paul Valéry

Mesure de toutes choses…

 septembre 2010 101 copie
[…] Certainement, rien ne m’a plus formé, plus imprégné, mieux instruit, ou construit,que ces heures dérobées à l’étude, distraites en apparence, mais vouées dans le fond au culte inconscient de trois ou quatre déités incontestables: la Mer, le Ciel, le Soleil.
Je retrouvais, sans le savoir, je ne sais quels étonnements et quelles exaltations de primitif.
Je ne vois pas quel livre peut valoir, quel auteur peut édifier en nous ces états de stupeur féconde,
de contemplation et de communion que j’ai connus dans mes premières années.
Mieux que toute lecture, mieux que les poètes, mieux que les philosophes, certains regards,
sans pensée définie ni définissable, certains regards sur les purs éléments du jour, sur les objets les plus vastes, les plus simples, le plus puissamment simples et sensibles de notre sphère d’existence;
l’habitude qu’ils nous imposent de rapporter inconsciemment tout événement, tout être, toute expression tout détail,aux plus grandes choses visibles et aux plus stables, nous façonnent, nous accoutument, nous induisent à ressentir sans effort et sans réflexion la véritable proportion de notre nature, à trouver en nous, sans difficulté, le passage à notre degré le plus élevé, qui est aussi le plus «humain».
Nous possédons, en quelque sorte, une mesure de toutes choses et de nous-mêmes.[…]
Paul Valéry
Extrait d’une conférence donnée à Paris le 15 février 1934 sous le titre « Inspirations méditerranéennes »
Ecrire

Des phrases comme une musique…

Eboite aux lettresntre deux mondes le temps du voyage des mots écrits à l’encre bleue, des lignes qui se relisent, légères,
le fil qui se perd. Des phrases comme une musique.
Juste pour dire le chemin et les jours qui passent.
Juste pour qu’on les écoute.
Juste pour l’encre de la plume, le timbre, l’enveloppe sous les doigts qui explorent les reliefs.
Juste pour les yeux qui suivent les volutes des lettres et s’y perdent.
Juste comme preuve de matérialité, comme aveu de proximité.
La réponse dans la nuit.
Le texte qui rend plus proche au fur et à mesure qu’il s’étend sur la feuille.
Le mouvement de la main qui s’applique, les signes qui se tracent doucement, comme une caresse.
Le temps qui se prend.
Et puis l’enveloppe qui chute dans la boîte aux lettres. Irréversible.
Cette part de soi qu’on confie, qu’on abandonne, juste avant qu’on ne s’endorme.
Et puis ce lendemain auquel on croit.
Un peu de toi qui m’attend.
"Double je"

Décision folle…

Tous les fleuves conduisent vers la mer, ma route aussi.
Envie folle d’aller me ressourcer auprès d’elle.
Elle ne saurait être la mer si je ne cherchais en elle la dimension perdue.
Elle ne refuse pas son aide, en l’aimant elle me donne la liberté d’aller sur l’île,
les flots savent, les flots rêvent, les flots inspirent.
Sa force réside dans ce mouvement perpétuel entre deux rives, elle n’écoute qu’un seul appel,
celui du vent, elle se fracasse avec force sur les rochers, puis redevient lisse et paisible.
J’aime sa musique.
J’ai donc pris la décision folle, parce que presque impossible, de la revoir bientôt.
Une photo , »soleil levant depuis la terrasse », un coup de coeur, et… j’ai trouvé un endroit avec une vue imprenable sur elle, au pays de mon enfance et des jours heureux, avec tout le confort nécessaire et adapté pour mon mari.
(Ma fille et mon gendre nous accompagnent, seule cela ne serait pas envisageable )
Peut-être notre dernière escapade ensemble ?

Vivement les prochaines vacances scolaires.
réflexions

Il pleut, il pleut…

L’automne approche, les rangements s’imposent, les placards sont en effervescence,
les vêtements passent de l’un à l’autre.
Terminé les petites robes d’été à bretelles voilà qu’il faut ressortir les pulls.
J’aime cette saison qui permet de devenir autre tout en restant la même.
Ce matin l’objet convoité dans un  rêve , je l’ai remis !
Oui, ce ciré noir , fantasmé, le voilà prêt à braver la pluie .
Cela peut sembler puéril mais j’ai éprouvé une joie immense en remettant ce manteau.
Parfois les objets deviennent plus que des objets,
ils sont une part de nous,
ils ont un pouvoir d’évoquer tant de choses souvent à notre insu.

Et puis le déclic se fait, il permet de retrouver des moments précieux de notre vie.
Ce manteau a en lui toutes les richesses de moments heureux.

 

"Double je"

Vendanges…

Vendanges en Alsace  sous un vent bien frais pour la saison.
Balade gourmande dans les vignes à déguster les raisins  des cépages  qui font la réputation de nos vins.
Valse d’arômes où déjà les papilles reconnaissent les vins à venir:
Pinot gris,  riesling,  gewurztraminer, sylvaner, muscat,crémant.
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poésie

Parle…

bleu10
Parle –
Mais sans séparer le non du oui.
Donne aussi le sens à ta parole
donne-lui l’ombre
Donne-lui assez d’ombre,
donne-lui autant d’ombre
que tu en sais partagée autour de toi entre
minuit et midi et minuit.
Paul Celan, « De seuil en seuil »
extrait de Toi, parle aussi.

crédit photo P. Charpentier
(ciel d’hier sur la côte d’azur)

humour, jeu

Tout le monde s’en contre-fiche…

Il est très chevronné
et rarement en panne
pour ne pas gâcher trop de solives.
Très souvent il lui arrive des tuiles
quand il passe à la trappe
c’est le comble pour un métier biblique
mais tout le monde s’en contre-fiche.
S’il avait été à la plage,
il aurait été sur le sable hier,
et s’il avait été à la fête
il l’aurait faite hier.
Son métier est… ?

(Devinette créée un jour après-déjeuner et verre de rosé)

"Double je"

Chanson d’écume…

chanson d'écume

Quand j’écris les silences et que surgissent les images j’éprouve un étonnement devant les mots qui viennent à ma rencontre. Sur la feuille blanche la plume dessine des lointains où s’essouffle le vent,
la vie toute entière se concentre et circule dans ma main qui écrit.
Une image réveille mes envies d’ailleurs, et le rêve prend forme.
Dans cette chambre où je m’évade loin du réel, dans cet instant de paradis volé, la porte fenêtre s’ouvre sur cet infini, cette  symbiose parfaite d’eau,de sable, d’air,qui me donne l’illusion d’appartenir à ce décor,comme la mouette qui rit dans le ciel, le voilier qui glisse au loin, et où le bruit des vagues n’est qu’une forme de silence. Le clapotis argent ou azur finit par se confondre avec le ciel. Quand le ciel est bas, quand la mer lâche ses vagues d’écume blanche comme un vaste troupeau de moutons pressés,quand mon regard s’étire jusqu’à l’azur, tendu vers l’horizon lointain où sombre le soleil en se couchant pour apparaître le lendemain, ailleurs, sur un horizon semblable, je sais que mes rêves sont semblables à la réalité.
Ivresse d’images, les horloges tournent dans le bon sens, pas de vague, la mer continuera sa chanson d’écume.
crédit photo Philippe Charpentier