"Double je"

Premier dimanche de l’Avent…

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Le ciel est bas d’une couleur grise les nuages en harmonie, dehors souffle une petite bise,
l’automne cède la place à l’hiver.

Les oiseaux ont retrouvé la maisonnette à graines, c’est un plaisir que de les voir par dizaine
voler autour, parfois se disputer, se pousser pour être le premier sur la mangeoire.
Partout Noël se profile, vitrines scintillantes, guirlandes, sapins,
chalets en bois des marchés.
J’aime ce temps de Noël.

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A l’intérieur règne une douce ambiance,
les bougies, 
les bûches  crépitent dans la cheminée,
quelques notes de musique,  lecture,
photographie d’un dimanche serein.

Livres

Une année de plus…

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« …Une année de plus, c’est à dire une année de moins à vivre. Aussi je me ménageais,
ce jour anniversaire, une vacance qui consistait à m’abstenir de toute action, de toute pensée, de toute communication et même de toute distraction (ce n’était donc pas des « vacances »); je cherchais à faire le vide, je voulais interrompre le temps.
Ce n’était en vue ni d’une récapitulation ni d’un préparatif. Le passé était bien mort,
l’avenir n’avait pas de forme.
Le présent, qui échappe toujours, et ne se définit même que par là, ne pourrait-il
pas être exceptionnellement rendu étale comme ces vagues que l’huile transforme en rides…? »

Je suis encore bien loin de la sagesse de *Jean Grenier.
Je suis née un 26 novembre…
Je vais prendre en quelques secondes une année de plus au calendrier.

*Jean Grenier, in « Les îles » L’imaginaire Gallimard

poésie

Cette lumière peut-elle ?…

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Cette lumière peut-elle
tout un monde nous rendre ?
Est-ce plutôt la nouvelle
ombre, tremblante et tendre,
qui nous rattache à lui ?
Elle qui tant nous ressemble
et qui tourne et tremble
autour d’un étrange appui
Ombres des feuilles frêles,
sur le chemin et le pré,
geste soudain familier
qui nous adopte et nous mêle
à la trop neuve clarté.

Rainer Maria Rilke (1875-1926)
photo  Eveline Gallet

 

Albert Camus

« Tout instant à venir m’est doux… »

 « Tout instant à venir m’est doux car il se trouve dans mon chemin vers toi… »


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Lettre de Maria Casarès à Albert Camus . Elle fut  l’autre grand amour d’Albert Camus : 12 années d’amour que seule la mort de l’écrivain brisa. Témoin de cette relation passionnelle et impossible, cette lettre jamais envoyée à Camus : extraits…

 31 juillet – Je me réveille avec un petit mot de toi. Oh la la la ! Un autre mot vient d’arriver. Damnée mécanique. Je me rends compte que je n’aurais pas pu tenir un mois et demi (c’est long !) sans lettres de toi. Non je n’aurais pas pu mon amour, mon chéri, je t’aime fort, fort. […]

Je me sens tout entourée par toi. Alors qu’ai-je à souhaiter d’autre ? Non. Il faut que je dorme.
Dors toi aussi. Que fais-tu en ce moment ?
Je vais dormir c’est mieux.
Bonsoir. Pense à moi.

[sans date] Voilà quelques jours déjà que je ne t’ai pas écrit et pourtant je n’ai pas cessé de penser à toi. Mais pour être transparente et puisque tu ne liras tout cela qu’un jour lointain et à condition que tu me le demandes, je pense pouvoir te dire sans danger de t’apporter la moindre inquiétude ni le plus petit souci.
Ces derniers jours ont été assez pénibles malgré tous les efforts que j’ai faits pour vaincre les doutes et répondre à toutes les questions qui se sont présentées à mon esprit.

