paul Valéry

« La mer toujours recommencée… »

« La mer toujours recommencée… »

 

Cap frehel601269_539966099361111_879755890_n

Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme…O puissance salée !

Courons à l’onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de delires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!
Paul Valéry
« Le cimetière marin » (extrait)
Poésie/Gallimard

Toile Philippe Charpentier
Le Cap Frehel 2013 

Expo en cours…
(à défaut de pouvoir aller voir l’expo à Paris, je me suis offert le catalogue,
et j’ai une aquarelle de l’artiste accrochée dans mon bureau)
 Expo1098305_630806463610407_917469327_n

"Double je"

Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul…

 

Lire

« Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul.
Nous sommes des personnages de roman
qui ne comprennent pas toujours bien
ce que veut l’auteur. »

Julien Green, Journal

Alors j’écris,

en laissant envahir la page d’une encre qui vient de l’âme,
une lente mélopée mouillée d’un murmure presque inaudible.
J’écris l’ombre et la lumière, l’eau et le feu, la faim et la soif.
J’écris les miettes inquiètes de ma tendresse,
l’émotion de l’imprévu.
J’écris à l’eau de mes pleurs, au vent de mes sourires,
aux feux de mes peurs, aux nuits de mes désirs
J’écris les cents détours des jours, le cri des étoiles,
le soleil d’un frémissement,le scintillement d’un rêve
échappé au chaos de la nuit.

Mais j’aimerais,

écrire un poème sans structure, sans rimes, 
sans autre histoire que le plaisir de s’y abandonner.
Ecrire des bribes, des lambeaux de brume
Ecrire un poème comme un conte extasié,
un rayon de soleil, une étoile au firmament.
Ecrire le souffle de la liberté, du plaisir.
Ecrire la douce nostalgie
qui ouvre une fenêtre sur l’avenir.
Ecrire les mots qui libèrent,
les mots qui ne m’appartiendraient pas,
qui m’échapperaient,
qui se débarrasseraient de moi.

poésie

Rose d’automne…

Rose jardin 2

Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t’arrive, nous l’ignorons.
Il faudrait être cent papillons 
pour lire toutes tes pages.

Il y en a d’entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j’aime les roses épistolaires.

Les roses  XVIII
Rainer Maria Rilke 

poésie

Encore combien de fois…

Tiago6a00d83451c3b369e2015392f10650970b-800wi

Encore combien de fois faudra-t-il dire
Ce qu’on a dit et redit maintes fois ?
Combien de fois encore rêver d’un langage
Non asservi aux mots comme en ces jours
Où tout tremblant d’un timide désir
On n’avait soif que d’étreintes silencieuses
Qui comblent mieux que les plus graves échanges ?
Faut-il que soit sans cesse à recommencer
Ce qu’on cherche et n’arrive jamais à saisir ?
Peut-être y renoncer serait plus sage
Mais raison et folie luttent à forces égales
Sans qu’aucune des deux ne l’emporte sur l’autre.
L’esprit aspire-t-il si peu au repos
Qu’il fasse de ce combat stérile un jeu
Dont chaque partie ne se gagne qu’en perdant ?
Quel mouvement l’agite et quel autre l’arrête
Au moment où il s’apprête à bondir ?
Serait-ce au-delà d’interminables ambages
Toucher le port son unique obsession
Il y a encore trop de brume qui l’aveugle
Rien pour le guider que des signes dans le vide
Porteurs de messages toujours en souffrance
S’ils dérivent sans atteindre leur destinataire
Comme lancés chaque fois d’une main hésitante
Est-ce à dire qu’ils ne demandent pas de réponse ?
Trouver la formule pour sortir de l’impasse
Et au plus vite, le salut est à ce prix
Mais autant attendre de la nuit qu’elle éclaire
La voie étroite par où aborder au port.

