Albert Camus

En mémoire…

Un rêve qui se réalise,
un joujou pour adulte que l’on s’offre,

un jour de brume l’avion se crache,
la dure réalité prend le relai du rêve.
Emotion et tristesse.
Adieu !

« Si je refuse obstinément tous les « plus tard » du monde, c’est qu’il s’agit aussi bien de ne pas renoncer à ma richesse présente. Il ne me plaît pas de croire que la mort ouvre sur une autre vie.
Elle est pour moi une porte fermée. »

Albert Camus, Noces

Musique

Pourquoi Vous…

 

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René Magritte « Les amants »

 
J’ignore si ce que j’aime en vous, c’est vous
Mes idées deviennent floues, je suis à bout
Pourquoi vous ?

Et ce vertige qui me prend tout à coup
Il me viendrait d’où ?
De moi ou de vous ?

Je me sens vraiment en dessous de tout
Je ne tiens plus bien debout,
Sans doute un coup de grisou.

Inutile de me mettre en joue, j’avoue,
Comme un arrière goût d’amour fou,
Tabou…

N’essayez pas de m’arracher
La moindre bribe du moindre regret
Lever le voile pourrait gâcher
Tout ce qui nous lie de loin ou de prés

Je ne viendrais jamais à bout du flou
Qui brouille mes vues sur vous,
Mais si j’échoue,
On s’en fout

Se peut-il qu’il y ait l’un de nous qui joue
A tendre l’autre joue ?
Si c’est vous,
J’absous.

Vous resterez au grand jamais
Le plus brûlant de tous mes secrets
Nous resterons au grand jamais
Loin l’un de l’autre et pourtant tellement près

Françoise Hardy, Pourquoi vous ? par Telerama_BA

J’ai hésité pour la photo !
Voici un autre de mes choix…

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poésie

La nuit n’est jamais complète…

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La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours, puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin
Une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler, faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue, une main ouverte
Des yeux attentifs

Une Vie, la vie à se partager.

Paul  Eluard

Je n’ai pas perdu la bonne habitude de lire au moins un poème par jour,
aujourd’hui je rends hommage à  Paul Eluard qui est parti le 18 novembre 1952.
Musique

Mélodie du silence…

 

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A l’image du dernier tableau inachevé de Nicolas de Staël  Le grand concert  aux couleurs diluées comme un présage de la mélodie du silence, les notes de musique s’égrènent, magiques, tragiques, comme peuvent être les mots certains jours, elles envahissent l’espace, dérive fascinante dans une envolée hors du temps. 
La musique est cette combinaison de sons pressés les uns contre les autres tout au bord de la route pour regarder ensemble passer ce qui nous précéda.
Elle est  parfois ombreuse et bleue, belle et grave comme une allée de cyprès, parfois légère et solaire comme un chemin de sable.Cette allée de sons n’est là que pour justifier le silence, cette note ultime hante l’espace indéfinissable de l’entre-deux.
La musique langue universelle au-delà du possible n’a d’autre sujet que le corps traversé par ses désirs et ses pulsions.Elle seule peut parler de la mort, la musique seule peut parler de la vie.

paul Valéry

Je gagne et perds, je perds et gagne…

Eau

Comme au bord de la mer 
Sur le front de séparation,
Sur la frontière pendulaire 
Le temps donne et retire , 
Assène, étale, 
Vomit, ravale, 
Livre regrette, 
Touche, tombe, baise et gémit 
Et rentre à la masse, 
Rentre à la mère, 
Eternellement se ravise !
Sur le front battu de la mer 
Je m’abîme dans l’intervalle de deux lames… 
Ce temps à regret 
Fini, infini… 
Qu’enferme ce temps ? 
Quoi se resserre, quoi se rengorge ? 
Que mesure, et refuse, et me reprend ce temps ? 
Imposante impuissance de franchir, O Vague !
La suite même de ton acte est se reprendre, 
Redescendre pour ne point rompre 
L’intégrité du corps de l’eau !
Demeurer mer et ne point perdre 
La puissance du mouvement !
Il faut redescendre 
Grinçante, à regret,
Se réduire et se recueillir, 
Se confondre au nombre immuable, 
Comme l’idée au corps retourne, 
Comme retombe la pensée 
Du point ou sa cause secrète 
L’ayant osée et élevée, 
Elle ne peut toujours qu’elle ne s’en revienne 
A la présence pure et simple,
A toutes choses moins elle-même,
Quoi que ce soit non elle-même, 
Elle-même jamais longtemps, 
Jamais le temps 
Ni d’en finir avec toutes choses, 
Ni de commencer d’autres temps… 
Ce sera toujours pour une autre fois !
Une infinité de fois!
Un désordre de fois !

 

Entends indéfiniment, écoute 
Le chant de l’attente et le choc du temps, 
Le bercement constant du compte, 
L’identité, la quantité, 
Et la voix d’ombre vaine et forte, 
La voix massive de la mer
Se redire : Je gagne et perds, 
Je perds et gagne… 
Oh !Jeter un temps hors du temps !

