Albert Camus

*Mais là où rien n’est possible, la beauté l’est encore…

*Mais là où rien n’est possible,la beauté l’est encore….

Désert1
[…]Le désert est une terre de beauté, inutile et irremplacable. Les seuls moissons dont il se couvre sont de fleurs et non qu’un jour ou deux pour germer, gonfler et disparaître[…]
[…]Mais à vivre dans le désert, on apprend à recevoir du même cœur le dénuement et la profusion. L’éternité du monde est fugitive, la fleur d’un seul jour justifie à certains instants toute l’histoire des hommes. C’est là ce qu’enseigne le désert et, dès lors, on peut attendre l’aube où tout est réconcilié,
la pluie soudaine et brève où, selon Valery , l’on se jette à genoux.
On attend, aussi longtemps qu’il le faut, et un jour le rendez-vous est pris, l’aube et la pluie sont là.
Il est bien vrai que, malgré leur violence, orages et torrents passent sur le désert comme l’ombre d’un nuage à la surface des grands océans. Sur l’immensité desséchée, ils laissent seulement une rosée rapide et insuffisante. Et cependant, à certaines saisons du moins, cette rosée suffit pour qu’ une nuit sables et pierres disparaissent sous les fleurs. L’eau mouille fugitivement l’écorce de la steppe jaune et le lendemain une mer éclatante y roule ses courtes crinières fleuries.[…]

*Albert Camus in, Désert vivant, Pluies et floraisons
(ouvrage collectif sur la faune et la flore du désert
Éditions photographiques Disney, France 1954).

 

photo empruntée sur la toile auteur ?

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Rue de Rivoli… suite

Rue de Rivoli…suite

Voici ma version ,fiction, rêve éveillé, réalité, jeu d’écriture, allez savoir !!!

Rue de rivoli
« Vous viendriez ? »

Elle ne savait que répondre à cette question, elle aimait correspondre avec cet homme, il trouvait les mots, les auteurs qu’elle aimait lire, elle était sous le charme des mots…
Cela faisait longtemps qu’elle n’avait éprouvé une telle envie de communiquer, de dialoguer.
Oh bien sûr, elle ne se livrait pas, enfin elle ne savait pas qu’elle donnait tant d’elle-même.

-« J’ai besoin de savoir ! »
Elle aussi avait besoin de savoir, mais tout allait si vite, elle avait besoin de plus de temps, elle aimait approfondir, se laisser apprivoiser, apprivoiser à son tour, et pourtant elle n’hésita pas.

Elle aimait l’endroit du rendez-vous qu’elle connaissait parfaitement, l’hôtel où elle descendait quand elle montait à Paris se situait rue de Valois à deux pas de la Pyramide, de sa chambre elle voyait scintiller la tour Eiffel et au loin apercevait le Sacré-Cœur.

Paris était sa ville de cœur, la ville de son premier amour, celui que l’on n’oublie pas.

Elle était un peu en avance, elle avait peur, elle ne savait pas encore si elle allait franchir le pas, elle avait trop peur d’elle –même, de se lancer dans une histoire qui pourrait bouleverser sa vie.

Elle sut d’emblée que c’était lui, cet homme qui souriait, un peu gauche avec sa serviette à la main pour se donner une contenance. Elle se l’était imaginé, grand, mince, les cheveux grisonnants avec dans son regard un je ne sais quelque chose qui lui plut.

Ils étaient noyés tous deux dans la foule mais pour elle, lui seul existait.

Elle savait en le voyant que toute histoire qui commence porte en elle déjà sa fin, elle prit peur, elle le regardait, avait une envie folle d’aller vers lui, lui dire c’est moi, se jeter dans ses bras Elle allait traverser la rue de Rivoli quand dans un dernier sursaut de lucidité elle sut qu’il ne fallait pas, elle ne voulait pas souffrir.
Ils se sont croisés, elle sentit son parfum, elle le frôla…
De retour dans sa chambre d’hôtel elle pleura, elle lui adressa un message lui disant qu’elle n’avait pu se libérer, qu’elle regrettait…

Dans ses rêves, qui immanquablement la conduisirent au même endroit, elle imagina leur rencontre quelque temps plus tard. Elle ne s’était sentie depuis longtemps si fébrile. Doucement ils se sont apprivoisés, prirent confiance en eux, la magie du premier rendez-vous opérait, avec elle promesses d’émotions, de pleins et de manques…

Comme dans la chanson de Brel :
Elle vivra de projets, qui ne feront qu’attendre, la revoilà fragile..
.

