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On appelle cela une vie…

quai-de-gare
Dans la plupart des vies, il n’y a rien d’extraordinaire. Simplement des maisons, des visages, des pas qui les relient. À la fin on dit ma vie, on raconte les passerelles, les forêts, les points d’eau qu’il a fallu trouver pour que se poursuive le voyage. On essaie de lire mais les chemins sont flous, trop loin ou trop proches,
– dès lors que l’on pose le regard surgit une autre fenêtre. Alors il ne reste qu’à avancer, d’abord deviner quelques lettres, un mot peut-être, tenir le fil ténu entre le pouce et l’index, le tirer jusqu’à soi, puis recommencer, recommencer jusqu’à ce qu’apparaisse enfin le filet plus dense sur lequel s’appuieront nos histoires. Et chacune nous inventera un visage, autre et même visage que dessinent en nous les milliers de petites histoires que nous vivons, gouffres qui nous aspirent, souffles puissants qui nous projettent,
et dont notre corps porte trace.
Un train s’arrête et repart sans que personne n’en soit descendu. Des milliers de gare, de trains, d’attentes
que l’on retourne en tous sens, – on appelle cela une vie.
Et parfois quelqu’un attend aussi sur le même quai, et ce n’est plus la même histoire.
Tout dire n’est jamais qu’un bord dessiné pour que les couleurs de nos vies paraissent plus nettes, mais l’ombre les rejoint, en sculpte les contours, désigne tantôt le bleu, tantôt le rouge, et l’on entend leur résonance dans le vert qui tout à coup se faufile…
Hélène Dorion  in, »Jours de sable »
page 110 Editions de la Différence 2003

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