Livres

On appelle cela une vie…

quai-de-gare
Dans la plupart des vies, il n’y a rien d’extraordinaire. Simplement des maisons, des visages, des pas qui les relient. À la fin on dit ma vie, on raconte les passerelles, les forêts, les points d’eau qu’il a fallu trouver pour que se poursuive le voyage. On essaie de lire mais les chemins sont flous, trop loin ou trop proches,
– dès lors que l’on pose le regard surgit une autre fenêtre. Alors il ne reste qu’à avancer, d’abord deviner quelques lettres, un mot peut-être, tenir le fil ténu entre le pouce et l’index, le tirer jusqu’à soi, puis recommencer, recommencer jusqu’à ce qu’apparaisse enfin le filet plus dense sur lequel s’appuieront nos histoires. Et chacune nous inventera un visage, autre et même visage que dessinent en nous les milliers de petites histoires que nous vivons, gouffres qui nous aspirent, souffles puissants qui nous projettent,
et dont notre corps porte trace.
Un train s’arrête et repart sans que personne n’en soit descendu. Des milliers de gare, de trains, d’attentes
que l’on retourne en tous sens, – on appelle cela une vie.
Et parfois quelqu’un attend aussi sur le même quai, et ce n’est plus la même histoire.
Tout dire n’est jamais qu’un bord dessiné pour que les couleurs de nos vies paraissent plus nettes, mais l’ombre les rejoint, en sculpte les contours, désigne tantôt le bleu, tantôt le rouge, et l’on entend leur résonance dans le vert qui tout à coup se faufile…
Hélène Dorion  in, »Jours de sable »
page 110 Editions de la Différence 2003

Bon week-end
A bientôt !

16 réflexions au sujet de “On appelle cela une vie…”

  1. …il……elle …..
     » je trouvais dans l’île l’image même de ce que nous sommes, des êtres de liens, tantôt lieurs et tantôt liés, toujours liables. »
    « l’âme rentre à la maison » ……toujours Hélène dorion …découverte grâce à vous élisanne
    je vous embrasse ** ***

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    1. merci Hélène de partager et d’apprécier mes lectures…
      « une île… » et voilà que je fredonne la chanson de Brel
      Une île
      Une île au large de l´espoir
      Où les hommes n´auraient pas peur

      Bonne journée
      Je vous embrasse** ***

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  2. … »des milliers de gare » de pas perdus, pas vraiment car tous les chemins mènent !

    Hier j’étais sur un ancien billet chez toi, où les commentaires sont fermés (Jardins sous la pluie, Satie/Debussy, un lien merveilleux en écoute, presque le CD en cadeau !!) et la nuit suivante il a plu ;-)))

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    1. Claire,
      j’écoute souvent cette correspondance, j’ai eu le plaisir de voir sur scène Tony Hymas un soir à Strasbourg, j’avoue j’aime beaucoup ce musicien et excellent pianiste et le site sur lequel tu as pu l’écouter est celui d’un ami .
      Ici aussi il y a eu un peu de pluie (tu peux ne pas me croire mais hier j’ai également relu ce billet)
      Contente que tes pas te mènent ici !

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  3. Tout ce qui arrive à chacun est utile à l’univers ; cela pourrait suffire.
    Mais prends garde, tu verras, en outre, qu’en général ce qui arrive à un homme est utile aussi aux autres.
    Emploie ici le mot utile dans le sens qu’on lui donne communément à propos de choses indifférentes.

    Marc Aurèle, Pensée pour soi même/ VI/45

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    1. Sourire aux choses indifférentes…

      « on est ailleurs, on croit être ici. On ne touche peut-être jamais qu’un nulle part, une ombre sous nos pas s’efface à mesure, la terre bouge dans tous les sens. Et avec elle, notre vie, ce sentier qui creuse devant nous,invente des mondes petits, des mondes d’éternité.
      Le livre nous porte d’un mot à un autre, imagine des ailleurs qu’il transfigure en ici. Mais la phrase s’achève, et sans quitter l’ici, on est de nouveau ailleurs. Lié à l’inconnu qui nous révèle. Qui nous enserre en nous-mêmes et aussitôt nous délivre. » page 25/26 des « Jours de sable »

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  4. ….. » Vient le jour où l’on quitte la gare.
    Enfermé depuis toujours, on cesse soudain
    de chercher des abris.
    On lâche les amarres.
    Tout s’allège et le ciel s’entrouvre.

    Alors, plus nue de n’avoir jamais été nue
    notre âme écoute pour la première fois
    son silence intérieur… »

    Hélène Dorion / « Sans bord, sans bout du monde » Paris, Éditions de La Différence, 1995, 2003

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  5. De la même Hélène Dorion :

    « Imagine-t-on ramer sans larguer les amarres? C’est pourtant ainsi que la peur agit dans nos vies. Elle nous maintient solidement amarrés au port, et il nous est alors impossible de rejoindre le large, de faire l’expérience de la mer, l’expérience de l’amour, d’un amour détaché des fruits, de tout ce qui, en retour, pourra venir. »

    Bises et bon dimanche Dame Elisanne …
    Je pense à toi..
    Merci pour ces mots et merci pour cette belle photo évocatrice..
    (P.S : Ayant été absente de ton blog pendant quelques temps as-tu des nouvelles de Monsieur le Grand Charles ?).

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    1. non aucune nouvelle, c’est ça la vie des blogs,
      un peu, beaucoup, passionnément, puis plus du tout…
      un beau jour celui en qui l’on croyait…comme le dit la chanson,
      tu sais depuis que mon mari est malade j’ai comme l’impression que le vide se fait autour de moi, même ici sur le blog, alors je parle de moins en moins de ce qui m’arrive…
      bisous Christine, j’ai un peu le moral en compote ce matin.

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