Livres

Passeur d’étoiles…

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Dans la région où j’habite ont fleuri comme des roses des panneaux de signalisation indiquant le trajet vers le nouveau parc ludique consacré au petit ange aux cheveux d’or ébloui par une étoile, de son amour pour une rose , son amitié pour un renard,  sans oublier le chasseur de papillons .
Vous l’avez reconnu  » Le Petit Prince  »

Impossible de ne pas penser aujourd’hui  à Saint Exupéry et à ses derniers mots
« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien« ,
écrits avant de s’envoler le 31 juillet 1944, pour ce qui sera sa dernière mission.
Son avion s’est englouti sous les eaux de la rade au large de Marseille.
 
Son œuvre raconte sa trajectoire, elle nous raconte que Saint Exupéry et le Petit Prince ne font qu’un,
il suffit de lire Citadelle, Pilote de Guerre, Terre des hommes, Courrier sud, Vol de nuit…

Il écrivait :
 » Je prends  possession du monde par les mots  » (Carnets)

   » Si je trouve une formule qui m’exprime, qui me rassemble, pour moi ce sera vrai. «  (Courrier Sud)
 » Qu’est-ce qu’écrire sinon corriger ? De corrections en corrections, je marche vers Dieu « (Citadelle)

Et puis l’enseignement du désert:

 » Le désert pour nous ? C’était ce qui naissait en nous. Ce que nous apprenions sur nous-mêmes…

Le Sahara, c’est en nous qu’il se montre. L’aborder ce n’est point visiter l’oasis, c’est faire notre religion d’une fontaine…
Ma condition. Perdu dans le désert et menacé, nu entre le sable et les étoiles, éloigné des pôles de ma vie par trop de silence. Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de la seule douceur de respirer. Et cependant je me découvris plein de songes. Ils me vinrent sans bruit, comme des eaux de source… « 
(Terre des hommes )
  « J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien.
Et cependant quelque chose rayonne en silence…
 « 

(Le Petit Prince)

Lui, qui s’est perdu dans les sables du désert, qui a créé  le Petit prince, qui lui a dessiné un mouton, qui a eu la passion des avions, qui a créé des outils de mesure, de contrôle, de repérage, les pilotes et leurs passagers endormis dans le confort des vols transatlantiques ne savent sans doute pas que, à sa manière, il veille sur eux…

« …Et s’il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous presser pas, attendez un peu juste sous l’étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste:
écrivez-moi vite qu’il est revenu… »

 

  « …Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien.
La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots.

Moi, j’étais fait pour être jardinier. « 

Lettre à Pierre Dalloz, 30 juillet 1944

dessin trouvé sur la toile, auteur ?

peinture...photographie...art...

Vertige de l’absolu…

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 Avec ses paysages siciliens,paysages mythiques,
où entre mer et ciel la terre rencontre le culte des dieux,

 Nicolas de Staël met la peinture au défi
d’exprimer
une sensation vertigineuse de plénitude.

Nicolas de Staël « Agrigente »1953
Kunsthaus Zurich
(une des 30 toiles de la série Agrigente)


Pour moi la Sicile, Agrigente  « La plus belle des villes mortelles » (Pindare) est souvenir de voyage.
Mon admiration est totale pour ce peintre de génie dont j’ai vu plusieurs expos,
mais aussi la découverte par hasard dans les années 80, dans une galerie parisienne,
d’un tout petit « De Staël » rectangulaire, une merveille.
Dans mon souvenir pour le dépeindre je dirais qu’il était de la même veine que « Ménerbes »1954

citations

Le désir de la mer…

 

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 Quand tu veux construire un bateau,
ne commence pas par rassembler du bois,
couper des planches et distribuer du travail,
mais réveille au sein des hommes
le désir de la mer grande et belle…

Antoine de Saint Exupéry, in « Citadelle »

 