 

Plus que seul au bord de la mer, 
je me livre comme une vague 
A la transmutation monotone 
De l’eau en eau
Et de moi en moi

 

Paul Valéry 
« Comme au bord de la mer »
Tel quel,Autres Rhumbs

Albert Camus

Esquisse pour un anniversaire…

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En ce jour anniversaire de la naissance de Camus je vais le célébrer à ma manière avec des extraits (en italique) de mes lectures de cet immense écrivain,penseur engagé en rupture avec son époque, en privilégiant l’Homme.
L’ombre d’un homme qui marche au soleil ,entre deux rives, Albert Camus figé dans une éternité noire et blanche.

 Il y a l’écrivain tourmenté qui conjuguait  amour et désespoir de vivre, qui écrivait 
il y a en moi un vide affreux, une indifférence qui me fait mal …
que je n’étais rien dans rien de ce que j’ai dit ni écrit ?… un personnage n’est jamais le romancier qui l’a créé mais qu’il y a des chances cependant pour qu’il soit tous ses personnages à la fois ?…

Homme solaire, lumière célébrée en de sublimes Noces, sa terre mère  » habitée par les dieux » communion charnelle avec la nature, le soleil, la mer, la lumière, la beauté des plages, homme révolté qui marchait au soleil  » dans la merveilleuse paix d’un été endormi« 

Il y a l’homme qui aima les femmes, cette femme aimée, celle dont on étreint le corps pour
  » retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel et de la mer « 
D’abord la mère, la première femme désespérément aimée… tout homme est le premier homme, c’est pourquoi il se jette aux pieds de sa mère…  et sa mère telle qu’elle était demeurait ce qu’il aimait le plus au monde, même s’il l’aimait désespérément  lui le fils, l’écrivain reconnu, célébré, qui se dit 
 » incapable de trouver à travers des milliers de mots ce qu’elle pouvait dire à travers un seul de ses silences « 

Et puis il y a les autres, les femmes, celles des premiers émois, celles des rencontres sans lendemain, celles qu’on admire, celles qu’on épouse, celles que l’on regrette et toutes les autres, les passantes,
« les ravageuses« .

Camus est méditerranéen, il aime  les filles aux jambes fraîches,… les seins libres dans des robes légères… l’eau profonde et claire, le fort soleil, les filles, la vie du corps…, les trésors de l’homme… sont  la tiédeur de l’eau et les corps bruns des femmes …, comment le croire quand il écrit dans ses  Carnets,  renoncer à cette servitude qu’est l’attirance féminine… il prononcera aussi ce jugement assez caustique,  elles nous inspirent le désir de faire des chefs-d’œuvre mais nous empêchent toujours d’en venir à bout.

Il a besoin de se savoir aimer, il a du charme, il a besoin de plaire.

Dans le mythe de Sisyphe il écrit : mais savoir si l’on peut vivre avec ses passions, savoir si l’on peut accepter leur loi profonde qui est de brûler le cœur dans le même temps qu’elles exaltent, voilà toute la question…

Il alla de l’une à l’autre, comment s’étonner de lire dans  La chute  cet aveu dans la bouche de Clamence  » Quand tout marchait bien et qu’on me laissait en même temps que la paix la liberté d’aller et de revenir, jamais plus gentil et gai avec l’une que lorsque je venais de quitter l’autre… « et dans  L’homme révolté, la possession totale d’un être, la communion absolue dans le temps entier de la vie est une impossible exigence. Aimer alors, c’est stériliser l’aimé »  ou encore dans La chute, certains mariages qui sont des débauches bureaucratisées, deviennent en même temps les monotones corbillards de l’audace et de l’invention. Le mariage bourgeois a mis notre pays en pantoufles, et bientôt aux portes de la mort .

Pour Camus le mariage est une prison, souvenez- vous de Meursault dans l’Etranger ou Marie demande s’il veut se marier avec elle, la réponse de Meursault est sans appel,  j’ai dit que cela m’était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait…  et il ajoute ,  je lui ai expliqué que cela n’avait aucune importance […] elle a observé alors que le mariage était un chose grave. J’ai répondu non.

Il y a encore tant d’exemples dans La peste, La chute, Jonas , L’exil et le Royaume, les Noces, L’homme révolté, et pourtant encore une fois dans La chute il fait dire à Clamence , J’avais du mal à imaginer, malgré l’évidence, qu’une femme qui avait été à moi pût jamais appartenir à un autre.

Toute sa vie Camus ne cessera  de mener un combat exténuant contre  » la part obscure, ce qu’il y a d’aveugle et d’instinctif en (lui).
« « On parle de la douleur de vivre. Mais ce n’est pas vrai, c’est la douleur de ne pas vivre qu’il faut dire. »

Je lis,relis souvent Camus, ce blog en témoigne, il est pour moi un confident, un ami, qui par ses mots m’apporte dans les moments troubles de l’existence, cette force, ce souffle.
« Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre »

Alors:

 « …certains soirs,sur la mer, au pied des montagnes, la nuit tombe sur la courbe parfaite d’une petite baie et, des eaux silencieuses, monte alors une plénitude angoissée. On peut comprendre en ces lieux que si les Grecs ont touché au désespoir, c’est toujours à travers la beauté…« (L’Exil d’Hélène)

