réflexions

Ascension…

 51433962994012mont-ventoux3-jpg-jpg

 

Dans les pas de Pétrarque…
« J’ai fait aujourd’hui l’ascension de la plus haute montagne de cette contrée que l’on nomme avec raison le Ventoux, guidé uniquement par le désir de voir la hauteur extraordinaire du lieu… »
 » Comme je prenais plaisir à détailler ce spectacle, tantôt songeant aux choses terrestres tantôt, comme je l’avais fait avec mon corps, élevant mon âme vers les sommets, je crus bon de jeter un regard sur les Confessions de saint Augustin… volume minuscule, source de douceur infinie »
Ascension plus difficile que prévue Pétrarque se perd dans des sentiers peu  amènes. Il doit même redescendre à plusieurs reprises dans la vallée :
« Je voulais différer la fatigue de la montée, mais la nature ne cède pas à la volonté humaine, et il est impossible pour un corps de gagner les hauteurs en descendant. « 
Ces difficultés conduisent Pétrarque à s’interroger sur le sens réel de cette promenade accidentée :
 » La vie que nous appelons heureuse occupe les hauteurs et, comme dit le proverbe, étroite est la route qui y mène. Nombreux aussi sont les cols qu’il faut passer, de même nous devons avancer par degrés, de vertu en vertu ; sur la cime est la fin de toutes choses, le but vers lequel nous dirigeons nos pas. Tous veulent l’atteindre, mais comme dit Ovide, « vouloir est peu ; il faut, pour parvenir, désirer. « 
Arrivée au sommet,
 » Averti par le soleil qui commençait à baisser et par l’ombre croissante de la montagne que le moment de partir approchait, »  devant le splendide paysage qui s’offre à son regard :
« On n’aperçoit pas de là la cime des Pyrénées, ces limites de la France et de l’Espagne, non qu’il y ait quelque obstacle que je sache, mais uniquement à cause de la faiblesse de la vue humaine. On voyait très bien à droite les montagnes de la province lyonnaise, et à gauche la mer de Marseille et celle qui baigne Aigues-Mortes, distantes de quelques jours de marche. Le Rhône était sous nos yeux.« 
il ouvre une page de St Augustin et tombe sur ce passage :
« Et les hommes vont admirer les cimes des monts, les vagues de la mer, le vaste cours des fleuves, le circuit de l’Océan et le mouvement des astres et ils s’oublient eux-mêmes. »
Devant ce signe comme venu du destin, Pétrarque le notera un peu plus tard :
« Je restai interdit, je le confesse ; et après avoir prié mon frère qui voulait que je poursuive ma lecture de ne pas me déranger, je fermai le livre, furieux de l’admiration que j’éprouvais encore pour les choses terrestres quand j’aurais dû depuis longtemps, apprendre, des philosophes païens eux-mêmes, qu’il n’est rien d’admirable en dehors de l’âme, qu’il n’est rien de grand en dehors de sa grandeur. »

 

 » Et je ne pouvais pas penser à une rencontre fortuite ; je savais au contraire que tout ce que j’avais lu avait été écrit pour moi, non pour d’autres « 
Cette révélation introduit une autre dimension dans l’ascension.

 

6 réflexions au sujet de “Ascension…”

  1. Pan sur le bec !
    Et dire que je n’ai même pas l’excuse d’avoir appris à lire par la méthode globale.
    Mais vous avez relevé l’erreur de « parallaxe » avec beaucoup d’esprit.
    Bravo donc.
    C’est toujours un plaisir de vous lire.

    J'aime

  2. Merci du cliché….qui me fait…remonter dans ma folle vie sportive, et cette ascension du Ventoux…en vélo…et bicyclette…., 4 fois dans cette existence !
    Souvenirs , entres autres de  » La Vélocio « , …se revoir , fringant  » quadra » , …partant au petit matin de Carpentras…pour se retrouver 40 km plus loin …au sommet du Ventoux…avec encore 110 km à parcourir, en passant par le Col des Abeilles et les gorges de la Nesque , avant de rejoindre Carpentras…pour le thé !

    Et dans ce parcours, toutes une avalanche de réflexions ; car c’est fou ce qu’on réfléchit dans ces conditions !
    Une impression évidente, largement vérifiée : dans les montées, on est imprégné du passé, de ses pré…occupations….courantes, banales, qui ne lâcheront prise qu’au sommet…; porté aussi par le souvenir d’autres ascensions, parfois plus difficiles, ce qui rassure sur ses capacités ….éprouvées…
    Puis c’est le sommet, où ne s’attardent guère que ceux qui ont longtemps pensé ….ne pas pouvoir l’atteindre…; et s’y font photographier…!
    Et c’est la folle descente, où seules les images de l’avenir trouvent encore place, dans la vitesse et l’attention qu’elle impose : on pense un peu à l’éventuelle chute…mais autant à ce qu’on va continuer à traverser, assurer, vaincre…
    Et plus tard…., le travail, ce qu’on va dire, ce qu’on voudrait avouer….

    Les montagnes, les cols s’accumulent, comme autant d’occasions d’être, de s’évaluer, d’exister…; et c’est souvent le premier le plus difficile, tant la machine lancée va rechercher les autres !!

    Finalement, à l’image de Pétrarque mais le découvrant en nous même , la même occasion de recueillement que procure La Montagne, autant dans l’ascension que…l’élévation !
    Bon vent….celui des folles descentes….( et souvenir d’un inconscient « 100km / heure  » en rejoignant Bédouin ….folle jeunesse !! )

    J'aime

  3. Un bel exemple de synchronicité.
    La conclusion de Plutarque serait parfaite s’il s’était limité à la première partie.
    Tout ce qu’il a lu a été effectivement écrit spécifiquement pour lui, mais aussi spécifiquement pour chacun des autres.
    Et c’est là qu’est le mystère; le général devenant particulier si on sait le lire.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s