poésie

Goût et parfum de l’été…

Ces premiers jours d’automne ont le goût et les parfums de l’été, enfermons les souvenirs de ces belles journées au plus profond de nous et quand des jours gris viendront assombrir notre quotidien, n’oublions pas que nous étions nous aussi cette enfant goûtant avec joie les plaisirs de la vie.

Enferme cet été dans une boîte de paille,
dans une tour de sable,
dans une étreinte de vent,
dans le calice d’un pavot.
Enferme le sans force.
Enferme le pour qu’il puisse de nouveau,
apparaître un jour où tu seras seul,
un jour d’hiver
apparaître comme un parfum,
comme un oubli.

Comme un signe salutaire.

Vlada Urosevic , La fin d’été

crédit photo Robert Doisneau « La douche à Raizeux » 1949
peinture...photographie...art...

Bérénice…

Paul Delvaux, « Le couple » 1929
Musée Royal Bruxelles

« Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse,
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ! »

 Bérénice, Racine, IV, 5

Racine raconte dans la plus belle pièce d’amour jamais écrite,
la séparation de deux êtres, de deux mondes, de deux vies qui ne peuvent se concevoir séparément et ne peuvent pourtant se concilier.
Amour impossible, Bérénice renvoyée par l’homme qu’elle aime et qui l’aime…

Questionnement de l’amour impossible, comment vivre sans celui qu’on aime ?
« Je vous aime ,mais je vous quitte »

A voir ou revoir à la Comédie Française jusqu’au 27 novembre…

Musique

Quelques soupirs…

Une trompette dans la nuit mordorée, quelques notes,quelques soupirs, les volutes de fumée jouent le blues, les regards se cherchent, le saxo chante la nostalgie. Des sons graves s’échappent de la contrebasse. Le pianiste effleure les touches , les doigts se font caresse, rondes, noires, blanches, les notes chantent. Plaintes musicales, envolées à couper le souffle, corps à corps des instruments, accords inattendus, improvisations éblouissantes, une portée ondule au fil du temps, la mesure est le blues.
Arrangement en noir et blanc, partition sensuelle,caresse apaisante, magie de la musique qui sans mots  atteint au plus profond , coule comme une source avec la douce puissance du feu.

 

 

"Double je"

Six ans…

Ce matin juste le plaisir de venir partager quelques mots avec vous.
Un soleil généreux participe à la fête de ce premier jour d’automne, l’été se prolonge pour mon plus grand plaisir. Bientôt les arbres avant de se dépouiller passeront par cette palette chaude des tons roux, les bottes sont prêtes pour de belles balades dans les bois.

Aujourd’hui Emma a six ans,  nous serons tous réunis dimanche
pour faire la fête avec elle.
Il y a un an nous étions dans l’angoisse de l’avenir, dans la peur d’un autrement, mais notre ange gardien veille. L’année a été difficile, les périodes de doute, d’attente des résultats prennent lentement le chemin  de l’espoir, rien n’est encore acquis mais nous voulons y croire. En octobre nous aurons une première évaluation des résultats,
soit stabilisation, soit diminution, soit …
Mais Emma et Noé sont tellement heureux d’avoir une maman qui peut enfin partager leurs jeux et joies d’enfants.
Et comme les bonnes choses vont souvent de pair, demain soir ma fille fêtera
( ses X……………… fois six ans) son anniversaire.
Oui le poète a toujours raison, sourions à la vie.

Bon anniversaire petite Emma …
*je te souhaite des rêves à n’en plus finir
et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.

 

*paroles de Jacques Brel
réflexions

Le vide…

«  D’une motte de terre on fait un vase ; ce vide dans le vase en permet l’usage  » Lao-Tseu

Se défaire du superficiel,  revenir à l’essentiel dans ce monde d’hyperconsommation, d’agitation perpétuelle,rien de plus précieux que le vide, le silence, la respiration. Un acte de résistance !
Pourquoi nous nous laissons envahir en permanence par l’absurde fureur du monde, flouer par la promesse d’une prochaine petite jouissance marchande.
Loin de là l’idée de s’en prendre au système, ce serait ignorer notre complicité.
Sans s’exiler dans le désert, juste se souvenir que le vide est le propre de l’homme.
L’homme cet animal incomplet qui ne sait pas ce qu’il veut.
Ce vide est un manque, mais il est aussi le lieu d’où surgit la parole créatrice, cette seconde nature qui est la culture et qui est tissée essentiellement de ce qui n’existe pas, mais qui compte.  Le vide est une menace qui nous sauve.
A chacun de trouver son rituel pour que les désirs tapis dans nos zones inconscientes du corps se laissent  enfin entendre.  Les tracas insignifiants et les envies superficielles s’effacent pour laisser place au souvenir des instants qui véritablement nous importent.
L’accueil du vide  donne du poids à notre vie. Ces moments de démobilisation  aiguisent notre attention à soi, aux autres, au monde.
Le vide est angoissant bien sûr, il s’ouvre d’abord sur un désarroi, un sentiment d’ennui, alors nous  fuyons ces instants de vacuité qui laissent remonter aussi bien les douleurs que les bonheurs enfouis. Ils nous confrontent à la fragilité de notre bricolage intime et à ce qui véritablement nous manque. Mais en donnant du temps à ce passage à vide, alors bientôt un retournement à lieu : les mots essentiels jaillissent, un second souffle nous porte, une énergie d’être nous comble, nous laissant entrevoir, contre l’aveugle tyrannie du trop-plein, une éthique de la plénitude éclairée.

