"Double je"

Quand je n’ai plus de bleu, je mets du rouge…

coquelicot2
Ces derniers temps je n’ai pas vraiment du bleu dans mon cœur, plutôt du blues pourtant je devrais intituler mon billet la note bleue, vous savez celle du silence en musique, celle qui est révélation.
Je trouve que les mots de Char vont bien à ce silence : « Le silence est l’étui de vérité ».
Alors je me suis réfugiée dans la musique, j’ai besoin d’elle plus encore dans ces moments:
« quand je n’ai plus de bleu, je mets du rouge. »(Picasso)
Alors  j’ai laissé monter en moi les notes de l’âme, notes faîtes de grâce et d’efforts, de connivences, d’intimité, d’impatience mélancolie, d’humour névrotique, alternance entre énergie du désespoir et allégresse maîtrisée. Jubilation à l’emporte-pièce, tristesse en fusion, tonalité, rythme, harmonie.
Passion animée de la ligne mélodique, mélodie de l’âme et du corps.
Alors la musique devient révélation, c’est en cela que réside sa force victorieuse, elle ouvre des domaines de beautés inaccessibles dont la révélation réconcilie avec la vie. Elle purifie, enchante, elle est au-delà des mots. Elle commence où s’arrêtent les mots, elle nous fait voir les êtres et les choses, elle caresse l’âme, elle est silence. Tout le reste qui s’instrumente, s’enfle, souffre, meurt. Elle devient une allée de sons parfois ombreuse et bleue, belle et grave comme une allée de cyprès, parfois légère et solaire comme un chemin de sable.
Cette allée de sons n’est là que pour justifier le silence.
La musique c’est ça, cette combinaison de sons pressés les uns contre les autres tout au bord de la route pour regarder avec elle passer ce qui nous précéda.
Langue universelle au-delà du possible, elle n’a d’autre sujet que le corps traversé par ses désirs et ses pulsions, la musique seule peut parler de la mort, elle seule peut parler de la vie.
Ne vous étonnez pas , je suis en train d’écouter « In Paradisum » du requiem de Fauré.