paul Valéry

Elevation à la lune…

pleine lune

L’ombre venait, les fleurs s’ouvraient, rêvait mon âme !
Et le vent endormi taisait son hurlement.
La nuit tombait, la nuit douce comme une femme
Subtile et violette épiscopalement.

Les étoiles semblaient des cierges funéraires
Comme dans une église allumée dans les soirs
Et semant des parfums, les lys thuriféraires
Balançaient doucement leurs frêles encensoirs

Une prière en moi montait, ainsi qu’une onde
Et dans l’immensité bleuissante et profonde
Les astres recueillis baissaient leurs chastes yeux ;

Alors, Elle apparut ! Hostie immense et blonde
Puis elle étincela, se détachant du monde,
Car d’invisibles doigts l’élevaient vers les cieux !

Paul VALERY
Élévation à la Lune
23 Juillet 1889

 

 
Albert Camus

Insensé…

egon_schiele_012 la jeune fille et la mort 1915

 

 » Ce qu’il y a d’insensé dans l’amour c’est que l’on désire précipiter
et perdre les jours d’attente.
C’est ainsi qu’on désire se rapprocher de la fin. 
C’est ainsi que par un de ses aspects l’amour coïncide avec la mort. »

Albert Camus,
Carnets

Egon Schiele « La jeune fille et la mort »1915

 

Livres

Graviter…

quai photo-794678

[…] Il me fallait me faire une raison, admettre ce que mon coeur s’obstinait à ne pas regarder en face.
La vie est un train qui ne s’arrête à aucune gare. Ou on le prend en marche ou on le regarde passer sur le quai, et il n’est pire tragédie qu’une gare fantôme.
Avais-je été heureux, après ? Je crois que oui; j’ai connu des joies, des moments inoubliables; j’ai même aimé et rêvé comme un mioche ébloui. Pourtant, il m’a toujours semblé qu’une pièce manquait à mon puzzle, que quelque chose ne répondait pas tout à fait à l’appel; qu’une absence me mutilait; bref, que je ne faisais que graviter à la périphérie du bonheur[…]

Yasmina Khadra in, »Ce que le jour doit à la nuit  »
page 407 Pocket 14017