« Oui, tout ce bruit…quand la paix serait d’aimer et de créer en silence!
Mais il faut savoir patienter.
Encore un moment, le soleil scelle les bouches. »
Albert Camus, in L’Eté

 
 
Réflexion  à partir d’un article de Philippe Nassif   journaliste et écrivain ,
auteur de « Bienvenue dans un monde inutile »

 

Livres

Regards…

 

Je rêve quelquefois d’un nouveau Sermon sur la Montagne,
qui ferait briller aux yeux du monde, avant qu’il ne soit trop tard,
l’éminente dignité non plus des pauvres, qui s’éloignent, mais des Paresseux.
Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler !

Julien Gracq, in Lettrines

Albert Camus

Tous les matins du monde…

Albert Marquet,
Alger, vue des hauteurs de Mustapha ,1924 (détail)
huile sur toile 38 x 46, Sotheby’s/AKG-IMAGES

C’était encore les oliviers, les linges bleus du ciel entre les branches, et l’odeur des lentisques le long des prés roussis où séchaient des étoiles violettes, jaunes, rouges (…)
Depuis la baie à la courbe parfaite tout en bas, une sorte d’élan brassait les herbes et le soleil, et portait les pins et les cyprès, les oliviers poussiéreux et les eucalyptus jusqu’au pied de la maison. Au cœur de cette offrande fleurissaient, suivant les saisons, des églantines blanches et des mimosas, ou de chèvrefeuille qui des murs de la maison laissait monter ses parfums les soirs d’été. Linges blancs et toits rouges, sourires de la mer sous le ciel épinglé sans un pli d’un bout à l’autre de l’horizon, la Maison devant le Monde braquait ses larges baies sur cette foire des couleurs et de lumières. Mais, au loin, une ligne de hautes montagnes violettes rejoignait la baie par sa pente extrême et contenait cette ivresse dans son destin lointain.

Albert Camus, in « La mort heureuse »
Folio

Cannes...
"Double je"

Eté invincible…

Je devrais plutôt parler de la baisse brutale des températures, de l’envie de faire un feu dans la cheminée pour l’ambiance, des jours qui ne se poursuivent plus en belles soirées à regarder les étoiles le soir au jardin .
(Ou peut-être du week-end de rêve de mon fils dans une suite au Monte Carlo Bay et sa piscine lagon à fond de sable…)
Pourtant je n’arrive pas à me résigner, pas encore, moi j’aime…


J’aime la mer, m’asseoir sur le sable chaud, dans les rochers, laisser mon regard se perdre au loin sur cet infini, sur la douceur de ce clapotis argent ou azur qui finit par se confondre avec le ciel, instant de paradis volé qui ouvre la porte à tous les imaginaires, réveille toutes les envies d’ailleurs, tous les rêves.
J’aime les longues balades,marcher sur les plages de toutes les saisons, les ensoleillées, les douces,les chaudes,cheveux au vent qui donnent l’impression de vivre intensément, de faire pleinement partie de cette symbiose entre l’eau, le sable et l’air, appartenir à ce décor comme la mouette qui rit dans le ciel, le voilier blanc qui glisse au loin ,et où le bruit des vagues n’est qu’une forme de silence, mais aussi celles solitaires, quand le ciel est bas, quand la mer lâche ses vagues d’écume blanche comme un vaste troupeau de moutons pressés.
Et quand en fin de journée mon regard s’étire jusqu’à l’azur, tendu vers l’horizon lointain où sombre le soleil en se couchant, pour apparaître encore le lendemain, ailleurs, mais sur un horizon tout semblable…
J’aime la nature, la mer, les ciels, la méditation des soirs d’été.

« J’apprenais qu’il y avait en moi un été invincible » Albert Camus

Au moment où je termine ce billet comme un signe, un rayon de soleil illumine le bureau .

Bonne semaine…