Ecrire

Traîtresse petite musique de nuit…

Elle n’avait qu’une hâte d’arriver au bord de la mer, aux sources vives de son enfance, dans sa  maison, où par grand vent les vagues venaient s’échouer à la limite du jardin. Le voyage lui semblait interminable, elle avait besoin de faire une pause, trop de soucis encombraient son esprit, elle avait besoin de faire le vide de ce trop plein de tout qui soulignait aussi le manque.
Elle n’avait rien dit à  personne.
Au volant de sa voiture elle longea la côte, la mer était grise, les lames frangées d’écume se déchiquetaient en dentelles sur les roches de la grève. Le vent du sud soufflait en rafales, la lune faisait quelques pas de danse entre les nuages.
Elle se dirigea vers sa maison, certes elle n’était pas grande mais elle avait un charme fou. Elle fit tourner la clé et la porte s’ouvrit sur l’unique pièce du rez de chaussée. Elle alluma les lampes et fit un feu dans la cheminée. L’été touchait à sa fin, il faisait frais et l’humidité était présente, au dehors le vent soufflait de plus en plus fort. Avec un soupir de satisfaction, elle se glissa sous un plaid en cachemire regardant les flammes danser dans l’âtre.
Ce soir elle ne dépendait de personne et s’abandonna à la sérénité du lieu. Son regard caressa les meubles et les objets dont elle s’était entourée, le feu était en train de s’éteindre mais elle ne bougea pas, une torpeur l’envahissait.
Le visage de … s’imposa à sa mémoire avec une telle intensité qu’elle chercha un réconfort en remontant le plaid jusqu’au menton, puis ferma les paupières. A l’extérieur le vent continuait de rugir, de lourdes gouttes de pluie criblaient la toiture, une  tuile dégringola sur l’appentis dans un grand fracas. Seule la faible clarté du clair de lune apparition auréolée d’ivoire, donnait à cette nuit toute la saveur de la plénitude.
Lentement les souvenirs prirent possession de ses rêves, traîtresse petite musique de nuit.
Le lendemain, l’âme dolente, les nerfs endoloris, elle erra comme la feuille va où la pousse le vent, comme le voilier démâté tangue sur les flots…

3 réflexions au sujet de “Traîtresse petite musique de nuit…”

  1. J’aime cette idée de petite maison au bord de mer qui se trouve là comme un point d’ancrage et qui t’attend dans sa solitude apaisante et charmante….
    Comme on dit maintenant, pour se ressourcer, c’est épatant !!!!
    Et voir la mer…..

    La petite maison est présente en moi, même si elle n’existe plus …
    et la mer… la mer, elle me ressource…

    J'aime

  2. Merci Elisanne, je suis allé voir, j’irai peut-être plus loin…
    La découverte risque d’être pénible ou douloureuse, mais sans doute passionnante et pourquoi pas aussi, heureuse…

    J'aime

  3. Les lieux où nous avons vécus gardent-ils l’empreinte de notre passage, des évênements qui s’y sont déroulés…
    En feuilletant l’album aux souvenirs, le « flashback » nous fait revivre le passé joyeusement ou douloureusement, mais tout ceci existe-t-il vraiment encore quelque part, ailleurs que dans notre tête…
    Est-ce pour celà et le faire partager que des gens écrivent des livres, des pièces de théâtre, font des films, chantent, composent de la musique… jour et nuit…
    Le besoin de laisser une trace…

    Le passé est une ombre qui nous reste attachée…

    lire: “ces souvenirs qui nous gouvernent” de Patrick Estrade (Robert Laffont)

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s