Albert Camus

Un livre, une page au hasard…

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 Un livre pas n’importe  lequel, une page au hasard et l’enchantement de la lecture devant une écriture qui démontre la richesse de la palette camusienne.

…Mersault seul sur la route se sentait au fond du cœur un sentiment mêlé de délivrance et de tristesse. Aujourd’hui, seulement sa solitude devenait réelle parce qu’aujourd’hui seulement il se sentait lié à elle. Et de l’avoir acceptée, de se savoir maître de ses jours à venir, l’emplissait de la mélancolie qui s’attache à toute grandeur.
Au lieu de prendre la grande route, il revint parmi les caroubiers et les oliviers…il écrasa du pied quelques olives et s’aperçut que le chemin était entièrement tigré de taches noires. A la fin de l’été, les caroubiers mettent une odeur d’amour sur toute l’Algérie, et le soir après la pluie c’est comme si la terre tout entière reposait, après s’être donnée au soleil, son ventre mouillé d’une semence au parfum d’amande amère. Pendant toute la journée leur odeur était descendue des grands arbres, lourde et oppressante. Dans ce petit chemin, avec le soir et le soupir détendu de la terre, elle devenait légère, à peine sensible aux narines de Patrice, comme une maîtresse avec qui l’on sort dans la rue après tout un après-midi étouffant, et qui vous regarde, épaule contre épaule, parmi les lumières de la foule.

Devant cette odeur d’amour et ses fruits écrasés et odorants, Mersault comprit alors que la saison déclinait. Un grand hiver allait se lever. Mais il était mûr pour l’attendre. De ce chemin on ne voyait pas la mer, mais on pouvait apercevoir au sommet de la montagne des brumes légères et rougeâtres qui annonçaient le soir. Sur le sol, des taches de lumière palissaient entre les ombres des feuillages. Mersault aspira violemment l’odeur amère et parfumée qui consacrait ce soir ses noces avec la terre. Ce soir qui tombait sur le monde, dans le chemin entre les oliviers et les lentisques, sur les vignes et la terre rouge, près de la mer qui sifflait doucement, ce soir entrait en lui comme une marée. Tant de soirs semblables avaient été en lui comme une promesse de bonheur que d’éprouver celui-ci comme un bonheur lui fit mesurer le chemin qu’il avait parcouru de l’espoir à la conquête.
Dans l’innocence de son cœur, il acceptait ce ciel vert et cette terre mouillée d’amour avec le même tremblement de passion et de désir que lorsqu’il avait tué Zagreus dans l’innocence de son cœur.

 

Albert Camus in « La mort heureuse »
Folio pages 155/156

crédit photo: Jean Pierre Harthmann

"Double je"

Il y a des matins…

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Il y a des matins où le plaisir est tendre comme un geste d’aube.
Il y a des matins où les mots viennent croiser d’autres mots.
Il y a des matins où la beauté envahit tout . 
Une voix, une musique, une couleur, une fleur, des mots.
Il y a des matins où l’on voudrait le temps immobile.

Prendre le temps d’être en retard, de profiter du moment, de savourer le thé du matin, croquer avec gourmandise dans les tartines beurrées, lécher la cuillère de confiture de mangue, se caler sur sa chaise, lire le journal du matin, les nouvelles qui datent d’hier paradoxe du quotidien, sourire à un jeu de mots, regarder la météo alors que dehors le ciel est bleu et le soleil brille, se dire qu’on pourrait presque prendre le petit déjeuner sur la terrasse, mettre le nez dehors, il fait encore frisquet.
Regarder les minutes s’envoler. Ne pas se presser, prendre le temps, luxe inouï.
Se dire que c’est ça la vie, celle qui fait se lever le matin.
Et recommencer ce petit plaisir minuscule, cet instantané de bonheur.

voyages...Escapades

La saison des amours…

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Fin d’après midi hier, direction les Vosges, sous un ciel gris et fine pluie pour aller à l’écoute du brame du cerf. Une heure de route nous amène au premier point d’observation, rien ne bouge, ni cerfs ni biches en vue. De plus il fait froid.
Avec nos amis direction une ferme auberge où nous allons attendre la nuit profonde autour d’un repas partagé des plus sympathiques,avec les produits frais de la ferme.
L’ambiance est aux rires, à l’amitié.
En sortant de l’auberge,premier brame, le cerf n’est pas loin. La forêt s’anime le chant des amours se fait entendre, proche, lointain. Nous nous engageons plus avant dans la forêt, l’œil aux aguets, l’oreille aiguisée, juste une biche se montre contrairement aux années précédentes.
Moment de joie intense, le brame en fond sonore, heureux de nous trouver là, ensemble, dans cette nature si riche et généreuse.

Quelques photos d’hier et de 2012
Pour les alsaciens en rentrant dans l’auberge une odeur délicieuse de « fleischnakas »,
je suis allée en cuisine(photos)avant de déguster et savourer avec gourmandise.