 J’ai passé des heures dures de mélancolie et de révolte successivement à en perdre haleine. J’ai eu beau me dire que ça ne pouvait pas, qu’il ne pouvait en être autrement, qu’après tous les jours de bonheur inespérés et suffocants que tu m’avais donnés il fallait de toute évidence qu’une fois seule et loin de toi, trop brusquement après avoir été avec et en toi d’une façon surprenante, il fallait me suis-je répété avec un entêtement de vraie galicienne, une réaction et une réaction qui devait m’emmener vers des pensées et des sentiments injustes, illogiques et sots.

Je ne devrais donc pas leur porter aucune [sic] attention. Je t’en fiche ! J’avais tout simplement oublié que l’état dans lequel je me trouvais venait justement du fait de me trouver seule, un peu perdue, déséquilibrée (« désépaulée ») et par conséquent en dehors de toute sagesse et tout raisonnement.

 À ce vide que ton départ a laissé en moi est venu s’ajouter l’accomplissement de la promesse que je t’avais faite de dire à JS [Jean Servais] clairement où j’en étais.

Tout a été fait ou presque tout. Il connaît mes sentiments vis-à-vis de toi bien qu’il ignore encore notre vie depuis un mois. Je ne lui en parlerai d’ailleurs que si tu l’exiges car je considère qu’il en est étranger et que cela ne regarde en rien.

Tout s’est passé facilement et doucement. Trop bien. Dès qu’il a su il s’est incliné. Mais de quelle façon !

Aussitôt que j’ai pu me retrouver seule une foule d’idées contradictoires me noya. Des idées dont je te parlerai un jour si tu veux les connaître mais que je n’ai pas le courage d’écrire. En tous cas ce que je peux te dire c’est que tout se révélait contre nous sauf une chose : mon amour tout neuf pour toi, une sorte d’avalanche qui est prête à tout broyer, à tout casser par le seul fait qu’elle se sent trop puissante et qu’il faut de la place pour s’y installer et prendre ses aises.

Le bric-à-brac intérieur mêlé aux dernières choses à faire et aux préparations de départ m’ont privé d’un temps précieux dans lequel j’aurais pu te dire que je t’aime. […]

Bonsoir mon chéri, mon amour, serre moi comme je t’aime, je t’en prie.

Mardi 3 août — Deux jours entiers de passés sans t’écrire mais pas une heure, une pensée, une tristesse vague, un plaisir quelconque, une lecture, une promenade, un lever, un coucher qui ne mènent directement à toi. Est-ce que je souffre de ton absence ? Oui. Est-ce que je suis malheureuse ? Non.

Avec une patience dont je ne me serais crue capable, j’attends. J’emploie chaque jour, chaque seconde qui s’écoule à m’approcher de toi. Tout instant fini me comble de joie par le fait qu’il ne se pose plus entre toi et moi. Tout instant à venir m’est doux car il se trouve dans mon chemin vers toi.

Ce n’est pas je t’assure fausse littérature. C’est en moi comme la faim et le soleil. Ce n’est pas non plus romantisme. Je ne suis pas le moins du monde altérée et toute ma vie de vacances s’écoule dans un calme de corps et d’esprit qui est nouveau pour moi.

C’est tout simplement que je t’aime et que tu sois près ou loin, tu es toujours là partout et que le seul fait que tu existes me rend pleinement heureuse. […]

Ah ! Mon chéri, ne me laisse plus jamais. Maintenant c’est très grave. Je veux me faire, je peux devenir quelque chose si tu es là. Seule je me sens incapable du moindre effort. Et ce sont là les dernières choses que je te dirai sur moi. Mon sort est désormais réglé. […]

31 juillet — […] Je passe mon temps à essayer d’inventer des moyens d’attendre sans t’ennuyer et j’espère de tout mon cœur qu’à chaque fois que j’en trouverai un, même le plus bête, tu comprendras et tu ne m’en voudras pas.

Je t’aime. Je te demande pardon pour toutes ces histoires. Mais rends-toi compte que je suis loin et seule et toute tournée vers toi.

