Livres

Hizya…

J’attendais avec impatience la sortie du dernier livre de Maïssa Bey auteure que j’ai connu par ses réflexions sur Albert Camus.
Reçu hier je me suis plongée dans la lecture de ce roman qui répond à mes attentes.
Texte à l’écriture poétique et réaliste, portrait d’une jeunesse algérienne prête à résister  et pourtant oppressée par la tradition et le poids familial, mais aussi véritable hymne à la liberté.
 
4ème de couverture
« Hizya est une jeune femme comme les autres, tellement comme les autres! Ce qui se confirme – si besoin en était – à l’écoute des confidences entendues dans le salon de ­coiffure où elle a finalement trouvé du travail, malgré son diplôme d’interprète de la fac d’Alger. Toujours chez ses parents, sous l’œil attentif de ses frères, elle rêve à une vie de liberté et à un grand amour… comme au cinéma!
C’est cette réalité qu’Hizya nous révèle, la sienne, celle du quotidien de la société algérienne, celle de la désespérance d’une jeunesse qui suffoque dans un pays immobile. Elle nous raconte l’être femme aujourd’hui et là-bas, alors que sa vie d’adulte se construit.
À travers de somptueuses fulgurances poétiques, ­Maïssa Bey se jette tout entière dans la bataille: puissent toutes les ­Hizya – d’Algérie et du monde – s’appuyer sur elle, sa force, sa liberté! « 
 Le prénom, Hizya,ramène sans cesse à ce  beau poème d’amour du XIXème siècle, où la jeune et belle Hizya brave tous les interdits pour vivre la plus grande des histoires d’amour.
extraits:
…  C’est ainsi que, de génération en génération, pour maintenir la tradition, des mères exercent leur pouvoir – le seul qui leur soit permis – sur d’autres femmes, d’autres mères, dans l’espace domestique – le seul qui leur soit réservé. ..
… Dans notre milieu règnent en maître deux devises : la loi du silence et le culte du caché. Pourtant je m’obstine à croire que je pourrais être de celles qui veulent forcer le destin…
…Image de mon quartier (en parlant de la casbah)
Il y a les mots de circonstance. Inévitables quand on parle de mon quartier: labyrinthe, enchevêtrement,dédale, fouillis, impasse, venelle, ruelle escarpée, tortueuses, mystérieuse, ténébreuse, dangereuse,sinueuse. Tous les mots qui viennent immanquablement sous la plume de ceux qui veulent décrire les charmes et le mystère de cette forteresse, El-Mabroussa, autrefois si bien gardée.
C’est là le pittoresque d’un lieu. L’exotisme que la plupart de ceux qui ne font que passer s’obstinent à rechercher à chaque coin de rue. Ceux qui y viennent comme s’ils faisaient une balade dans une réserve d’Indiens d’Amérique du Nord. Ceux qui trouvent de la beauté dans les amoncellements d’immondices et de gravas saupoudrés d’éclats minuscules de soleil.
Et puis, il y a nous, les habitants de ce quartier, qui, pour l’avoir parcouru en tous sens, en connaissons les moindres détours. Il n’y a pas de mystère. Il n’y a pas de danger. Sauf quand l’une des maisons, à bout de forces, s’écroule, entraînant parfois dans sa chute ses plus proches voisines, peut-être un peu moins délabrées mais solidaires jusque dans l’anéantissement final.
Maïssa Bey, Hizya
Editions L’Aube
(En recopiant ces lignes je me replonge dans les souvenirs, c’est comme si j’y étais,
ma visite d’Alger date de 1978.)
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