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poésie

La mer… je la vois et je médite …

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La mer, la mer, la mer, la mer…
De toujours et de maintenant…
Ses vagues viennent se briser
Dans un bruit qui sans cesse crisse
Si bien que l’on dirait un sanglot.

La mer… je la vois et je médite
Un peu plus ma méditation…
Cette mer est-elle infinie ?
Je ne sais.
La mer que je fixe
N’est que les vagues que voilà.

Une vient, plus l’autre, elles ont
Le même brisement constant
Qui rugit bien et crisse bien.
Puis elle s’en vont toutes sans
Que j’aie pu savoir leur secret.

Fernando Pessoa « La mer »

crédit photo Tiago 

"Double je"

Géographie sentimentale…pour un dernier jour d’été!

 

septembre 2010 078

Mon amour pour la mer n’a été qu’une suite de retours et de voyages du bout des terres. Cet espace rêvé, une géographie sentimentale dont la vraie puissance tient à ce que je n’y sois pas toujours. Il y a un secret, une image, celle qui continue à être le secret d’un rêve qui confronte opulence et sécheresse, mesure et démesure, bonheur et tragédie.
Scintillement de ses légendes, nostalgie d’un paradis d’enfance où j’ai été heureuse sans savoir exactement pourquoi, ni comment, sauf à tenter de décrire la plage où je jouais, les parfums, les criques, les pinèdes au-dessus des rochers, la chaleur des journées conservée dans la pierre la nuit venue, pincements de bonheur.
Je sentais confusément que je souhaitais que l’été ne finisse jamais.
Mes certitudes marines , cette mer Méditerranée, ce pays intime, cette rencontre avec soi dans la lumière du soleil, dans le jeu des vagues, du vent, ce miroir de l’âme, de l’imaginaire , de l’inconscient…
Mes pincements de bonheur, sont toujours présents quand je la retrouve cette mer !

Quand vais-je la retrouver ?

 

"Double je"

Le langage…

peau
« Le langage est une peau :
je frotte mon langage contre l’autre… »

Roland Barthes,
« Fragments d’un discours amoureux »


La connaissance n’est pas charnelle…

mais les corps apprivoisés par les mots se fondent dans une même inspiration …
puis respirent à l’unisson…
grand frisson des âmes qui se reconnaissent et s’enlacent

 

photo Cris Craymer

"Double je"

On n’oublie rien…

ombre

A deux pas de la Madeleine par une de ces journées de fin d’été qui ressemblait à si m’éprendre à celle d’un printemps débutant, elle prit un taxi le début d’un voyage qui d’Orly la conduit à Amsterdam.
Elle était tendue, éprouvée par les dernières nouvelles de Jeff. Il venait de l’appeler, son premier réflexe fut de lui dire j’arrive, car voir un ami pleurer, elle ne pouvait pas, c’était plus fort qu’elle,
c’est comme ça.

Lui et elle c’est une longue histoire depuis l’enfance ,quand tous deux s’amusaient et chantaient en apprenant Rosa sur les bancs de l’école, et que le maître appelait au suivant.
Ils  partageaient les fous rires, il lui apportait des bonbons, lui  apprit à danser la valse , lui a dit
je t’aime…
O
n n’oublie rien.

Pour eux l’aventure se vivait tous les jours, ils étaient heureux sous la pluie, l’orage, la tendresse  était leur partage, leur quête, vivre debout.
Et puis il y eu les départs.

Tous ses souvenirs venaient de refaire surface, l’air de la bêtise trottait dans sa tête, elle
 l’aimait encore, il était son île.
Arrivée sous ses fenêtres éclairées par une faible lumière elle sut qu’il venait de partir , la mort venait de gagner, en un sanglot elle s’entendit crier «  Ne me quitte pas « 

Inspiré par quelques titres de chansons de Jacques Brel

 

"Double je"

On croit que tout est perdu …

saltimbanque

Saltimbanque de mes vertiges, tantôt clown blanc, tantôt auguste, les contraires embroussaillent mon chemin. Images ondulantes et vagues empreintes dans la mémoire, passé, présent emmêlés, mais le verbe Etre qui s’ennuie sur les chemins trop banalisés, ce verbe joyeux qui rime avec sourire, ce verbe chaud qui laisse entrer le désir et toute la saveur acidulée de la vie, ce verbe prend toute sa signification.

Etre l’image et son reflet dès lors que l’on explore l’intégralité des choses, ne pas souffrir de simples effleurements écrits, mais quand tournant le dos au miroir, et que tout disparaît, se dire encore que des regards et des visages tentent de voyager l’un vers l’autre par delà la rondeur de la terre….
Ecrire comme un conte, pour les mots d’indicible douceur, pour conserver le rêve, pour que l’écho le porte aux quatre coins du monde. Donner le pouvoir à l’immensité du net d’estomper les leurres, et au ciel de reprendre couleur.

« On croit que tout est perdu et voilà qu’un oiseau se met à chanter »…

toile Magritte