"Double je"

Un peu de temps à moi…

La-lettre-bonnard

Le silence règne dans la maison, c’est l’heure de la sieste, je dispose d’un peu de temps à moi.
Une fois de plus je suis devant la page blanche avec plein de mots dans ma tête.
Vais-je les laisser s’échapper comme à mon habitude, car je n’écris que dans l’urgence,
un mot en entraînant un autre.
Parfois les notes sont sombres, parfois beaucoup plus lumineuses, elles sont souvent des
instantanés de vie, des moments influencés par mes rêves,  mes besoins d’évasion, par mes lectures,
mes réflexions.
Ils ne sont nullement une thérapie, j’ai évacué depuis pas mal de temps ce qui était néfaste pour moi,
même si inconsciemment de temps à autre je me laisse déborder par eux.
Ce sacré inconscient qui n’a pas d’âge, qui se moque du temps et fait revivre au présent des sensations anciennes parce qu’elles trouvent écho à un moment donné, soit par une odeur, un souvenir, une lecture,
un regard, une main qui vous frôle, ce frisson reconnu, cette sensation d’être celle à qui plus rien ne peut arriver de négatif.
Et pourtant la vie ne nous demande pas notre avis.
Ces dernières années ont été et sont difficiles, vous qui venez me lire savez pourquoi.
La colère est toujours présente contre cette maladie qui jour après jour fait des ravages.
Chaque geste de la vie quotidienne devient une épreuve, la marche, l’élocution, la mémoire, l’autonomie…
A quoi bon écrire sur ce qui se passe journellement, le vivre est suffisamment douloureux.
Et je suis si fatiguée.
Vous mes ami/es fidèles de la toile si vous saviez mon désarroi.
Mais peu à peu ici aussi comme dans la vraie vie les personnes disponibles à me donner un peu de leur temps pour m’écouter sont de moins en moins nombreuses.
Peut-être aussi par la force des choses  je me suis isolée.
Alors le doute s’installe et le mot amitié prend tout son sens.
Mais je peux comprendre que l’on puisse se sentir mal à l’aise devant la douleur de l’autre.
Une amie me disait tout récemment  » personne ne peux se rendre compte de ce que tu vis journellement « .
Voilà je ne savais pas où mes mots m’emporteraient, tant pis je les laisse, ils étaient en moi.
Et puis j’ose y croire, le printemps est promesse de renouveau !
*Pierre Bonnard « La lettre »1906