réflexions

Les mots me viennent par vagues…

vague

Les phrases sont de la même étoffe que la mer, tissées par le même mouvement de navette qui trame le proche et le lointain, commençant, finissant toujours, sur la page pareille à la côte où le large reprise ses ourlets.
Les mots me viennent par vagues.
Ils voudraient dire des choses que je ne maîtrise pas. 
Ils tâtonnent ils palpent le vide et tout à coup s’enfièvrent pour une image qu’ils ont prise pour la vérité. Je m’y abandonne aux courants de lumière et de vent. A vrai dire j’y cherche tes lèvres.
C’est une déjà vieille habitude, cette fièvre lyrique qui titube et se cogne aux portes.
Là où personne ne vient répondre, je fabrique une voix d’amour destinée à mon propre cœur. 
Bouchoreille de la page blanche : ton oreille en forme de bouche…
Ces mots sont pour la soif…
Ainsi je peux y boire.L’eau du puits ou l’eau de la mer.La plus enfouie ou la plus vaste. 
Celle qui dort ou qui remue.Toutes les deux observent le ciel.
C’est ici la dernière cérémonie. Je lève mon verre face au grand large.
 A la santé des noces et la mémoire des deuils…
Ecrire est le seul rite. Le soin des adieux, des bonjours. 
Ce qui s’en va ressemble à ce qui vient. Nous ne pourrons rien retenir.
Il faudra bien tourner la page.

Jean Michel Maulpoix in, « L’instinct du ciel »

Il est des mots qui trouvent écho, des mots que j’aurais aimé écrire, des mots qui ne cessent par vagues de me rejoindre venus non pas pour se donner mais pour me contraindre à entendre quelle bizarre condition est la mienne, vouée aux rivages,lorgnant toujours vers le grand large.

4 réflexions au sujet de “Les mots me viennent par vagues…”

  1. Il me semble que ce n’est pas un hasard si cette symbolique de la vague est si présente …et présentée …chez Camus, ( dans cet usage de l’image qu’il appréciait largement dans le style de Plotin )
    La vague, qui décrirait si bien son attitude existentielle et intellectuelle , celle qui embrasse tout à la fois l’envers et l’endroit, le oui et le non…mais dans une persévérance à la Sisyphe ….sans cesse renouvellée; la vague, dans sa constante alternance !

    Et dans ce passage de  » La mer au plus près », à la fin de l’Eté…:
    … » Les vagues viennent de l’Est invisible, une à une, patiemment; elles arrivent jusqu’à nous et, patiemment, repartent vers l’Ouest inconnu, une à une. Long cheminement, jamais commencé, jamais achevé…La rivière et le fleuve passent, la mer passe et demeure. C’est ainsi qu’il faudrait aimer, fidèle et fugitif. J’épouse la mer.  »

    ( Memoire de ce proverbe africain  » Pour s’aimer longtemps…il faut se quitter souvent  » ! )

    Bon vent….

    ( Mais l’inquiétude me vient, assez argumentée…de devenir un troll d’Internet….!
    Vos réflexions suscitent pulsivement, en écho, ces commentaires; mais il ne faudrait pas que l’isolement de ma palmeraie et du petit oasis , …qu’Internet rattache miraculeusement à des courants de pensées bien éloignés…. se résolve dans trop de présence et trop de soliloque !! )

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    1. Aucune inquiétude à avoir,
      je suis convaincue qu’il existe des trolls gentils, j’en connais un qui suscite l’envie de lui répondre et même d’être d’accord avec lui.
      Point de monologue, un échange , un dialogue à l’image des vagues et du vent, une musique, la pensée de Camus, ses mots lus et relus
      « Chaque cri que nous poussons se perd, s’envole dans des espaces sans limites. Mais ce cri, porté jour après jour par les vents, abordera enfin à l’un des bouts aplatis de la terre et retentira longuement contre les parois glacées, jusqu’à ce qu’un homme, quelque part, perdu dans sa coquille de neige, l’entende et, content, veuille sourire. »
      « Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit ! »
      « Que dit la vague ?… »

      A bientôt !
      Bon vent …(souriant)

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  2. Grandes illusions, motivations…motrices…:
    Nous ne tournerons pas la page…elle tournera d’elle même, recouvrant le signet !

    Et cette cristallisation sur la vague, alors que tout vient de la houle, cette force masquée qui prend ses origines imprécises loin des grèves et s’y transmet comme la foudre ….

    Heureuse comédie …si on arrive à convaincre un public…
    Ou retour sur le texte de la pièce, et découvrir la richesse de ce qu’il peut nous évoquer….même en représentation privée….acteur/spectateur !!

    Bon vent…celui qui fait la vague !!!

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    1. A l’image du bateau ivre…ballottée entre rêve et réalité…

      « − Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
      Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

      Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
      La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
      Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
      Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux… »

      Rimbaud

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