Edward Hopper « Sailing » 1911
Carnegie Museum of art (USA)

réflexions

Les mots me viennent par vagues…

vague

Les phrases sont de la même étoffe que la mer, tissées par le même mouvement de navette qui trame le proche et le lointain, commençant, finissant toujours, sur la page pareille à la côte où le large reprise ses ourlets.
Les mots me viennent par vagues.
Ils voudraient dire des choses que je ne maîtrise pas. 
Ils tâtonnent ils palpent le vide et tout à coup s’enfièvrent pour une image qu’ils ont prise pour la vérité. Je m’y abandonne aux courants de lumière et de vent. A vrai dire j’y cherche tes lèvres.
C’est une déjà vieille habitude, cette fièvre lyrique qui titube et se cogne aux portes.
Là où personne ne vient répondre, je fabrique une voix d’amour destinée à mon propre cœur. 
Bouchoreille de la page blanche : ton oreille en forme de bouche…
Ces mots sont pour la soif…
Ainsi je peux y boire.L’eau du puits ou l’eau de la mer.La plus enfouie ou la plus vaste. 
Celle qui dort ou qui remue.Toutes les deux observent le ciel.
C’est ici la dernière cérémonie. Je lève mon verre face au grand large.
 A la santé des noces et la mémoire des deuils…
Ecrire est le seul rite. Le soin des adieux, des bonjours. 
Ce qui s’en va ressemble à ce qui vient. Nous ne pourrons rien retenir.
Il faudra bien tourner la page.

Jean Michel Maulpoix in, « L’instinct du ciel »

Il est des mots qui trouvent écho, des mots que j’aurais aimé écrire, des mots qui ne cessent par vagues de me rejoindre venus non pas pour se donner mais pour me contraindre à entendre quelle bizarre condition est la mienne, vouée aux rivages,lorgnant toujours vers le grand large.

rêves

Vertige…

 

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Vertige dans cet espace indéfinissable de l’entre-deux,
suspendre le temps à la note bleue.
Note ultime qui marque le commencement  dans le silence.
Puis apprivoiser le mouvement perpétuel de la vague venant mourir sur le sable,
entendre le souffle de la mer, le souffle d’une absence.
Se perdre à contempler le ciel, la mer, s’étourdir dans ce pays de nulle part
à observer la ligne d’horizon.
Se laisser porter dans un autre monde, celui d’une douce musique faite de rêves,de songes.
Vibrer sous la lumière, s’enivrer de bleu.
Être là où le désir m’emporte…

 

Photo: Tiago Ribeiro de Carvalho
réflexions

Les heures s’écoulent…

 

Temps
« Les heures sont longues, et la vie est brève. » 
Fénelon

Depuis ma chute accidentelle je trouve le temps long, les heures s’écoulent lentement, elles n’en finissent plus.
Ce n’est pas un sentiment d’ennui, j’aimerais juste pouvoir disposer de ce temps sans problème.
Paradoxe, avec ces moments où je ne trouvais pas le temps de faire tout ce que je croyais avoir à faire.
Le temps n’est pas une matière élastique que je peux étirer ou détendre.
Vous savez : Déjà dix heures ? Seulement dix heures ?
Jamais contente  Malcontenta .
Mais au bout du compte comme le dit si bien Fénelon, la vie est brève, (et je rajoute, le désir sans fin).
Je connais peu de personnes qui l’on trouvée trop longue, même parmi ceux qui ont souffert d’ennui.
Lente et brève, je vis comme beaucoup d’entre nous dans cette contradiction, un mystère.

Elle a passé très lentement, comme un éclair !

"Double je"

A bicyclette…

Velo

« Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette… »

Souvenirs… ce tour de France, qui passe pendant deux jours dans ma région, que dis-je à portée
de voix de la maison, à quelques pas du kilomètre 0 de l’étape de lundi.

Effervescence, routes barrées, circulation difficile (moins gênante pour moi ne pouvant pas 
encore conduire, (toujours ce fichu pied).

Souvenirs  d’enfance où à ma grande surprise je vis mon oncle entrer dans la salle de classe et demander l’autorisation de faire l’école buissonnière pour m’emmener dans les Vosges voir le tour.
 Spectacle magique pour la petite fille que j’étais et qui j’avoue ne comprenais pas grand-chose 
à ce monde d’adulte qui se passionnait pour ces coureurs qui pédalaient sur leurs machines.

Souvenir de ville étape, des cadeaux publicitaires, des marchands ambulants qui vendaient (presque)
au kilo des magazines de tous ordres. 
Souvenir du petit journal édité chaque jour que j’allais acheter pour mon père et des vendeurs qui criaient à tue- tête « demandez les nouvelles du tour ».
A l’époque pas de télé mais l’attente fébrile des résultats dans ce petit journal.
Sur toutes les routes de passage de ce tour de France combien sommes-nous à nous remémorer des souvenirs fabuleux de notre enfance ?
Et des:
« Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette… »