Albert Camus

Dialogue de la mer et du vent…

vague (2)…Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une, patiemment; elles arrivent jusqu’à nous et, patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une. Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé…La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure. C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif. J’épouse la mer…
…Nous plions sous les vents sauvages qui soufflent interminablement d’un pôle à l’autre. Chaque cri que nous poussons se perd, s’envole dans des espaces sans limites. Mais ce cri, porté jour après jour par les vents, abordera enfin à l’un des bouts aplatis de la terre et retentira longuement contre les parois glacées, jusqu’à ce qu’un homme, quelque part, perdu dans sa coquille de neige, l’entende et, content, veuille sourire…
… Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit ! Elle nous lave et nous rassasie dans ses sillons stériles, elle nous libère et nous tient debout. A chaque vague une promesse, toujours la même .
Que dit la vague ?… 
…L’espace et le silence pèsent d’un seul poids sur le cœur. Un brusque amour, une grande œuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, à certains moments donnent la même intolérable anxiété, doublée d’un attrait irrésistible.
Délicieuse angoisse d’être…

Camus , L’été , La mer au plus près

accompagnement musical Debussy « Dialogue de la mer et du vent »
 

4 réflexions au sujet de “Dialogue de la mer et du vent…”

  1. Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit.
    Jean 3-8

    J'aime

  2. Les textes de Camus sont une re-source exceptionnelle, un Compostelle où je marche aussi lorsque la vie me tait…
    J’ai relu ton billet en écoutant le 4ème concerto de Beethoven, me demandant qui était le vent et qui était la mer, du piano ou de l’orchestre; et ce fut une expérience d’une grande intensité… (par Mitsuko Uchida — j’adore Debussy mais surtout son oeuvre pour le piano)

    J'aime

    1. Quel beau chemin que celui de Compostelle même si physiquement je ne l’ai pas réalisé( comme nombre de personnes que je connais) alors je fais celui de ma vie et Camus m’aide souvent quand la vie « me tait » comme tu le dis si bien.
      J’ai aussi un faible pour l’oeuvre pianistique de Debussy( anecdote lors d’une de mes escapades dans le midi j’ai vu un piano sur lequel Debussy avait joué, bizarre mais j’étais heureuse de le savoir et de l’imaginer jouer là)
      Je vais écouter Beethoven et faire ton expérience.
      Ca sert à cela les échanges, merci Claire pour ces beaux partages.

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s