Albert Camus

A cette heure…

La vie est courte et c’est péché de perdre son temps. Je suis actif, dit-on.
Mais être actif, c’est encore perdre son temps, dans la mesure où l’on se perd.
Aujourd’hui est une halte et mon coeur s’en va à la rencontre de lui-même.
Si une angoisse encore m’étreint, c’est de sentir cet impalpable instant
glisser entre mes doigts comme les perles de mercure.
Laissez donc ceux qui veulent tourner le dos au monde.
Je ne me plains pas puisque je me regarde naître.
À cette heure, tout mon royaume est de ce monde.

Albert Camus , in L’envers et l’endroit,
p.117, folio-essais 41

Livres

Elle écoute, en contrebas, la mer. Elle ferme les yeux……

Quatrième de couverture
« Ce n’était pas de l’amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n’était pas non plus une espèce de pardon automatique. C’était une solidarité mystérieuse. C’était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun évènement, à aucun moment, ne l’avait décidé ainsi. »
Pascal Quignard nous offre à lire avec Les  Solidarités mystérieuses un  roman aux descriptions minutieuses de la nature, d’un visage, d’un corps, d’un geste quotidien, un roman aux descriptions romanesques aussi avec ses secrets de famille, les jalousies amoureuses. Chapitre après chapitre les personnages aux prénoms de Claire, Simon, Paul, Juliette , Jean, donnent une fiction irriguée de mystère d’une sobre beauté et d’une profondeur entêtante.
Portrait énigmatique de femme, Claire, aussi sauvage que la Bretagne où se mêlent la  beauté des landes, des bois, des falaises, des rochers à fleur d’eau, du vent qui gronde,  de la mer, pays de l’enfance de Claire qu’elle retrouve après avoir choisi de tout quitter.

« …  Sur la falaise, immobile, le corps dans le vent, dans le ciel, elle redevient heureuse.
Elle écoute, en contrebas, la mer. Elle ferme les yeux… »(p25)

 » Elle aimait ce lieu. Elle aimait cet air si transparent, par lequel tout était plus proche. Elle aimait cet air si vif, où tout s’entendait davantage. Elle éprouvait le besoin de reconnaître tout ce qu’elle avait vécu. Elle ressentait le besoin de reconnaître tout ce qu’elle avait découvert du monde, ici, jadis. Et peu à peu elle se souvenait en effet de tout, des noms, des lieux, des fermes, des ruisseaux, des bois… Elle aimait ce pays. Elle aimait cette grève si violemment escarpée, si noire, tellement raide, tellement à l’aplomb du ciel. Elle aimait cette mer. «  (p40/41)

Promenades interminables, extase muette face à la mer, fusion entre le lieu et Claire…
«  Le paysage […] soudain s’ouvrait, venait vers elle et c’est le lieu lui-même qui l’insérait en lui, la contenait d’un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage…  »

Portrait  et histoire de Claire brossés par ceux qui l’entourent, tableaux successifs d’instants limpides, sensuels, immobiles, contemplatifs comme des moments de prière.
Paul son frère cadet,  » Je ne croyais pas en Dieu. Personne de nous ni autour de nous n’y croyait. Jean y croyait pour nous tous. « (p220) Jean le prêtre  l’amant de Paul,
Juliette la fille de Claire, Madame Ladon sa professeur de musique qu’elle s’est choisie pour mère, et surtout Simon, son amour de jeunesse .
« Au bord de la falaise, près d’un bloc de granite gris clair, tout chaud, qui conservait dans le crépuscule la chaleur du jour, couvert de lichen blanc et jaune, il y avait un buisson jaune.
(…) Parfois, il l’y rejoignait le soir.
Mais le plus souvent elle croyait qu’il l’y rejoignait. Et il suffisait qu’elle crût qu’il la rejoignait pour se mettre à lui parler, dans son coeur, sans finir, comme s’il était là, et lui raconter tous les événements du jour. »(p71)

« Mais lui aussi il la regardait, depuis la mer, marcher dans les roches .Lui aussi , il la voyait errer et l’observer. Lui aussi, il la suivait des yeux, heure par heure, durant tout le jour. Elle, elle le voyait de même, en contrebas, sur la mer, qui s’ennuyait d’elle, qui faisait sembler de pêcher, qui tournait en rond, qui la regardait, qui pensait à elle, qui l’aimait et ne voulait pas d’elle.« (p139)

«  J’ai tout vu murmura-t-elle…Il s’est laissé glissé dans l’eau. Il m’a fait un petit signe. »(p181)

Simon est omniprésent dans les 252 pages du roman comme dans « l’odeur des fleurs de sureau qui s’élève des mains des amants et qu’ils essuient dans la mousse  »

« Quand elle restait immobile, comme une pierre sur la falaise, c’est qu’elle regardait son amoureux en contrebas, dans sa chaloupe, sur la mer. »
(l’une des dernière phrases du livre)

Bonne lecture !

voyages...Escapades

Balade automnale dans les vignes…

En images sur la route des vins d’Alsace
vers des villages moins connus des touristes

 

 

 

 

 

 

 

