réflexions

*Le journal d’un séducteur…

L’express d’aujourd’hui titre  » Casanova, l’époque d’un séducteur  » (pas encore lu l’article). Coïncidence  j’ai relu récemment Gide et ses Nourritures terrestres  » Car, je te le dis en vérité, Nathanaël,chaque désir…  » revu la pièce de Strindberg « Mademoiselle Julie »  et une lettre extraite d’un roman où Don Juan écrit et fait son autocritique inspirée d’une réflexion de Julien Gracq dans  » En lisant en écrivant « .
Alors je me suis souvenue de ce billet…

Internet est un immense bal, on se cache derrière un masque, on joue au séducteur/trice, mais au fond c’est d’abord un jeu avec soi-même.Hier la rencontre amoureuse était d’abord physique.Aujourd’hui, on peut échanger, pratiquer une vraie cour virtuelle sans se voir.De clic en clic, on décide de se rencontrer, la déception peut intervenir, car on croyait tout connaître de l’autre, mais tout est à recommencer.
Heureusement !

On ne peut faire l’économie de la surprise de l’autre. L’autre est toujours un mystère. Internet ne donne qu’une pâle image de la complexité de l’être.
Jadis on séduisait dans le seul but de coucher. Aujourd’hui c’est l’inverse. Le comble du piment c’est de converser des heures, sans passer à l’acte. Séduire sans faire l’amour façon très astucieuse de rendre à nouveau la sexualité transgressive. Le platonisme du web rend l’acte sexuel toujours aussi exceptionnel.
Après une époque de saturation, c’est plutôt positif.

Mais ce bal masqué est un fabuleux terrain de chasse pour Don Juan . Il est facile de l’imaginer faire une cour interminable et qui au lieu de se rhabiller pour quitter ses fiancées au petit matin, se déconnecterait purement et simplement. Une sorte de « connectus interrupus ».

Pour poursuivre la métaphore, la statue du commandeur serait le bogue. Rien de plus irritant que de se retrouver devant l’écran noir et d’être obligé de quitter la scène brutalement.
Mais sommes- nous seulement capable de déconnecter ?
Aujourd’hui on fuit le silence, mais la relation amoureuse se nourrit aussi de recueillement, de l’idéalisation de l’autre.
Préserver ce temps de l’attente de l’être cher, l’amour c’est être bouleversé en permanence par l’autre, aller de surprise en surprise, toujours en mouvement.
Alors ce bal masqué n’est-il que le retour au marivaudage ?

Mais l’écriture ne se réduit pas à un message, mais à une plongée dans une tout autre dimension, dans la complexité de l’être et des relations.

 
Librement inspirée d’une conversation entre le psy Serge Tisseron et Eric-Emmanuel Schmitt ,suite à la parution de « Virtuel , mon amour »  éditions Albin Michel
 
*Le Journal d’un séducteur  titre emprunté à Sören Kierkegaard