poésie

Soleil à son lever…

dune lever soleil
chaque jour tu rattrapais la lune
qui fuyait
chaque jour tu approchais de mon silence
pour y mêler le tien
je me voyais poser la main sur une ombre
moi-même j’étais une ombre
sans paupières
nous étions notre propre désert
pierre au vif des sables
et source dans l’amour du monde
nous étions l’oiseau blanc
qui porte le nuage entre ses ailes
nous étions le vol et l’oiseau
fendant le ciel du regard
quand s’abolit la distance
et que renaît le feu
soleil à son lever
chaque jour tu rattrapais la lune
qui fuyait
nous étions la lune et le soleil
et la couleur qui soutient le ciel
et son commencement
nous étions lumière et ténèbres
nous étions la roue
qui assemble le jour et la nuit
nous étions l’homme la femme
et l’enfant que je voyais en toi
chaque jour tu approchais de mon silence
pour y mêler le tien
nous étions la totalité
des voyelles et des consonnes
que scellaient nos bouches de chair
nous étions le feu vif et la cendre
et nos propres décombres
nous étions tout ce qui n’eut pas lieu
et qui dure.
Amina Saïd
« Soleil à son lever »
La douleur des seuils
La Différence, 2002.

 

voyages...Escapades

Il suffit d’un bouquet de lavande…

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lavandes
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Harmonie  des formes et des couleurs, éclaboussure de violet à perte de vue, lavande et lavandin  qui *parfument jusqu’aux étoiles ces paysages  aux allures de jardins façonnés par l’homme, résultat d’un travail continu et rigoureux sur un sol aride et dur.
Provence au parfum d’été, pays de soleil, de vent, de contraste, de lumière qui décape le blanc de la roche calcaire, nuance du tendre au sombre.
Provence apaisante de Senanque, rude et violente de Giono, exubérante et nostalgique de Pagnol,
claire et puissante comme une poésie de Char.
 » Il suffit d’un bouquet de lavande pour qu’il vous soit parlé, et en un langage d’une étrange densité, de ces libertés essentielles qui sont le charme de ces terres de Haute Provence »  Jean Giono, Provence
crédit photos ma découverte de ce matin, « Pierre Genevier »
juillet 2015
 *Arthur Rimbaud.
réflexions

Philosophie du transat…

Le-Transat

Mon transat …
Fier symbole d’une existence où la lenteur le dispute à la réflexion, où la paresse se fait éveillée et l’ennui fécond.
Chaise longue, transat, peu importe, instruments de connaissance, indispensable adjuvant d’une sagesse douce, humble, écolo et accessible.
Le transat, force est de le reconnaître, n’a pas l’esprit d’entreprise, pas plus que le tempérament ouvrier. Il n’est pas adapté aux travaux de force, à l’étude, au commerce ou aux ouvrages de précision.
Il est outil contestataire, instrument révolutionnaire : c’est avec un naturel déconcertant que sur un transat on boude la société de consommation et que l’on se moque, avec une pointe de pitié amusée, les pressés de tout. Puisque qu’on ne fait rien sur un transat, cela laisse le temps pour le reste. Et le reste ne manque pas : on réfléchit beaucoup sur une chaise longue, on imagine, on rêvasse. On y échafaude, on y bâtit sur de solides fondations des châteaux en Espagne, en Italie, où ailleurs, on y conçoit des stratégies, on y griffonne des incipit, on y peaufine des théories, on y tire des plans sur la comète, on y volette, tranquille, de planète en planète, sans quitter pour ma part l’ombre des arbres du jardin et le bord de la piscine.
Je le pratique avec assiduité ce précaire assemblage de toile et de bois qui dispense de multiples bienfaits,à commencer par celui-ci, essentiel ,le repos de l’âme et du corps.
Incarnation d’un idéal, prendre son temps sans peur de le perdre, sans soucis de rendement ou d’efficacité, navigation à vue sur des océans de paresse.
Et si il y a plus de philosophie dans un transat que de transats chez les philosophes, eux qui qualifieraient volontiers cette incursion dans leur pré carré de pitrerie estivale,ce n’est certainement pas ma chaise longue qui est ici à blâmer.

