poésie

Pluie d’été…

Elle aime surtout la pluie d’été…

La pluie tiède et grise qui tombe en longues raies obliques sur la mer. Celle qui mouille à peine et dont on n’entend pas la voix. Elle ne cherche pas d’abri pour la fuir, mais lui tend son visage. A cause de sa douceur, elle sait, elle sent qu’elle existe. La pluie, dit-elle, lui fait don d’elle-même, ou lui rappelle ce coté tendre et méconnu de soi, ce libre mouvement de chute monotone, et cette sorte d’ondée légère qu’elle n’est plus depuis que le chagrin a fait main basse sur ses eaux.

Jean Michel Maulpoix, in « Une histoire de bleu »
Poésie /Gallimard

15 réflexions au sujet de “Pluie d’été…”

  1. Merci à vous deux ! Vous m’encouragez à reprendre le chemin de la bande des cirés et à vous faire partager quelques images et quelques sensations ! Je vais m’y remettre, et qui sait, vous aurez un jour la suite de « Brillante rencontre »…

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  2. magnifique peter….jolie description …trés évocatrice
    « toute la pluie tombe sur moi …..
    …j’ai le moral et je me dis qu’après la pluie vient le beau temps et moi j’ai tout mon temps…. »
    … »la pluie ne change rien au désir » c’est bien cela élisanne
    sourire d’étoiles ** ***

    la pluie ne change rien au désir…c’est bien cela Hélène…
    le soleil non plus !

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  3. Décidément, la pluie redouble… Les nuages montent de la vallée. Des flaques se forment sur la terrasse. La météo est claire : pluie entrecoupée d’averses. Pour sortir, la ciré s’impose. pas le ciré de mode, léger, pour la ville et le regard des autres. Le ciré épais et lourd, « heavy duty », fait pou résister des heures sous la pluie. Ciré rustique de travailleur, en caoutchouc enduit. Long, enveloppant les bottes, ne laissant aucune chance aux gouttes de pénétrer cette carapace luisante. La capuche bien fermée sur le col remonté, le lien qui gratte un peu le menton, tous les boutons un à un soigneusement ajustés, il est temps de sortir. La pluie frappe le vêtement, glisse en grosses gouttes sur les manches, il aurait fallu aussi mettre des gants pour être totalement isolé de la bourrasque. Les bottes marquent leurs semelles crantées dans la boue du chemin, des ruisselets se forment, constituent de minuscules retenues derrière les brindilles qui cèdent soudain sous la pression, puis dévalent la pente. On entend plus loin le torrent soudain grossi par la violence de l’averse.
    Il faut monter, lentement, sur le sol glissant. L’odeur de la terre et de l’herbe mouillée imprègnent l’air encore moite de la chaleur de la veille. Les noisetiers plient sous le poids de l’eau et frappent le visage d’une gifle humide.
    Sous l’épais ciré, le coeur bat de cette rencontre avec la nature intense.

    merci Peter
    belle surprise que ce beau texte sur le coeur qui bat au rythme de la nature sous la pluie.

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  4. Ce matin, le pluie fait une visite surprise. Hier soir encore, nous étions longuement dans la nuit en train de discuter sur la terrasse. La chaleur de la journée n’avait pas été accablante, l’air, dans les montagnes, est toujours plus léger. Un souffle de bise venu des sommets, encore enneigés en ce début août, vient rafraîchir les prés. Hier soir, il faisait encore doux. Les pulls n’étaient pas nécessaires. Pour le première fois de l’été.
    La pluie n’était pas prévue. On l’annonçait pour ce soir. Peut-être. Orage de fin de journée qui brutalement illumine les sommets de ses éclairs et découpe la silhouette des épicéas sur le ciel rendu éclatant.
    C’est une pluie du matin qui tambourine sur la toiture métallique, exhale les odeurs d’herbe coupée, oblige à ranger précipitamment les meubles de jardin oubliés dans la moiteur de la nuit sur la terrasse. Une paire de sandales traîne encore sur le sol. Il faut vite l’extraire du rideau de pluie soudain dense. On aurait dû se douter que la chaleur ne durerait pas. Une zone de basse pression centrée sur les Iles britanniques profitera de l’affaiblissement des hautes pressions… On connait ce scénario. Cette lutte permanente, homérique , entre l’anticyclone « des Acores » et ces vagues de dépressions britanniques… Mieux encore que les modèles mathématiques des savants météorologues – même avec les ordinateurs les plus puissants du monde les flux atmosphériques leur échappent- il y avait hier cet acharnement des paysans à rentrer leur foin. Tous les tracteurs, engins de retournement, chariots élévateurs, remorques étaient là hier encore tard sous les feux des phares. Un matériel de campagne, puissant, efficace, quasi militaire. Je pensais encore à ces armées de paysannes et d’enfants mobilisés il y a encore trente ans pour retourner le foin si précieux pour l’hiver sur ces pentes au climat sévère .
    Derrière la puissance mécanique, il y a encore le flair et l’expérience des hommes. Pour combien de temps encore ?