Gueberschwihr et son clocher roman du XIIème  sur le chemin de Compostelle

ses maisons typiques, ses ruelles où il fait bon flâner loin de la foule,
pousser quelques portes, découvrir des trésors, goûter l’or délicat de ses bons vins…
sans oublier le foie gras


puis découvrir Orschwihr et ses vignobles vus du Bollenberg

poser le regard sur la plaine d’Alsace ,
regarder non sans un peu de crainte  le bâtiment blanc tout au fond
la centrale nucléaire de Fessenheim.

réflexions

Insoutenablement légère…

On se réveille, on lit le journal devant un café ou un thé c’est selon, les nouvelles sont lourdes, tragiques, révoltes, émeutes, guerres, crises économiques, tremblements de terre, affaires peu glorieuses de mœurs, harcèlements de toutes sortes.
Comment faire face à ces écrasements ?
Avancer à tâtons dans cet espace mouvant qu’est l’existence ou tout est absurde et important. Y cueillir un peu de plaisir, s’y déplacer avec légèreté en laissant la gravité aux évènements. Vivre légèrement  avec élégance, en ne retenant rien dans ses mains, en n’imposant pas ses vues, en ne croyant aucune promesse.
* « Il y a des idées qui sont comme un attentat »
Tant pis si la légèreté à mauvaise presse, si on la tient pour une démission et la réduit à la désinvolture, pire à l’inconstance.
Elle seule (la légèreté) permet d’atteindre l’autre rive en traversant le gué sans se laisser emporter par les courants.

*« L’histoire est tout aussi légère que la vie de l’individu, insoutenablement légère, légère comme un duvet, comme une poussière qui s’envole, comme une chose qui va disparaître demain. »

* Milan Kundera in, L’insoutenable légèreté de l’être

 libre adaptation de Nos vies légères de Sylvain Tesson
"Double je"

Du soleil dans la grisaille…

La magie et le jeu ne sont pas loin…
Quelques jours de vacances avec Emma et Noé
à dessiner,  à colorier, à courir, à marcher dans les flaques
chaussés de nos bottes de toutes les couleurs.
Nous serons prince et princesses , nous inventerons de nouveaux contes
le carrosse ne se changera pas en citrouille et le prince en grenouille,
avec nos bottes magiques…

Bon week-end !

"Double je"

Temps d’automne…

Nul doute l’automne est bien présent, les premières gelées blanches, la brume,
les bans de brouillard, la pluie, la première neige,
les chasse neige en action sur les petites routes qui mènent aux sommets .
Les travaux au jardin achevés à temps,
le jardinier et le bruit  infernal de sa tronçonneuse écimant la haie de charmilles
qui s’offrait une percée gigantesque vers le ciel.
Le bois rangé et prêt dans la cabane au fond du jardin.
Une flambée dans la cheminée, l’odeur du bois, la lumière des bougies,
la musique, les livres, quelques fleurs.
Le décor de la nouvelle saison est planté.
Les bottes prêtes pour les balades en forêt nez au vent sous un soleil timide,
ou sous la pluie perlant sur le ciré .
Retour au sec, au chaud, chocolat ou thé fumant dans la tasse.
Petits plaisirs simples à savourer sans modération.
Le bonheur est  paraît-il sans histoire !

poésie

Solitaire…

J’ai relu ces derniers jours  » les lettres à un jeune poète » de Rilke ,
ce texte est tellement fort, si plein de vérités , si propice à la réflexion,
que j’ai eu beau essayer d’en faire un résumé, mission impossible,
il devint beaucoup trop long pour le blog.

Alors en remplacement ce poème ...

 Enfance…

Il serait bon de penser longuement
-pour trouver à en dire quelque chose-
à ces longues après-midis perdues de l’enfance
qui ne revinrent jamais telles – et pourquoi ?

On se rappelle encore : peut-être sous la pluie,
mais nous ne savons plus ce que cela veut dire ;
jamais plus la vie ne fut si pleine qu’alors,
de rencontres, de revoirs, d’élans et d’essor,

Car il ne nous arrivait en fait rien d’autre
que ce qui arrive à une chose où à une bête
nous vivions leur vie avec les gestes humains
et nous fûmes remplis d’images jusqu’au bord.

Et nous devînmes solitaires comme un berger
et tant chargés de grands lointains
et comme appelés de loin et effleurés ;
puis lentement comme un fil nouveau et long
nous fûmes introduits en ce collier d’images
où durer maintenant nous rend confus.

Rainer Maria Rilke,in  Nouveaux poèmes
Poésie Points 1882

 photo trouvée sur la toile...

poésie

Au coeur de la nuit…

Edvard  Munch, La tempête 1893

Au cœur de la nuit.
Cette ardente sereine lumière de l’insomnie,
cette effervescente intimité de soi avec soi,
et tant de choses inconnues qui vagissent, et tout qu’on ne sait jamais formuler,
soudain là, vibrant, gorgé, précis, sur le point de se dire.
Mais les mots, les mots qui déjà montaient, se pressaient, animaient la voix,
les mots retombent, s’éteignent.
Cet instant rayonnant et sitôt perdu.
Ce silence qui meurtrit.

Charles Juliet, in Affûts

citations

Signature…

« La seule signature au bas de la vie blanche,
c’est la poésie qui la dessine.
Et toujours entre notre cœur éclaté et la cascade apparue. »

René Char

Bon week-end!

crédit photo:  Retrouver le temps, ailleurs, autrement…