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Clin d’oeil…

pissenlit
Quand on partait de bon matin, à bicyclette…
Je me souviens du chatouillis dans les narines, de l’éternuement provoqué par l’éparpillement des pistils, et cette couleur jaune au ras de mes pupilles louchant.
Je l’avais encore dans les jambes, ce preux destrier, j’entendais sa roue avant,
celle qui faisait  » tchac-tchac  » à chaque révolution, s’épuiser doucement, l’herbe
virait au bleu, le front emmêlé dans un champ de soleils.
Je m’étonnais de leur manque de chaleur, je pédalais encore mais avec une
légèreté infinie, poussant du front les astres, avec juste ce bruit familier m’accompagnant dans le vide sidéral lorsque j’entendis un bruissement à mon oreille gauche, bruissement qui enfla, éclata, tonitrua, zébra mon tympan et cassa l’azur.
Je reconnus Jeannot, mon pote, penché sur moi qui murmurait, l’œil en guimauve, étonnamment tendre :
ça va ?
C’est cette douceur dans le ton de sa voix essoufflée, de ces douceurs souples qui vous frôlent et vous enveloppent sans vous étouffer, de ces douceurs glissées comme un drap d’été sur le corps pour protéger la pudeur, c’est cette douceur inhabituelle qui m’inquiéta.
Délaçant à regret ma joue de la Grande Ourse, mais gardant un firmament à triturer entre les dents, j’amorçais subtilement l’atterrissage, le nez dans les pissenlits.