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Partition inachevée…

concert
A l’image du dernier tableau inachevé de Nicolas de Staël,
 » Le grand concert » , aux couleurs diluées comme un présage à la mélodie du silence, les notes de musique s’égrènent, magiques, tragiques, comme peuvent être les mots certains jours, elles envahissent l’espace, dérive fascinante dans une envolée hors du temps.
(Je suis retournée au Musée Picasso d’Antibes revoir ce tableau qui  chaque fois me touche , je pense à l’artiste, à cette partition inachevée, j’entends la note bleue…)
réflexions

C’est très difficile d’être un homme à plein temps…

Stael-barques-dans-le-port-1955-08

Je regarde tomber le soir sur la mer sereine. Comme les autres jours, des dizaines de barques en file indienne, passent le long de la côte en laissant un sillon d’argent dans les eaux bleues. Toutes pareilles, elles semblent faites par le même charpentier et peintes par le même peintre. Peu à peu elles s’éloignent jusqu’à la nuit tombée, et là-bas, au loin, au fond de l’horizon, lamparos allumés, forment une ligne magique lumineuse. et je trouve la paix dans cette constance des formes, ce rituel du travail, cet écoulement des heures. dans l’égoïsme du confort ressenti, j’oublie même que le spectacle que je contemple, émerveillé, a comme réalité ultime la vie luttant avec la vie pour la survie. Me fuyant moi-même une fois encore, je m’absente des duretés du monde et cède aux tentations du divertissement.
C’est très difficile d’être un homme à plein temps.
Miguel Torga
En chair vive (extrait)
Nicolas de Staël
Barques dans le port 1955
"Double je"

La récré est terminée…

Contrastes saisissants, passer d’un presque été tant le temps fut clément à l’automne et toute sa gamme de couleurs dorées, retour vers le principe de réalité avec des images à profusion engrangées pour l’hiver.
Belle escapade au pays des couleurs fascinantes, des senteurs, des parfums, du soleil, du bleu changeant de la mer. Balades sur cette côte que j’aime tant, pays des souvenirs d’enfance, émotion en revoyant le  lion de mer  où j’allais avec mon père à pédalo.
Coup de cœur pour l’expo « Manguin , l’exaltation de la couleur », pèlerinage au musée Picasso pour revoir le tableau inachevé de Nicolas de Staël ,  toujours la même émotion au rendez-vous.
Promenades dans l’Estérel, sur les sentiers des douaniers le long des côtes , cap d’Antibes, cap d’Ail, …, bien sûr un tour sur la  croisette  et un autre sur le  boulevard des Anglais  mais j’avoue je suis sauvage et je préfère la nature, le calme, au bruit de la foule.
J’ai savouré chaque jour dès l’aube avec le spectacle grandiose des lever de soleil, je me suis gavée de paysages à couper le souffle, de l’ocre des roches venant flirter avec le bleu de la mer, de la valse des voiliers minuscules dans cette immensité.
J’ai retrouvé pendant ces quelques jours une formidable vitalité, ce pays me va bien.
Quelques photos pour illustrer mon billet…
(pour les agrandir, cliquez sur les photos)

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matin fait lever le soleil

plage au matinla napoule bateauxpointe de l'aiguillecap d'ailcap d'antibes1cap d'antibes2villa eilenroc cap d'antibes

Albert Camus

Point d’amour sans un peu d’innocence…

septembre 2010 078
Certes c’est une grande folie, et presque toujours châtiée, de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de vouloir vivre à quarante ans ce qu’on a aimé ou dont on a fortement joui à vingt. Mais j’étais averti de cette folie, une première fois déjà, j’étais revenu…
J’espérais, je crois, y retrouver une liberté que je ne pouvais oublier. J’essayais au moins de retrouver cette force, jusqu’à présent fidèle, qui m’aide à accepter ce qui est, quand une fois j’ai reconnu que je ne pouvais le changer. Et je ne pouvais, en effet, remonter le cours du temps…
Cet élan que j’étais venu chercher ici, je savais bien qu’il ne soulève que celui qui ne sait pas qu’il va s’élancer. Point d’amour sans un peu d’innocence…
Quand une fois on a eu la chance d’aimer fortement, la vie se passe à chercher de nouveau cette ardeur et cette lumière…
Il n’est pas pour moi un seul de ces kilomètres de route qui ne soit recouvert de souvenirs et de sensations. L’enfance violente, les rêveries adolescentes, les matins, les plages…
Toujours la même mer aussi… vapeur bleue et légère qui se confond encore avec le ciel..
J’écoutais en moi un bruit presque oublié, comme si mon cœur, arrêté depuis longtemps, se remettait doucement à battre. Et maintenant éveillé, je reconnaissais un a un les bruits imperceptibles dont était fait le silence : la basse continue des oiseaux, les soupirs légers et brefs de la mer au pied des rochers, …j’entendais cela, j’écoutais aussi les flots heureux qui montaient en moi. Il me semblait que j’étais enfin revenu au port, pour un instant au moins…
Je regardais la mer qui à cette heure, se soulevait à peine d’un mouvement épuisé et je rassasiais les deux soifs qu’on ne peut tromper longtemps sans que l’être se dessèche, je veux dire aimer et admirer. Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du malheur à ne point aimer.
Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible…
Albert Camus
Extraits de L’Eté, «  Retour à Tipasa »
Avant le départ, je me suis imprégnée de cette lecture, étrange sensation,
l’impression que ce texte m’était destiné.
A bientôt !
(Si je peux je vous enverrai une photo carte postale de ma mer !)
réflexions

Réel…

Lu ce matin,
« Il y a le cas de cet analysant inconsolable à qui fut posée la question: « si vous pouviez recréer exactement la même femme, votre femme qui est morte, seriez-vous capable aujourd’hui de l’aimer en lieu et place de votre femme ? »,
la réponse fut nette: « non, elle ne pourrait pas être la même! »
En énonçant cette réponse, l’analysant mît immédiatement fin à son « état dépressif ».
Il réalisa que la place vide ne pouvait être remplie par aucun désir.
Il s’était approché au plus près de l’impossible, l’impossible de remonter le temps, l’impossible de retrouver le passé, l’impossible qui structure l’ordre des possible.
« Réel » est l’un des noms de cet impossible. »
C. Dubuis Santini
idem pour la photo

Savoir1