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Rue de Rivoli…

Rue de Rivoli…

Rue de rivoli

– « Vous viendriez ? »
Elle n’était plus dans la sérénité ; ses phrases courtes le trahissaient !
– « Est-ce vraiment nécessaire ? »
Les mails s’échangeaient, plus rapides que des battements d’aile
-« J’ai besoin de savoir ! »
– L’endroit du rendez-vous lui était venu spontanément, éclatement d’une bulle de mémoire,
une vieille photo qu’il aimait- …
– « Là ? A cette heure ? Je vous reconnaîtrais ? »
– « Vous ne m’imaginez donc pas assez ? »
– « Je ne veux pas qu’on se perde ! J’aurai un portable ! »
– « C’est contre notre règle du jeu ! »
-« Au cas où ! … ce ne sera pas le mien …, je connais un numéro…, je l’emprunterai… »
– Il mémorisa les 10 chiffres, mot certifié sans homonyme,  cette invention humaine,  nouvelle déclinaison du chapelet….  Pour de nouvelles prières !!!
Mais maintenant il marchait ,  fébrilement , conscient de l’inéluctable, sa serviette á la main, avec cet air somptueusement préoccupé , emprunté d’un ministre se précipitant  un mercredi au Perron, avec 6 kilos de dossiers sous le bras !
« Manquent les flashs !! » se prit il à  sourire !
Feu !!! Vise le cœur soldat !..
Soulagement, dit on, du fugitif cerné qui sait qu’il n’aura plus à se masquer !…
Il vit distinctement cette jeune femme, ouvrant fébrilement son sac,…
Angoisse d’un appel manqué ?  Pire ?
« Appelant inconnu » !  Sans recours aucun !
« Ils sont plus de 2000 … !!! : Brel !  prophétique !…. »
Belle, jeune, splendidement belle et  pure !
Et cette tragique, cette évidente promesse de larmes…
Et déjà le cœur qui saigne, qui rue, chamade désespérée
Alors qu’il la croise et s’engouffre vers la Rue de Rivoli !
Alors qu’au fond de la poche sa main moite se détend,
et relâche le bouton d’appel du portable….
Pour changer,
exercice d’écriture d’un ami, retrouvé dans ma boîte à malices !
Non classé

« A la mer !… »

 » A la mer !… »

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[…]Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit ! Elle nous lave et nous rassasie dans ses sillons stériles, elle nous libère et nous tient debout. À chaque vague, une promesse, toujours la même. Que dit la vague ? Si je devais mourir, entouré de montagnes froides, ignoré du monde, renié par les miens, à bout de forces enfin, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soutenir au-dessus de moi-même et m’aider à mourir sans haine.

À minuit, seul sur le rivage. Attendre encore, et je partirai. Le ciel lui-même est en panne, avec toutes ses étoiles, comme ces paquebots couverts de feux qui, à cette heure même, dans le monde entier, illuminent les eaux sombres des ports. L’espace et le silence pèsent d’un seul poids sur le cœur. Un brusque amour, une grande œuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, à certains moments donnent la même intolérable anxiété, doublée d’un attrait irrésistible. Délicieuse angoisse d’être, proximité exquise d’un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte ? À nouveau, sans répit, courons à notre perte.J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal!

Albert Camus in, « L’Eté »,
La mer au plus près.Folio 16 pages 182/183

photo @ Tiago Ribeiro de Carvalho

Livres

Eloge du transat…

Eloge du transat…

06 06 2013 007

Mon transat …
Fier symbole d’une existence où la lenteur le dispute à la réflexion, où la paresse se fait éveillée et l’ennui fécond.
Chaise longue, transat, peu importe, instruments de connaissance, indispensable adjuvant d’une sagesse douce, humble, écolo et accessible.
Le transat, force est de le reconnaître, n’a pas l’esprit d’entreprise, pas plus que le tempérament ouvrier. Il n’est pas adapté aux travaux de force, à l’étude, au commerce ou aux ouvrages de précision.
Il est outil contestataire, instrument révolutionnaire : c’est avec un naturel déconcertant que sur un transat on boude la société de consommation et que l’on se moque, avec une pointe de pitié amusée, les pressés de tout. Puisque qu’on ne fait rien sur un transat, cela laisse le temps pour le reste. Et le reste ne manque pas : on réfléchit beaucoup sur une chaise longue, on imagine, on rêvasse. On y échafaude, on y bâtit sur de solides fondations des châteaux en Espagne, en Italie, où ailleurs, on y conçoit des stratégies, on y griffonne des incipit, on y peaufine des théories, on y tire des plans sur la comète, on y volette, tranquille, de planète en planète, sans quitter pour ma part l’ombre des arbres du jardin et le bord de la piscine.
Je le pratique avec assiduité ce précaire assemblage de toile et de bois qui dispense de multiples bienfaits,à commencer par celui-ci, essentiel ,le repos de l’âme et du corps.
Incarnation d’un idéal, prendre son temps sans peur de le perdre, sans soucis de rendement ou d’efficacité, navigation à vue sur des océans de paresse.
Et si il y a plus de philosophie dans un transat que de transats chez les philosophes, eux qui qualifieraient volontiers cette incursion dans leur pré carré de pitrerie estivale,ce n’est certainement pas ma chaise longue qui est ici à blâmer.

 

Inspiré librement d’une lecture de vacances
 » Petit éloge du transat  » de Vanessa Postec