poésie

Le jardin des oliviers…

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Il montait sous le gris feuillage
tout gris et fondu dans ce paysage d’oliviers
enfouissant son front de poussière
profondément dans l’autre poussière de ses brûlantes mains.
Encore cela. Et c’était la fin.
Et maintenant , aveugle, je dois marcher
et pourquoi veux-tu que je dise que tu es
alors que je ne te trouve plus moi-même.
Je ne te trouve plus. Pas en moi.
Pas dans les autres. Pas dans cette pierre.
Je ne te trouve plus. Je suis seul.
Je suis seul avec le mal de tous les hommes,
qu’à travers Toi j’ai tenté d’alléger,
Toi qui n’existes pas. Ô honte sans nom…
Plus tard, un ange vint, dit-on;
Pourquoi un ange ? Ah non ce fut la nuit qui vint
et indifférente bruissait dans les branches.
Les disciples remuaient dans leurs rêves.
Pourquoi un ange ? Ah non ce fut la nuit qui vint.
La nuit qui vint était comme les autres
qui passent par centaines.
Des chiens y dorment et des pierres.
Une nuit triste, une nuit quelconque
qui attend la venue du matin.
Car les anges ne viennent pas auprès de tels suppliants
pour eux ne s’exaltent point les nuits.
Ceux qui se perdent tout les abandonne,
les pères en font offrande
et ils sont rejetés du sein de leur mère.
Rainer Maria Rilke, Le jardin des oliviers
Nouveaux poèmes, suivi de Requiem
Poésie Points 1882

1 réflexion au sujet de “Le jardin des oliviers…”

  1. Vendredi avant Pâques…

    Routiniers habitués à pousser au gibet
    sur la colline nue quelque racaille,
    les lourds mercenaires prenaient leur temps,
    tournant de temps à autre leur face grimaçante

    vers les trois condamnés.
    Mais là-haut leur travail de bourreau
    fut bien vite bâclé; la chose faite,
    les hommes, libérés, flânèrent.

    L’un d’eux soudain (souillé comme un boucher)
    dit: Capitaine, celui-ci a crié.
    Sur son cheval le capitaine dit: Lequel ?
    Et lui-même croyait l’avoir entendu

    appeler Elie. Tous avaient grande envie
    de jouir de la scène
    et s’empressèrent, afin qu’il ne défaille,
    de lui tendre le vinaigre pour calmer
    les derniers râles de sa toux:
    ils espéraient tout un spectacle,
    peut-être la venue d’Elie.
    Mais au lointain cria Marie,
    et lui hurla, puis s’affaissa.

    Rainer Maria Rilke  » La Crucifixion »

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s