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Marthe toujours cachant Marie…

Pierre Bonnard, La fenêtre 1925

Il y a une  fenêtre dans l’œuvre de Bonnard  qui se distingue de toutes les autres, de celles qu’il a peintes et qu’il peindra encore. Une fenêtre qui laisse entendre que le mensonge de Marthe l’a touché profondément. Ce tableau date de l’année de leur mariage.

A première vue, rien que de banal : une fenêtre fermée, de biais dans son cadre de bois brun, et qui coupe la toile en diagonale. D’un côté l’extérieur, le paysage du Cannet, façades blanches et toits rouges parmi les arbres sous un ciel qui menace l’Estérel.
Penchée à son balcon de bois vert pomme, la tête de moitié et les avant-bras nus : Marthe.
De l’autre côté, l’intérieur : une table poussée contre la fenêtre, avec, sur la toile cirée à carreaux, le nécessaire pour écrire, la bouteille d’encre noire, le porte-plume, un feuillet vierge, et sur un épais dossier à couverture de cuir, un livre rose dont le titre en capitales bien lisibles se détache : MARIE.
Le nom de l’auteur est effacé. Il importe peu. Sans doute est-ce Peter Nansen, cet écrivain danois, dont Pierre, en 1887, avait illustré le roman Marie en prenant Marthe pour modèle. L’histoire d’une midinette abandonnée par son riche amant qui lui revient quand elle tombe malade. Rien de bien original.
Ce qui l’est davantage, c’est la position du livre par rapport à celle de Marthe dans le champ du tableau. Le montant de la fenêtre les sépare et les oppose. Au dehors, dans la familiarité, Marthe. Au-dedans, dans l’intimité Marie. Marthe pour tous, Marie pour lui seul, Marthe révélée, Marie refermée.
Il n’y a pas de fenêtre innocente.

Guy Goffette in,  « Elle, par bonheur et toujours nue »  Folio 3671

 

Le 13 août  1925 Pierre Bonnard épouse Maria Boursin après trente-deux ans de vie commune. C’est en s’occupant des formalités qu’il découvre que celle qui jusqu’ici s’était fait passer pour Marthe de Méligny s’appelle en vérité Maria Boursin…

 

jeu

Un exercice de plus, juste pour le plaisir d’écrire…

Atelier d’écriture,
le but de l’exercice après lecture du texte en italique est d’imaginer le début de l’histoire, celle des moments heureux …

« C’est alors que tout à vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent.
Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu.
Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé.J’ai secoué la sueur et le soleil.
J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux.
Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût.
Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur… »

Je ne cite pas le nom de l’auteur du texte en italique volontairement…