Louis-René Des Forêts
Poèmes de Samuel Wood ,
Les mégères de la mer, Poésie/Gallimard

 

photo Tiago  Ribeiro de Carvalho

Livres

Le dimanche soir…

Bain chris everard
« Le dimanche soir! 
On ne met pas la table, on ne fait pas un vrai dîner. Chacun va tour à tour piocher au hasard de la cuisine un casse-croûte encore endimanché – très bon le poulet froid dans un sandwich à la moutarde, très bon le petit verre de bordeaux bu sur le pouce, pour finir la bouteille. Les amis sont partis sur le coup de six heures.Il reste une longue lisière. On fait couler un bain. Un vrai bain de dimanche soir, avec beaucoup de mousse bleue, beaucoup de temps pour se laisser flotter entre deux riens ouatés, brumeux.  Le miroir de la salle de bains devient opaque, et les pensées se ramollissent. 
Surtout ne pas penser à la semaine qui s’achève, encore moins à celle qui va commencer.
Se laisser fasciner par ces petites vagues au bout des doigts fripés par la mouillure chaude. 
Et puis, quand tout est vide, s’extirper enfin.
Prendre un bouquin? Oui, tout à l’heure. À présent, une émission télévisée fera l’affaire. 
La plus idiote conviendra. Ah – regarder pour regarder, sans alibi, sans désir, sans excuse! 
C’est comme l’eau du bain: une hébétude qui vous engourdit d’un bien-être palpable. On se croit tout confortable jusqu’à la nuit, en pantoufles dans sa tête.
Et c’est là qu’elle vient, la petite mélancolie. Le téléviseur peu à peu devient insupportable, et on l’éteint. On se retrouve ailleurs, parfois jusqu’à l’enfance, avec de vagues souvenirs de promenades 
à pas comptés, sur fond d’inquiétudes scolaires et d’amours inventées. On se sent traversé. 
C’est fort comme une pluie d’été, ce petit vague à l’âme qui s’invite, ce petit mal et bien qui revient, familier –  c’est le dimanche soir.
Tous les dimanches soir sont là, dans cette fausse bulle où rien n’est arrêté. Dans l’eau du bain les photos se révèlent. » 

Philippe Delerm in, « La première gorgée de bière, et autres petits plaisirs minuscules »

 Etranges dimanches soir, suspendus dans l’espace temps, entre la douceur d’une journée passée à la maison que l’on a embaumée d’une douce odeur de gâteau, et l’idée du lendemain et son cycle du quotidien.

J’aurais aimé prendre un bain de mousse bleue hier soir…
Dommage !

 
crédit photo Chris Everard 

Albert Camus

Bruit d’ailes…


Mouettes2brouillard

Les grandes idées, on l’a dit, viennent dans le monde sur des pattes de colombe.
Peut-être alors, si nous prêtions l’oreille, entendrions-nous, au milieu du vacarme des empires et des nations, comme un faible bruit d’ailes, le doux remue-ménage de la vie et de l’espoir. Les uns diront que cet espoir est porté par un peuple, d’autres par un homme.
Je crois qu’il est au contraire suscité, ranimé, entretenu, par des millions de solitaires
dont les actions et les œuvres, chaque jour, nient les frontières et les plus grossières
apparences de l’histoire, pour faire resplendir fugitivement la vérité toujours menacée que chacun, sur ses souffrances et sur ses joies, élève pour tous.

Albert Camus,extrait du  Discours de Suède

photo Albane de Roffignac

Ecrire

Entre les lignes…

 

Brel

La couverture est douce et satinée, les pages encore vierges, pourtant au moment
de confier au cahier neuf mes pensées,la main hésite.
Ce n’est pas la peur des fautes ou des ratures qui, dans l’enfance accompagnait
le mystère d’un savoir qui s’y incarnait, mais une émotion  plus ancienne.
Les lignes, fines, comme des cheveux qui ombrent les pages blanches, semblent avoir
retenu dans leurs mailles des rêves et des désirs qui, bien qu’invisibles, n’attendent
que la caresse de la plume pour se révéler.
Et s’il m’arrive de croire que le cahier m’offre la possibilité d’une nouvelle existence,
c’est parce que je pressens le pouvoir des mots.
Il suffit en effet d’un seul tracé à même la page, pour que s’offre à moi la présence émue 
d’un nouveau destin.

Moleskine

Mon nouveau carnet de moleskine rouge encore vierge,
( l’ancien n’a plus de place pour de nouveaux mots,) m’a fait penser à ce billet,
l’un de mes tous premiers « Le cahier neuf » .
Il y a toujours cette même hésitation, cette émotion à y mettre les premiers mots.
Nouvelle existence, nouveau destin, le carnet me le dira quand comme le précédent
il sera plein et que les mots me révèleront ce que je n’avais pas perçu au moment de les écrire.

Rédigé à 18:34 dans écrire | Lien permanent | Commentaires (0)