"Double je", Albert Camus

Rencontres…

Désert vent

J’ai fait une de ces rencontres avec un pays et un auteur.
Tout commence sur le quai d’une gare, un au revoir avec mon premier amour qui
s’avérera être 
un adieu définitif, destination vers un pays en guerre l’Algérie.
Je n’eus de cesse de connaître ce pays qui faisait partie inconsciemment de ma vie,
qui m’avait pris 
celui qu’on n’oublie pas car idéalisé.
Vingt ans plus tard je mis mon rêve à exécution, je partis vers ce pays qui me fascinait. 
J’avais tout lu sur la guerre d’Algérie, des chroniques, des romans, j’avais lu l’Etranger,
Noces et l’Eté de Camus, qui sont devenus des livres de chevet.
Quelque chose m’attirait vers ce pays, je voulais voir les endroits où mes lectures m’avaient transportée, j’avais un besoin viscéral de voir Tipasa. 

J’ai vu Tipasa au printemps, une émotion devant ce paysage sublime, des ruines romaines magnifiques. Ces pierres, la mer, le vent,  » ce grand libertinage de la nature et de la mer  » le mont Chenoua aux courbes douces, les odeurs de romarin en fleurs, le chant des insectes. 

 » Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses  »
Je suis allée à Djémila, c’est vrai que le vent souffle sur le plateau.

« Dans cette grande confusion du vent et du soleil qui mêle aux ruines la lumière, quelque chose se forge qui donne à l’homme la mesure de son identité avec la solitude et le silence de la ville morte  »
Je suis allée à Laghouat lieu de tournage du film  » Chronique des années de braise « , 

j’ai visité Gardhaia, la vallée du M’Zab et ses villages fortifiés datant du Xème siècle qui semblent être restés intacts, Le Corbusier s’inspira de l’une des mosquées d’El Atteuf pour la très belle église de Ronchamp.
Et puis ce fut l’éblouissement du désert algérien, mais cela est une autre histoire.
« Quand une fois on a eu la chance d’aimer fortement, le vie se passe à chercher de nouveau cette ardeur et cette lumière. Le renoncement à la beauté et au bonheur sensuel qui lui est attaché, le service exclusif du malheur, demande une grandeur qui me manque. Mais après tout, rien n’est vrai qui cherche à exclure. « 

Voilà, en voyant ces mots sur l’image du billet vous pouvez comprendre tout ce qu’ils m’évoquent.
Barthes  écrivait dans ses  » Fragments d’un  discours amoureux « 
 » Le langage est une peau , je frotte mon langage contre l’autre, mon langage tremble de désir… «