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L’entre-temps…

L'entre temps

Comment parler d’un livre quand tout ou presque a été dévoilé sur la quatrième page de couverture.
Avant tout le titre m’a interpellé « l’Entre-temps » ce passage de l’enfance avec ses rêves à celui d’adulte avec ses vérités et ses faux semblants, cette quête de toute une vie pour découvrir la vérité sur ce que l’on est, ce qui a fait ce que nous sommes.

Histoire difficile à narrer que celle d’un homme, ici le petit Alex devenu plus vieux que ne l’a jamais été son père, comment parler de cette relation père- fils admirablement décrite avec les mots de René Guitton, où l’on se perd à savoir quelle est la part autobiographique de l’auteur tant l’écriture est belle, juste, bouleversante.
Je me suis laissé guider, j’ai fait le même voyage au Maroc dans les pas d’Alex, dans ses souvenirs riches en couleurs, en émotions, comme lui je voulais aller dans les traces du père de Foucauld, comme lui j’ai été meurtri en apprenant ce que des hommes peuvent infliger aux autres sous le consentement de leur chef, la guerre ne se résume pas en bien ou en mal.
Comme lui j’ai aimé la contemplation du rayon vert au coucher du soleil devant l’océan.
Pendant ma lecture je me suis nourri de ce foisonnement de cultures différentes, de Rose sa mère italienne, de Yemma la juive, de Mina la musulmane, sans oublier la tante d’Amérique et les cousins d’Afrique (j’ai aimé les ratures dans son cahier ne sachant pas comment dépeindre ses « cousins exotiques »  à la peau noire).
Beau pèlerinage que cet hommage rendu à ce père adoré trop tôt disparu avec en toile de fond l’Histoire et ses bouleversements de la fin de la seconde guerre mondiale à la fin du protectorat français.
Quête ultime ramener la dépouille de son père pour être fidèle au souhait de sa mère.

Je termine avec les mots de René Guitton dans la bouche d’Alex.
  « J’ai longtemps douté de mon courage et j’ai remis plusieurs fois le voyage. La peur de revenir sur les lieux de ma catastrophe. La peur de me retrouver face à toi, face à moi aussi, tout enfant ici. J’ai trop souvent vécu la scène ultime, celle où je fus le premier à jeter sur toi une rose. Rose, au fait ! En quoi aurait-elle besoin de toi, à ses côtés, aujourd’hui, alors qu’elle n’est plus ? A moins que tu ne m’aies appelé ? Oui ! Voilà l’évidence ! Tu m’as appelé !Un appel sourd, grave, profond comme une lame qui roule sous l’eau et enfle dangereusement s’ans s’annoncer, durant des décennies, qui devient immense soudain, renverse la mer et dévaste tout…

Derrière le véhicule, je marche. Je te suis sur la voie que tu as tracée, et ne reviendrai plus jamais ici. L’ultime promenade s’étire et m’éclaire peu à peu, geste de survie d’un promeneur solitaire.
Je t’emmène pour me sauver. »

Cet « Entre-temps » laisse de belles traces d’écriture et d’humanisme dans la mémoire.

L’Entre-temps, René Guitton
Editions Calmann-Lévy