Je t’aime

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  Javier Figuero, Maria Casarès, l’étrangère, Fayard, 2005

article lu ici:http://www.deslettres.fr/lettre-maria-casares-albert-camus-instant-venir-mest-doux-car-il-se-trouve-mon-chemin-vers-toi/

réflexions

L’amour comblé…

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” Du milieu de la tempête qui me déracine, me dépossède de mon identité, je veux parfois revenir à l’origine- à mon origine. Une pente invincible me fait glisser, descendre (je coule) vers mon enfance. Mais la force qui produit ce souvenir est ambiguë : d’une part, je cherche à m’apaiser par la représentation d’un temps adamique, antérieur à tout souci d’amour, à toute inquiétude génitale, et cependant empli de sensualité, par le souvenir, je joue ce temps contre le temps du Souci amoureux, mais aussi, je sais bien que l’enfance et l’amour sont de même étoffe :
l’amour comblé n’est jamais que le paradis dont l’enfance m’a donné l’idée fixe. 

Roland Barthes
Le discours amoureux Séminaire à l’école pratique des hautes études 1974-1976
suivi de Fragments d’un discours amoureux: inédits  Seuil

Photo du film « Jeux interdits »

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citations, humour

Mettre du sens dans la légèreté…

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« Le crime du fou, c’est qu’il se préfère. Cette préférence impie me répugne chez ceux qui tuent et m’épouvante chez ceux qui aiment. La créature aimée n’est plus pour ces avares qu’une pièce d’or où crisper les doigts. Ce n’est plus qu’un dieu: c’est à peine une chose.
Je me refuse à faire de toi un objet, même quand ce serait l’Objet Aimé. »

Marguerite Yourcenar, in « Feux »
L’imaginaire Gallimard

Ecrire

Ecrire…

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Vertige, frénésie, instants de doute, mille façons d’écrire qui se résument en une seule, suivre le mouvement de sa pensée.
Syntaxe simple ou complexe, vocabulaire élémentaire ou prodigue, sécheresse ou ébullition, lignes droites ou arborescentes, phrases calmes ou effervescentes, c’est selon ce que j’aimerais formuler qui invente la langue appropriée à son dessein. Aller au plus bref, là où brûle un feu clair, où le souffle anime les mots, invitation à la virevolte légère, aux passages de l’air, aux épiphanies.

"Double je"

Pronom…

je

 Ce mot par lequel j’exprime mes désirs, mes déceptions, mes projets, mes espérances,mes actes les plus divers, mes sensations physiques, mes jouissances, mes plans, mon ressenti, ma tendresse,mes goûts.
Avec ce mot si bref j’ai lié depuis très longtemps la multitude de mes états d’âme, intimement imbriqué à mes sentiments, mes souvenirs.
Rien ne lui échappe, pas la moindre décision, la moindre rumination.
Et pourtant curieusement tout le monde se sert du même mot.
La plus irréductible intimité, la plus singulière existence, pour chacun est liée à un terme qu’il n’a ni choisi ni forgé, et dont tous les autres se servent identiquement.
Un pronom de la langue.
Ce « je » singulier et pourtant semblable aux autres.

"Double je"

Hommage…

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Aujourd’hui en ce jour où la nation rend hommage à tous ces hommes je ne pouvais oublier
celui qui m’a vu grandir et qui était l’un de ces poilus.
*Le chaos n’épargnait personne, la guerre était totale…

Mais j’ai une pensée toute particulière pour ma grand-mère, femme remarquable et toutes ces femmes jeunes fiancées, mariées, mamans, qui la peur au ventre attendaient des nouvelles du front.
Elles étaient seules à assurer et assumer avec courage tous les travaux durant ces quatre années.
* « C’est bien le coeur qui nous tient debout, mais pas parce qu’il bat, simplement parce qu’il aime « .

* » Alors les femmes restèrent seules. Sur le versant silencieux de la guerre : non pas sous l’orage d’acier mais dans le ruissellement des pleurs, loin du pétillement de la bataille mais dans l’attente anxieuse de ses effets, là où se froisse un visage quand arrive un papier timbré, où une larme se fraye son chemin dans une chevelure jusqu’à l’oreiller.  »

*en italique extraits de « Dans la guerre » d’Alice Ferney