 

 Je sais c’est un peu long, mais il y aurait tant de choses encore à écrire sur cet homme et son oeuvre, sur la belle amitié entre deux hommes d’exception, Camus et Char, sur sa reconnaissance à Louis Germain à qui il dédia son discours de prix Nobel, et Jean Grenier son maître qui dit de lui dans son livre consacré à son ancien élève et ami: 

« Mais quand on croit avoir beaucoup dit sur lui,on s’aperçoit qu’on n’a pu le décrire et le définir que du dehors, par ce qu’il manifestait. Or il était habité d’une grande  solitude… » 

Livres

L’entre-temps…

L'entre temps

Comment parler d’un livre quand tout ou presque a été dévoilé sur la quatrième page de couverture.
Avant tout le titre m’a interpellé « l’Entre-temps » ce passage de l’enfance avec ses rêves à celui d’adulte avec ses vérités et ses faux semblants, cette quête de toute une vie pour découvrir la vérité sur ce que l’on est, ce qui a fait ce que nous sommes.

Histoire difficile à narrer que celle d’un homme, ici le petit Alex devenu plus vieux que ne l’a jamais été son père, comment parler de cette relation père- fils admirablement décrite avec les mots de René Guitton, où l’on se perd à savoir quelle est la part autobiographique de l’auteur tant l’écriture est belle, juste, bouleversante.
Je me suis laissé guider, j’ai fait le même voyage au Maroc dans les pas d’Alex, dans ses souvenirs riches en couleurs, en émotions, comme lui je voulais aller dans les traces du père de Foucauld, comme lui j’ai été meurtri en apprenant ce que des hommes peuvent infliger aux autres sous le consentement de leur chef, la guerre ne se résume pas en bien ou en mal.
Comme lui j’ai aimé la contemplation du rayon vert au coucher du soleil devant l’océan.
Pendant ma lecture je me suis nourri de ce foisonnement de cultures différentes, de Rose sa mère italienne, de Yemma la juive, de Mina la musulmane, sans oublier la tante d’Amérique et les cousins d’Afrique (j’ai aimé les ratures dans son cahier ne sachant pas comment dépeindre ses « cousins exotiques »  à la peau noire).
Beau pèlerinage que cet hommage rendu à ce père adoré trop tôt disparu avec en toile de fond l’Histoire et ses bouleversements de la fin de la seconde guerre mondiale à la fin du protectorat français.
Quête ultime ramener la dépouille de son père pour être fidèle au souhait de sa mère.

Je termine avec les mots de René Guitton dans la bouche d’Alex.
  « J’ai longtemps douté de mon courage et j’ai remis plusieurs fois le voyage. La peur de revenir sur les lieux de ma catastrophe. La peur de me retrouver face à toi, face à moi aussi, tout enfant ici. J’ai trop souvent vécu la scène ultime, celle où je fus le premier à jeter sur toi une rose. Rose, au fait ! En quoi aurait-elle besoin de toi, à ses côtés, aujourd’hui, alors qu’elle n’est plus ? A moins que tu ne m’aies appelé ? Oui ! Voilà l’évidence ! Tu m’as appelé !Un appel sourd, grave, profond comme une lame qui roule sous l’eau et enfle dangereusement s’ans s’annoncer, durant des décennies, qui devient immense soudain, renverse la mer et dévaste tout…

Derrière le véhicule, je marche. Je te suis sur la voie que tu as tracée, et ne reviendrai plus jamais ici. L’ultime promenade s’étire et m’éclaire peu à peu, geste de survie d’un promeneur solitaire.
Je t’emmène pour me sauver. »

Cet « Entre-temps » laisse de belles traces d’écriture et d’humanisme dans la mémoire.

L’Entre-temps, René Guitton
Editions Calmann-Lévy

 

Musique

Préludes…



Bruno
« La musique témoigne du fait
que l’essentiel 
en toutes choses est je ne sais quoi d’insaisissable et d’ineffable.  »

Vladimir Jankélévitch

 

Hier, la maison vibrait sous les notes des préludes de Bach et de Debussy interprétés au piano par notre ami Bruno. Ses mains couraient sur les touches exprimant toute la gamme des sentiments, notes éparses qui se faufilaient entre les pages de ma vie. 
Comme le souvenir de ce premier concert où toute petite j’avais l’impression que le pianiste jouait pour moi. Je regardais ses mains, j’étais sur un nuage, dans un autre monde.
Hier, il s’est produit la même chose, je sentais la vibration des étoiles, du vent, 
le  » presque rien  » de l’odeur de la pluie, la pulsation de la vie, la dimension sacrée de la musique. L’envolée de ces grandes phrases musicales m’a donné des ailes.

La date du concert est fixée, je vous en avais parlé dans un de mes commentaires.
Le récital aura lieu dans notre salon pour une quarantaine de personnes le 12 janvier à 17 heures.
Belle manière de débuter l’année nouvelle.
A cette idée, j’ai l’impression de réaliser un vieux rêve, mais je suis dans le présent et j’aime ça !
Quelques notes de musique, révélation d’une émotion, instant d’éternité.