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  5. Thierry Demercastel ( Ombre claire )

    Un soir d’octobre s’effiloche

    Au bavardage du temps, Et la pluie tombe, tombe.

    Dans ces reflets électriques Se ranime ma mémoire,

    Ton visage émerge et s’anime, Et la nuit se fait plus tiède.

    Dans les recoins du soir Errent les ombres sur leur fin

    Comme l’averse d’où tu viens.

    Petite perle (de pluie) trouvée sur un nouveau site marseillais très sympa, fait par deux femmes qui ont décidé de produire et diffuser des cirées et des bottes toniques aux couleurs acidulées… Très dynamiques, elles veulent promouvoir des cirés français, gais et pratiques… Quelle bonne idée à soutenir : raincolours.com

    modèles sympa et colorés, bonne idée…
    ce poème me parle…

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  6. Ma soeur la Pluie

    Ma soeur la Pluie,
    La belle et tiède pluie d’été,
    Doucement vole, doucement fuit,
    A travers les airs mouillés.

    Tout son collier de blanches perles
    Dans le ciel bleu s’est délié.
    Chantez les merles,
    Dansez les pies !
    Parmi les branches qu’elle plie,
    Dansez les fleurs, chantez les nids
    Tout ce qui vient du ciel est béni.

    De ma bouche elle approche
    Ses lèvres humides de fraises des bois ;
    Rit, et me touche,
    Partout à la fois,
    De ses milliers de petits doigts.

    Sur des tapis de fleurs sonores,
    De l’aurore jusqu’au soir,
    Et du soir jusqu’à l’aurore,
    Elle pleut et pleut encore,
    Autant qu’elle peut pleuvoir.

    Puis, vient le soleil qui essuie,
    De ses cheveux d’or,
    Les pieds de la Pluie.

    Charles van Lerberghe, poète belge du début du XXe siècle

    Il aurait pu faire l’éloge des premiers macintoshes, ancêtre de nos cirés actuels.

    merci Peter pour cette découverte…

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  7. Parmi les actrices porteuses de ciré noir qui ont marqué nos mémoires, n’oublions pas Catherine Deneuve dans Belle de Jour, ou dans le plus récent Le héros de la famille , Michèle Mercier, en 1965, dans La seconde vérité, la regrettée Annie Girardot dans Liste noire (1984), Isabelle Huppert dans le splendide Coup de torchon, de Tavernier en 81… . Récemment, il faut revoir Ariane Ascaride troublante dans le lumières froides de Marseille dans Lady Jane (2008).
    En ciré rouge cette fois comment oublier Sophia Loren, dans Arabesque, de Stanley Donen en 1966.
    Et surtout les divers épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir, dont le célèbre H20, avec Diana Rigg.
    Sur l’écran noir de nos nuits blanches, un défilé d’images belles et troublantes qui ont contribué à la promotion de ce singulier vêtement et surtout mis en valeur la beauté tonique des femmes qui le portent.

    tout au long de ma vie de femme ce ciré je l’ai porté, en blanc, en marron, en noir, en rouge, à pois et bien sûr aussi en jaune comme tous les gens qui aiment la mer…

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  8. Bonjour à toutes et à tous
    Je suis toujours avec beaucoup de bonheur le blog d’Elisanne où je retrouve une tonalité unique de tendresse, de passion retenue pour les choses de la vie, une voile aussi d’une mélancolie apaisante. Je suis ravi de voir que la pluie, honnie par tous les vacanciers, peut être également source d’inspiration comme elle est source de vie. Nous avons vu avec cette grande sécheresse de l’hiver et du printemps que même les pays tempérés peuvent être frappés et que très vite notre arrogance occidentale nantie vacille sur ses bases.
    Nous sommes en bout de chaîne de la vie, la plus prédatrice, mais aussi la plus fragile de toutes les espèces.
    C’est pourquoi ce blog me ravit à chaque fois. On y respire, on s’arrête au bord du chemin, on prend le temps d’humer l’air, de ressentir notre corps, nos faiblesses, mais aussi votre énergie, on réfléchit sur les mots, des images, qui distillent leur charme sous notre carapace durcie par la sévérité de l’époque.
    Et bien sûr je suis sensible à la métaphore du ciré, qui protège, qui sublime, écrin de lumière constellé de gouttes de pluie qui invite à toutes les audaces. Sortons danser et chanter sous la pluie convenablement protégé(e)s, communions avec la nature et pensons amitié, tendresse, désir avec un appétit sans fin pour la vie si fragile.

