réflexions

Le vide…

«  D’une motte de terre on fait un vase ; ce vide dans le vase en permet l’usage  » Lao-Tseu

Se défaire du superficiel,  revenir à l’essentiel dans ce monde d’hyperconsommation, d’agitation perpétuelle,rien de plus précieux que le vide, le silence, la respiration. Un acte de résistance !
Pourquoi nous nous laissons envahir en permanence par l’absurde fureur du monde, flouer par la promesse d’une prochaine petite jouissance marchande.
Loin de là l’idée de s’en prendre au système, ce serait ignorer notre complicité.
Sans s’exiler dans le désert, juste se souvenir que le vide est le propre de l’homme.
L’homme cet animal incomplet qui ne sait pas ce qu’il veut.
Ce vide est un manque, mais il est aussi le lieu d’où surgit la parole créatrice, cette seconde nature qui est la culture et qui est tissée essentiellement de ce qui n’existe pas, mais qui compte.  Le vide est une menace qui nous sauve.
A chacun de trouver son rituel pour que les désirs tapis dans nos zones inconscientes du corps se laissent  enfin entendre.  Les tracas insignifiants et les envies superficielles s’effacent pour laisser place au souvenir des instants qui véritablement nous importent.
L’accueil du vide  donne du poids à notre vie. Ces moments de démobilisation  aiguisent notre attention à soi, aux autres, au monde.
Le vide est angoissant bien sûr, il s’ouvre d’abord sur un désarroi, un sentiment d’ennui, alors nous  fuyons ces instants de vacuité qui laissent remonter aussi bien les douleurs que les bonheurs enfouis. Ils nous confrontent à la fragilité de notre bricolage intime et à ce qui véritablement nous manque. Mais en donnant du temps à ce passage à vide, alors bientôt un retournement à lieu : les mots essentiels jaillissent, un second souffle nous porte, une énergie d’être nous comble, nous laissant entrevoir, contre l’aveugle tyrannie du trop-plein, une éthique de la plénitude éclairée.

« Oui, tout ce bruit…quand la paix serait d’aimer et de créer en silence!
Mais il faut savoir patienter.
Encore un moment, le soleil scelle les bouches. »
Albert Camus, in L’Eté

 
 
Réflexion  à partir d’un article de Philippe Nassif   journaliste et écrivain ,
auteur de « Bienvenue dans un monde inutile »