasard, bien que je les savais tous, pour les faire retomber en bribes redécouvertes sur mes rêves éveillés.
Je ne pouvais vous aborder plus aveuglément qu’en vous lisant.
Auguste Rodin Le baiser (détail)