"Double je"

Association d’idée…

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En janvier 2008 j’écrivais ces mots …

Il existe de ces moments dans la vie, dans une journée où chaque mot vous touche, en appelle un autre, un ébranlement, un choc confus. Cela vient de m’arriver en lisant un auteur que je ne connaissais pas , Jean Grenier .
Je suis entrée dans ce livre et je sais que ces mots lus continueront de vivre en moi encore longtemps.

Des images se bousculent, des paysages, des odeurs, des frôlements, la lumière…

Aujourd’hui, 29 janvier 2015 ,
les mots de Grenier continuent de m’habiter avec la même force et le même enthousiasme.

Camus dans sa préface écrivait:
« Rien n’est vraiment dit dans ce livre. Tout y est suggéré avec une force et une délicatesse incomparables.Cette langue légère , à la fois exacte et rêveuse, a la fluidité de la musique.Elle coule ,rapide, mais ses échos se prolongent…
Grenier nous parle seulement d’expériences simples et familières dans une langue sans apprêt apparent. Puis, il nous laisse traduire, chacun à notre convenance.A ces conditions seulement, l’art est un don, il n’oblige pas. Pour moi qui ai tant reçu de ce livre , je sais l’étendue de ce don, je reconnais ma dette… »

Jean Grenier, Les Iles ,
Gallimard l’Imaginaire

réflexions

Si c’est un homme…

auchswitz« 26 janvier.
Nous appartenions à un monde de morts et de larves. La dernière trace de civilisation avait disparu autour de nous et en nous. L’oeuvre entreprise par les Allemands triomphants avait été porté à terme par les Allemands vaincus: ils avaient bel et bien fait de nous des bêtes.
Celui qui tue est un homme, celui qui commet ou subit une injustice est un homme. Mais celui qui se laisse aller au point de partager son lit avec un cadavre, celui-là n’est pas un homme[…]
Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous: aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme.[…]

[…]Aujourd’hui je pense que le seul fait qu’un Auschwitz ait pu exister devrait interdire à quiconque, de nos jours, de prononcer le mot Providence: mais il est certain qu’alors le souvenir des secours bibliques intervenus dans les pires moments d’adversité passa comme un souffle dans les esprits.[…]

Primo Levi, in « Si c’est un homme »

27 janvier 1945  l’aube de la fin d’un long cauchemar

"Double je"

Les jours se suivent…

devoir de rentrée

Me voici devant la page blanche, cela faisait bien longtemps …
Faute de temps, d’autres priorités  demandent ma présence ,mais aussi faute d’envie.
Ces derniers temps j’avoue une grande lassitude me gagne.
La répétition quotidienne des tâches qui m’incombent me paralyse, je me débats entre lassitude,tristesse  et colère.
J’ai du mal à accepter ma nouvelle vie qui ne laisse guère de place aux loisirs et surprises.
Toutes les couleurs ont peu à peu laissé place à la grisaille, la monotonie, alors que je n’aspire qu’à une chose, m’évader.
Fatiguée du trop à parcourir, l’angoisse froisse  mes pensées les plus prudentes.
J’ai beau tisser des rêves, ma vie s’éparpille.
Aujourd’hui folie que de croire que le soleil pourrait remplacer le gris du ciel.
Les jours se suivent et se ressemblent.
Albert Camus

Courons à notre perte…

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« L’espace et le silence pèsent d’un seul poids sur le coeur.
Un brusque amour, une grande oeuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure,
à certains moments donnent la même intolérable anxiété, doublée d’un attrait irrésistible.

Délicieuse angoisse d’être, proximité exquise d’un danger dont nous ne connaissons pas le nom,
vivre, alors, est-ce courir à sa perte ?

A nouveau, sans répit, courons à notre perte. »

Albert Camus 
L’Ete, la mer au plus près

Albert Camus

Sachons donc ce que nous voulons…

Footballeurs---1952

Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l’esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d’une idée ou du confort. La première chose est de ne pas désespérer. N’écoutons pas trop ceux qui crient à la fin du monde.
Les civilisations ne meurent pas si aisément et même si ce monde devait crouler, ce serait après d’autres. Il est bien vrai que nous sommes dans une époque tragique.
Mais trop de gens confondent le tragique et le désespoir.
« Le tragique, disait Lawrence, devrait être comme un grand coup de pied donné au malheur. »
Voilà une pensée saine et immédiatement applicable. Il y a beaucoup de choses aujourd’hui qui méritent ce coup de pied.

Albert Camus,
Les Amandiers (1940), dans L’Été (1954)

Nicolas de Staël « Footballeurs « (1952)

poésie

Je ne sais…

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La mer, la mer, la mer, la mer… 
De toujours et de maintenant… 
Ses vagues viennent se briser 
Dans un bruit qui sans cesse crisse 
Si bien que l’on dirait un sanglot.

La mer… je la vois et je médite 
Un peu plus ma méditation… 
Cette mer est-elle infinie ? 
Je ne sais. 
La mer que je fixe
N’est que les vagues que voilà.

Une vient, plus l’autre, elles ont
Le même brisement constant
Qui rugit bien et crisse bien. 
Puis elle s’en vont toutes sans
Que j’aie pu savoir leur secret.

Fernando Pessoa « La mer »

photo Philippe Charpentier prise hier à Biarritz

"Double je"

De l’autre côté il y a encore la mer…

 

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Temps hors du temps,temps suspendu, moment privilégié, 
moment de solitude face à l’immensité,
dans le jeu des vagues, du vent, de la lumière face à moi-même
Temps de paix intérieure, instant de bonheur indicible quand tout s’agite autour de moi.

  » La mer : je ne m’y perdais pas, je m’y retrouvais  » ( Albert Camus)

crédit photo Philippe Charpentier

 

 

 

poésie

Un oiseau…

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Un oiseau chante sur un fil
Cette vie simple, à fleur de terre.
Notre enfer s’en réjouit.

Puis le vent commence à souffrir
Et les étoiles s’en avisent.

Ô folles, de parcourir
Tant de fatalité profonde !

René Char
 Les Loyaux Adversaires  ‘Un Oiseau…’ 
Fureur et Mystère