    Merci Peter d’être fidèle à mon blog et d’avoir répondu au petit clin d’oeil adressé à la bande des cirés…

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  9. Chère Elisanne,

    La pluie d’été doit t’aller comme la brillance de ton ciré. Un joli texte, mais les tiens sont tellement sensibles ausi, pourquoi ne pas les privilégier dans ton blog, plutôt que ceux de ces auteurs (certes formidables).

    Je t’espère en plein sourire

    Antoinette

    Chère Antoinette,

    Parfois le doute s’installe , je me sens comme la dernière de la classe…
    Merci pour tes mots, il pleut, une de ces pluies d’été…où les gouttes perlent joyeusement sur nos cirés…
    En souriant je t’embrasse…

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  10. elisanne j’aime beaucoup jean-michel maulpoix…..mais vos mots ….ceux là …
    me touchent plus que vous ne pouvez l’imaginer…..j’ai les joues salées ** ***
    merci

    Hélène, ils sont également pour vous…séchez vite ces larmes de pluie…

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  11. pour Christine et Charles tous deux cinéphiles…
    en réponse cet hommage à Romy

    Les choses de la vie…
    Depuis longtemps par tous les temps ce ciré fait son cinéma…
    des années se sont écoulées depuis mais elle est là pour toujours cette femme qui nous a bouleversés …
    Silhouette tremblée dans une lumière mouillée, une femme qui s’éloigne…Une femme à la féminité retenue, hérissée d’ambiguïté, au magnétisme hors du commun. Une femme qui fuit son amant, qui court vers son amant, peu importe…
    La seule chose que l’on perçoit d’elle est son désir de ne pas revenir en arrière.Il y a des gestes qui échappent à l’ordinaire, relever ses cheveux en chignon, se glisser dans une petite robe noire, enfiler son ciré….
    Et ses gestes sont des aveux, elle ne se protège pas seulement de la pluie et du vent.
    Elle aime la confidence tout en laissant la distance,la séduction tout en privilégiant le charme, à l’évidence , le trouble…
    Elle ne peut vivre sans désir, c’est le fondement même de la vie, être vivant c’est désirer. Mais tant de désirs ont épuisé et son corps et son âme,le mythe s’est usé dans la solitude, il angoisse, elle n’était qu’une femme. Elle qui avait tant besoin de sentir qu’on l’aimait tout le temps. Le mot passion semble avoir été inventé pour elle.Toute la grammaire de l’amour elle l’a exploré, sans limite, sans tabous, sans préjugés, elle donnait tout quand elle aimait, elle voulait tout à chaque minute.
    Que cherchait-elle ?
    Elle, riche, belle, célèbre, cette combattante qui s’est battue contre ses drames.

    La paix, un peu de bonheur…

    (un petit coucou à la bande des cirés…)

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  12. … un peu Anouk, Romy, Catherine, Juliette, Simone…
    Elisanne, toutes les femmes, qui ont un jour porté un ciré sous la pluie au cinéma ou dans la vie…
    Dans une rue, sur une plage, un quai, un port, un train…
    Paris, Rome, Madrid, Londres, Marseille, Hambourg, Nantes, Cherbourg, Berlin…
    Toutes ont couru à la rencontre, se sont jetées dans les bras, pour un retour, un au-revoir, un adieu à l’homme qu’elles aimaient…
    La pluie, les lumières, faisaient briller leurs cirés, leurs lèvres, leurs yeux…

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  13. …à moins que la (très) belle dame en ciré noir ne soit plutôt Romy Schneider dans
    « Max et les Ferrailleurs » ? Oui, oui, c’est plutôt ça…

    Oui, oui, c’est ça !

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  14. …1966… L’éternelle histoire d’ « un homme et d’une femme »…
    Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée sur la plage de Deauville..
    Chabadabada… Chabadabada….: musique tant et tant écoutée de Francis Lai…
    (Spéciale dédicace pour toi Elisanne : Anouk A. ne portait-elle pas d’aillleurs
    ce ciré noir que tu chéris tant ?)

    c’était en janvier il me semble, il faisait froid sur la plage, elle portait un manteau en mouton retourné je crois …
    merci pour le clin d’oeil

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