 

Billet inspiré librement d’une lecture de vacances
 » Petit éloge du transat  » de Vanessa Postec

 

Livres

On appelle cela une vie…

quai-de-gare
Dans la plupart des vies, il n’y a rien d’extraordinaire. Simplement des maisons, des visages, des pas qui les relient. À la fin on dit ma vie, on raconte les passerelles, les forêts, les points d’eau qu’il a fallu trouver pour que se poursuive le voyage. On essaie de lire mais les chemins sont flous, trop loin ou trop proches,
– dès lors que l’on pose le regard surgit une autre fenêtre. Alors il ne reste qu’à avancer, d’abord deviner quelques lettres, un mot peut-être, tenir le fil ténu entre le pouce et l’index, le tirer jusqu’à soi, puis recommencer, recommencer jusqu’à ce qu’apparaisse enfin le filet plus dense sur lequel s’appuieront nos histoires. Et chacune nous inventera un visage, autre et même visage que dessinent en nous les milliers de petites histoires que nous vivons, gouffres qui nous aspirent, souffles puissants qui nous projettent,
et dont notre corps porte trace.
Un train s’arrête et repart sans que personne n’en soit descendu. Des milliers de gare, de trains, d’attentes
que l’on retourne en tous sens, – on appelle cela une vie.
Et parfois quelqu’un attend aussi sur le même quai, et ce n’est plus la même histoire.
Tout dire n’est jamais qu’un bord dessiné pour que les couleurs de nos vies paraissent plus nettes, mais l’ombre les rejoint, en sculpte les contours, désigne tantôt le bleu, tantôt le rouge, et l’on entend leur résonance dans le vert qui tout à coup se faufile…
Hélène Dorion  in, »Jours de sable »
page 110 Editions de la Différence 2003

Bon week-end
A bientôt !

Albert Camus

On vous demande pourquoi vous voyagez…

provence

 

[…On peut donc voyager non pour se fuir, chose impossible, mais pour se trouver.
Le voyage devient alors un moyen […]
Il est donc bien vrai que dans ces immenses solitudes que doit traverser un homme de la naissance à la mort, il existe quelques lieux, quelques moments privilégiés où la vue d’un pays agit sur nous, comme un grand musicien sur un instrument banal qu’il « révèle », à proprement parler, à lui-même. La fausse reconnaissance, c’est la plus vraie de toutes: on se reconnaît soi-même: et quand devant une ville inconnue on s’étonne comme devant un ami qu’on avait oublié, c’est l’image la plus véridique de soi-même que l’on contemple.
Les grands paysages lumineux de Toscane et de Provence où l’on voit des plaines que l’on a peine à mesurer de l’œil et où pourtant tous les détails sont écrits, ces paysages à la Lorrain sont propices entre tous à ces révélations…
Il est vrai que certains spectacles, la baie de Naples, les terrasses fleuries de Capri, de Sidi-Bou-Saïd, sont des sollicitations perpétuelles à la mort. Ce qui devait nous combler creuse en nous un vide infini…
La beauté des grands paysages n’est pas proportionnée à la puissance de l’homme…
Pourquoi dit-on d’un paysage ensoleillé qu’il est gai ?
Le soleil fait le vide et l’être se trouve face à face avec lui-même sans aucun point d’appui.
Partout ailleurs le ciel interpose ses nuages, ses brouillards, ses vents, ses pluies et voile à l’homme sa pourriture sous le prétexte d’occupations et de préoccupations…
Jean Grenier, in « Les îles »
l’Imaginaire Gallimard

 

J’aime reprendre un  livre sur l’étagère des favoris que j’ai à portée de mains dans mon bureau.
Ce matin je me suis arrêtée sur « Les Iles fortunées » dont vous venez de lire un extrait.
Je vais continuer de voyager dans mes « Iles » en ce beau mois d’été, juillet nous gâte.

A bientôt !